le roncier

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AJL, première

Le traitement médiatique du projet de loi sur le mariage pour tous nous a très souvent interrogés. Propos caricaturaux publiés sous la plume de confrères et consœurs dans leurs éditoriaux, espace et temps disproportionnés accordés à des opposants à la loi explicitement homophobes sur les antennes télé ou dans les pages de magazines etc. : tout s’est passé comme si l’homophobie était une simple opinion, et non un délit. Comme si offrir une tribune aux homophobes, sous couvert de vouloir garantir un traitement “équilibré” du sujet, ne légitimait pas ces propos haineux. Comme si, au fond, la discrimination envers les homosexuel.les était plus acceptable que celle qui touche d’autres minorités.

(…)

Nous avons donc décidé de créer l’Association des journalistes LGBT (AJL). Certains vont évidemment nous faire le procès du communautarisme. Ou voir en nous l’expression de ce fameux “lobby gay” qu’ils fantasment à longueur de journée. Nous n’en avons cure. Le dernier article posté à la une du site de la NLGJA américaine s’intitule «Nous rappelons aux journalistes l’importance d’accorder un traitement juste et rigoureux à la couverture du mariage pour les couples de même sexe». C’est de là que, modestement, nous partons, avec la volonté d’affirmer notre présence sur l’ensemble de ces questions lorsque leur traitement se révélera défectueux. Nous invitons tous les journalistes LGBT soucieuses et soucieux de ces questions à nous rejoindre.

— Pour une association des journalistes LGBT, ajlgbt.info.

J’ai signĂ© avec plaisir ce texte. C’est un appel, tout reste Ă  faire. Pour nous rejoindre ou nous contacter, envoyez nous un message via notre page contact ou par mail, contact@ajlgbt.info.

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Relations de bon voisinage

France was the least tolerant country in Western Europe, with 28.8 per cent of the population responding that they would not want a homosexual neighbour. This contrasts with 3.6 per cent of Swedish people, 7.4 per cent of Spaniards and 11.1 per cent of Swiss. 16.8 per cent of British people would not want a homosexual neighbour.

— France least tolerant country in Western Europe of homosexuals, The Telegraph.

En Europe, la France est l’un des pays les moins tolĂ©rants du continent (22,7% des sondĂ©s disent qu’ils n’aimeraient pas avoir un voisin d’une autre race)

— La France est l’un des pays les plus racistes du continent europĂ©en, Slate.fr.

Je rappelle que les questions concernaient en plus les voisins. Donc des gens Ă  qui on ne parle presque jamais, et dont la vie ne nous regarde pas. Pourtant, c’est dĂ©jĂ  trop pour un grand nombre de gros cons. Ne vous inquiĂ©tez pas, nous, on ne veut pas de gros cons blancs racistes et hĂ©tĂ©rosexuels comme voisins.

Les gros cons, ça n’aime pas les minoritĂ©s. Toutes les minoritĂ©s. Les gros cons, ça veut rester entre eux. Nous, les bronzĂ©s, les pĂ©dales, les butchs, les trans, sommes les autres, la marge avec laquelle “on doit faire avec” mais qu’on aimerait bien voir disparaitre.

La France a un problème profond et ça n’ira pas mieux tant qu’elle n’aura pas compris que France ≠ hommes blancs hĂ©tĂ©rosexuels.

[Edit 19/05/13]

Where did these numbers come from? As Fisher explained, they came from the long-running World Values Survey, which has polled attitudes around the world for decades. Fisher was drawn to the topic by news of a new paper, by a pair of Swedish economists, on the links between economic freedom in a country and its level of tolerance. (The paper was described in a post at Foreign Policy, itself a hub of foreign-affairs blogging.) To measure racial tolerance in particular, the authors used question A124_02 in the World Values survey, which asks respondents whether they would “not like to have as neighbors people of another race.” Intrigued, Fisher went back to the survey itself and, as he put it, “compiled the original data and mapped it out in the infographic” that led his post.

Although the results don’t pass the sniff test in the first place, I took a look at the data as well, in an effort to identify the exact problems at play. It turns out that the entire exercise is a methodological disaster, with problems in the survey question premise and operationalization, its use by the Swedish economists and by Fisher, and, as an inevitable result, in Fisher’s additional interpretations. The two caveats that Fisher offered in his post – first, that survey respondents might be lying about their racial views, and second, that the survey data are from different years, depending on the country – only scratch the surface of what is basically a crime against social science perpetrated in broad daylight. They certainly weren’t enough to stop Fisher from compiling and posting his map, even though its analytic base is so weak as to render its message fraudulent.

— The Cartography of Bullshit, Africa is a country.

La mĂ©thode derrière l’article proposĂ© par le Washington Post est critiquĂ©e dans ce texte d’Africa is a country (great name, by the way). Je le rajoute car j’ai un sentiment persistant de malaise avec ces Ă©tudes; Ă  cause de ces rĂ©sultats, bien sĂ»r, mais aussi, Ă  cause de leurs mĂ©thodologies, que j’aimerais mieux comprendre, ainsi qu’avec le timing de leur apparition et le sombre message sous-jacent qu’elles semblent vĂ©hiculer. Comme un grain de sable sous la dent.

Sinon, le Canada pourrait nous aider Ă  mieux vivre avec nos voisins, visiblement:

Dès l’origine, le multiculturalisme canadien a donc été conçu pour servir de socle au développement d’un ersatz d’identité nationale, une identité nationale allégée si l’on veut. C’était la réponse du gouvernement Trudeau aux fortes tensions politiques des années 1960, qui avaient alors culminé avec les Lois des mesures de guerre canadiennes en octobre 1970 au Québec.

Alors qu’en Europe, on perçoit le multiculturalisme comme un exercice sympathique de reconnaissance des différences (ou un projet inquiétant de fragmentation de l’espace public), il s’agit en fait d’une authentique démarche pour donner à la nation canadienne une identité qui lui soit propre. Le multiculturalisme ne vise alors pas tant à diviser une communauté nationale qu’à en créer une sur la base de la reconnaissance (parfois purement déclaratoire) de sa diversité.

— Le Canada, solution au problème d’identitĂ© europĂ©en?, Slate.fr.
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[Edit 21/05/13]

Rue89 publie Ă  son tour un article critiquant la carte du Washington Post et parle du papier d’Africa is not a country. Les variations dans les datas, les notions de race, mais aussi de voisin (!), rendent cette carte critiquable:

Max Fisher, dans son post, avait certes émis deux bémols méthodologiques :

- Les enquêtes ont été menées à des années différentes selon les pays ;
- des gens mentent en répondant à ces questions et il peut y avoir des peuples plus sincères que d’autres.

Siddhartha Mitter estime que ce ne sont que deux petites éraflures à la surface d’un problème bien plus vaste, un «crime contre les sciences sociales perpétré à la lumière du jour».

- Pour certains pays, les enquêtes ont été réalisées en 1990 : « cela suffirait à jeter à la poubelle l’étude ».
- Les résultats concernant les autres réponses possibles révèlent des réponses si absurdes que cela jette un sérieux doute sur celles qui ont pointé vers « des gens d’autres ethnies ». Exemple : en Iran en 2000, seulement 0,9% des gens ont répondu qu’ils ne souhaiteraient pas avoir un voisin homosexuel, alors qu’en 2007, ils étaient 92,4% à donner cette réponse !
- La liste des groupes proposés au rejet dépend d’un pays à l’autre : dans la liste proposée aux Iraniens figurent les zoroastriens. Dans celle proposée aux Portoricains, on trouve les spiritistes ; aux Tanzaniens, on suggère les sorciers ; les Péruviens, bizarrement ont droit aux « juifs, Arabes, Asiatiques, gitans, etc. » Toute comparaison entre les différents pays est dans ces conditions très difficile.

— La carte des pays les plus racistes : elle buzze mais ne vaut pas tripette, Rue89.com.

Enfin, Rue89 relève un point intéressant concernant la genèse de la carte du Post:

Max Fisher a eu l’idée de dresser cette carte en lisant une étude que viennent de publier deux économistes suédois, portant sur le lien entre le degré d’ouverture économique et le degré de tolérance d’une société. Ces deux chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation très nette, sauf lorsqu’il s’agit de la tolérance vis-à-vis des homosexuels.

Lucky us.
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The Ugly Words Of Stigma

Today, our attitudes about HIV and other gay men range from self-righteousness to outright contempt. From whatever our vantage point, we have shamed and stigmatized everyone else into a corner, and the result is a community in revolt against itself. We are a snake eating its tail.

It might be easy to doubt this gloomy view of the gay community. None of us like to believe ourselves guilty of treating “the other” badly. The only thing we admit for sure is that we have been mistreated and misunderstood. Our self-interest is telling.

Maybe the problem is that, beyond the convenient anonymity of online hookup sites or mobile apps, you don’t usually see HIV stigma in all of its black-and-white ugliness. You don’t hear its voice.

Listen closely to the ugly words of stigma. A special version even exists for the newly diagnosed.

Gay men who get infected today are out of their minds. They are the failed ones, the grave disappointments, the apathetic, the careless, the irresponsible. They spit upon the memories of our courageous dead. They have no respect for our history, for our monumental tragedy.

We might make motions to comfort them, but it is the kind of patronizing back-patting that we reserve for the truly stupid. We tell them they will be fine, really, and we don’t look them in the eyes for very long. Our weary judgment shows.

Never mind that they are guilty of nothing more than being human, of being in love or getting drunk or trusting the wrong person or saying yes when they should have said no. Their weak excuses will be met with furrowed brows, and their dating life will wither. They will be marked and socially downgraded. They should be ashamed, and something inside us hopes that they are.

Do you hear it? Keep listening. There is so much more to say.

— The Sound of Stigma, Mark S. King, POZ Magazine.

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Education is Awareness

In 2005, author David Foster Wallace was asked to give the commencement address to the 2005 graduating class of Kenyon College. However, the resulting speech didn’t become widely known until 3 years later, after his tragic death. It is, without a doubt, some of the best life advice we’ve ever come across, and perhaps the most simple and elegant explanation of the real value of education.
We made this video, built around an abridged version of the original audio recording, with the hopes that the core message of the speech could reach a wider audience who might not have otherwise been interested.

— This Is Water, by David Foster Wallace. [via]

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#23avril

Tu sais, je n’arrĂŞte pas de penser Ă  ces veuves du sida, pour qui cette loi vient trop tard; Ă  ces amoureux spoilĂ©s par les familles, chassĂ©s du chevet des lits d’hĂ´pitaux. A ces veuves en colère. Parce que le mariage, c’est bien pour les gens qui vont passer (une partie de) leur vie ensemble, mais c’est bien aussi pour les gens qui ne vont pas vieillir ensemble.

Je ne veux pas ĂŞtre ingrat, hein. Je suis déçu, Ă©videmment, que les lesbiennes et la PMA se retrouve encore une fois oubliĂ©es, je dĂ©teste que le gouvernement nous ait utilisĂ© comme Ă©cran de fumĂ©e pendant tous ces mois. Je ne pardonnerai jamais Ă  Hollande pour sa sortie sur “la libertĂ© de conscience” des maires, ni Ă  Jospin et sa femme d’avoir fourni tant de munitions aux barjots d’en face.

Mais j’ai besoin d’avoir aujourd’hui, juste pour la joie, parce que sinon, on se serait battus pour rien. Je vais fĂŞter ce vote avec mes amis, en pensant Ă  tous ces gestes d’amours perdus et Ă  ces nuits qu’on espère moins difficiles.

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Objectif Pride

Je crois qu’il est temps de faire ce qu’on fait de mieux : Une bonne grosse Pride qui tache, avec de la musique pompier, des man boobs, des plumes, des merguez, des lesbiennes pointues, des vieilles choquĂ©es, des oreilles qui sifflent. Je veux marcher au milieu de la rue parce qu’elle m’appartient, au moins pour une journĂ©e. Beaucoup ont l’air de l’avoir oubliĂ© en comptant les participants aux manifs, mais nous mobilisons des centaines de milliers de personnes depuis des annĂ©es, chaque annĂ©e. La Pride n’est pas un dĂ©filĂ©, malgrĂ© tous ses dĂ©fauts, sinon, on y croiserait beaucoup plus de politiques ou de planquĂ©es. La Pride est politique, et fun, et “trop”, et “chiante”, et belle. Comme nous.

A 8’58, Nicolas pose une question qui rĂ©sonne diffĂ©rent aujourd’hui qu’en 2011 : «Sur tous les gens qui sont lĂ , combien sont conscients qu’il faut nous donner les mĂŞmes droits.» Gageons qu’après les attaques violentes contre l’ouverture du mariage au couple de mĂŞme sexe, les slogans de la Pride parisienne rĂ©sonneront diffĂ©remment chez les participants en le 29 juin 2013. Je veux une mother fucking Pride de l’enfer. Une cĂ©lĂ©bration. Une fĂŞte.

[Reportage réalisé par Coco chéri, pour Yagg.com]

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Les eaux troubles

Muffin

«On sortait d’un dîner arrosé avec des amis.On marchait bras dessus, bras dessous vers le métro Ourcq. Pas de “façon homo”. On avait passé une très bonne soirée, on en parlait. Un peu fort peut-être. Là, j’ai entendu : “Ah des homosexuels !” Je me suis pris un premier coup dans les yeux. Je me suis protégé, mais en tout, je me suis pris six coups.

[...] Ça a été une déferlante de haine. Très violente. J’ai vu mon compagnon à terre, sa tête était devenu un ballon de football, j’ai hurlé “Dégagez !”, ils sont partis en courant.»

— Wilfred et Olivier agressés à Paris: «Voici le visage de l’homophobie», Rue89.com.

Je suis mĂ©fiant. Je n’aime pas les rĂ©actions Ă  chaud et les jeux sur l’Ă©motion. Ce n’est pas la première agression homophobe, et ça ne sera pas la dernière. Un exemple parmi tant d’autre, en 2009, on a aspergĂ© un homme d’essence sur un lieu de drague, avant de l’enflammer.

Mais, comme dans le cas des personnes homos qui ont dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă  leurs jours dernièrement autour de nous, difficile de ne pas relier ça au climat infect entretenu par les opposants homophobes Ă  l’ouverture du mariage pour les couples de mĂŞme sexe. Nous sommes dans un aquarium viciĂ©, tournant en rond en essayant d’Ă©viter les flaques d’eau polluĂ©es laissĂ©es par des opposants Ă  moitiĂ© fou Ă  lier. Certains, certaines n’y arrivent pas.

Ça fait des mois qu’on se rĂ©veille en entendant ces pantins de l’UMP et de l’Ă©glise catholique nous chier Ă  la gueule. J’Ă©touffe, et pourtant je suis costaud, je suis militant, je suis entourĂ©. Mais Ă  force de nager en eaux troubles, c’est de plus en plus dur de se rappeler que ces exactions sont le fait d’une extrĂŞme minoritĂ© de personnes qui cherche Ă 
dĂ©stabiliser le gouvernement (cf. le GUD), que l’Eglise catholique et ses sbires jouent ici leur dernière carte avant de devenir une minoritĂ© comme les autres en France. Et comme le terrorisme est efficace, on commence Ă  prendre peur :

- Mercredi 3 avril, des visuels du GUD font la promotion des violences physiques à l’encontre des personnes LGBT (lesbiennes, gay, bi et trans).
- Jeudi, la sénatrice Chantal Jouanno est chahutée à son propre domicile.
- Vendredi, un débat auquel devait participer le député Erwann Binet est annulé en raison des menaces pesant sur sa sécurité.
- Samedi, le véhicule de la sénatrice Esther Benbassa est dégradé.
- Samedi, un couple de gays est physiquement et violemment agressé dans les rues de Paris.
- Dimanche, l’espace des Blancs-manteaux à Paris où se tient le Printemps des associations organisé par l’Inter-LGBT est vandalisé, recouvert d’affiches du collectif « Manif pour tous ».
- Lundi, un débat auquel devait participer le député Erwann Binet est également annulé pour les mêmes raisons.

— Après la semaine Sainte, la semaine des violences homophobes, SOS Homophobie.

Hier, je n’ai pas embrassĂ© Nico dans le mĂ©tro pour lui dire au revoir, juste après lui avoir dit qu’il ne fallait pas succomber Ă  la terreur face aux terroristes, parce que sinon, ils avaient gagnĂ©. Et je lui ai demandĂ© de m’envoyer un message quand il serait arrivĂ© parce qu’il habite dans le XIXe, lĂ  oĂą Wilfred et son mec se sont fait tabasser. J’ai la tĂŞte qui tourne quand je pense que ça pourrait lui arriver (et si il lui arrive quelque chose, je n’ai aucune institution pour me protĂ©ger parce que nous ne sommes pas mariĂ©s, tout est liĂ©, hein). J’ai honte d’avoir modifiĂ© —inconsciemment, en partie— mon comportement Ă  cause de la peur et aujourd’hui, je suis de mauvaise humeur.

Ce qui me saute Ă©galement aux yeux, c’est le terrible parallèle avec les agressions —et les viols— concernant les femmes. Des flics qui disent qu’ils auraient du prendre un taxi, des commentateurs qui disent qu’ils auraient faire plus attention, des hĂ©tĂ©ros qui viennent t’expliquer du haut de leurs privilèges qu’il faut garder le sang froid. Les mĂŞmes conneries, les mĂŞmes violences qui entretiennent les mĂŞmes effets, qui te rappellent que la rue n’est pas Ă  toi, que le mariage n’est pas Ă  toi, que la France n’est pas Ă  toi. La culture du viol, dĂ©clinĂ©e pour les actes homophobes. Va chier.

Ce n’est pas ce que j’attends de ta part, camarade. Ce que je veux, comme rĂ©action des mecs (en particulier hĂ©tĂ©ros), c’est ça :

Wilfred, tu as Ă©tĂ© agressĂ© par une France qui est persuadĂ©e qu’autoriser le mariage entre homos, c’est la porte ouverte Ă  la pĂ©dophilie, la zoophilie, et Ă  des accidents nuclĂ©aires sans prĂ©cĂ©dents dans les quatre coins du monde.

Tu as Ă©tĂ© agressĂ© par une France catholique mais pas que, une France de droite mais pas que, une France riche mais pas que : tu as Ă©tĂ© agressĂ© par la France. Point. Par nous tous. Et surtout par moi. Je t’ai agressĂ©. Je suis de fait cette France qui met des serre-tĂŞtes mais qui ne doit pas ĂŞtre rĂ©sumĂ©e Ă  cela parce que ce serait caricatural, je suis cette France responsable qui passe son temps Ă  te juger, cette France qui te regarde d’un drĂ´le d’air dans le mĂ©tro, les bus, parce que parfois, tu parles un peu trop haut, un peu trop aigu, avec un peu trop de ce rien dans la hanche ou bien avec un peu trop de rien du tout.

Je suis cette France qui te crache dessus, qui te montre du doigt et te traite comme un chien mais qui n’est pas homophobe, non, cette France qui manifeste pour qu’on t’enlève des droits lĂ  oĂą gĂ©nĂ©ralement le reste du monde manifeste pour en acquĂ©rir.

— Wilfred, Alban Orsini, Vents Contraires.

Wilfred et son mec, nous, ne sommes coupables de rien. C’est l’entretien du sexisme et de l’homophobie qui est responsable des violences, verbales et rĂ©elles, Ă  notre encontre. La France est au moins autant Ă  nous qu’Ă  ses connards, le mariage aussi. Et, folles ou femmes, la rue est Ă  nous.

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Je suis journaliste et homosexuel (et je suis bon aux deux)

Ils ont appris à s’amuser des tenues d’Hervé Mariton, se sont passionnés pour le règlement intérieur de l’institution et ont couvé de leur regard bienveillant Franck Riester et Benoist Apparu, les deux seuls députés UMP ouvertement favorables au texte. On les a aussi entendu soupirer lorsque, le plus souvent dans les rangs de la droite, tel ou tel député tenait des propos jugés offensants à l’égard des homosexuels. Quand l’individu perce derrière le professionnel…

Car c’est là une question récurrente (presque) aussi vieille que Le Figaro: les journalistes doivent-ils, et peuvent-ils, s’astreindre à une stricte objectivité? Le fait d’être concerné à titre personnel par un sujet entame-t-il leur capacité de jugement?

— Les journalistes gays en première ligne sur le mariage pour tous, Slate.fr.

Article intĂ©ressant et sujet pertinent, mais malheureusement gâchĂ© par l’auteur dans les dernières lignes. MalgrĂ© ce qu’il dit, sa prise de position contre le fait de rendre publique son orientation sexuelle est une prise de position en soi, associant au passage exclusivement objectivitĂ© et hĂ©tĂ©rosexualitĂ© :

Chacun «parle» de quelque part, avec son inaltérable subjectivité, mais doit surtout tenir «l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique» (dixit la charte du SNJ, le syndicat des journalistes). C’est pourquoi vous ne connaîtrez pas l’orientation sexuelle du signataire de ces lignes. Ni ce qu’il pense du défunt Hugo Chavez.

L’auteur passe complètement Ă  cĂ´tĂ© de l’idĂ©e maĂ®tresse du coming out : Se dire homo de manière claire est important, pas parce qu’ĂŞtre homo est important en soi, mais parce que si tu ne le dis pas, tu es hĂ©tĂ©rosexuel par dĂ©faut. Le jour oĂą les gens envisageront que quelqu’un de public, un journaliste ici, puisse ĂŞtre homo sans qu’il ait besoin de le dire, le coming out perdra de son utilitĂ©. En attendant, se dire homo est l’une des armes les plus efficaces qui nous avons pour lutter contre la discrimination et l’invisibilisation. C’est important pour nous, pour les jeunes homos qui ont besoin de repères, pour la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral.

C’est ce qui rend ce dernier paragraphe si violent Ă  lire pour nous : Non seulement, en prĂ©tendant ĂŞtre objectif, il prend position contre les personnes qu’il a interrogĂ©es dans son article, mais en plus, adoptant un point de vue hĂ©tĂ©ro —pas la peine de nous dire ton orientation sexuelle, la sociĂ©tĂ© s’est chargĂ© de nous apprendre que tu Ă©tais hĂ©tĂ©ro, au moins «par dĂ©faut»—, il nous enjoint au silence et au placard. Tout en comparant l’orientation sexuelle Ă  une position politique, ajoutant l’injure Ă  la maladresse.

La subjectivitĂ© n’existe pas, et encore moins en journalisme. Choisir ce sujet et le traiter avec cet angle, c’est dĂ©jĂ  Ă©mettre l’hypothèse que les journalistes homos auraient «faussé» la discussion, qu’ils ne pourraient pas ĂŞtre d’aussi bon professionnels que les autres parce qu’homos. Ecrire en tant qu’hĂ©tĂ©rosexuel sur la question de l’ouverture du mariage est aussi subjectif qu’Ă©crire en tant qu’homosexuel. Cette conception du journalisme, qui assimile «neutre» Ă  «hĂ©tĂ©rosexuel blanc masculin», n’est plus pertinente dans une sociĂ©tĂ© comme la nĂ´tre. Je prĂ©fère la transparence et l’honnĂŞtetĂ©. Je veux savoir d’oĂą tu parles —quels sont tes privilèges et ta position dans la sociĂ©té—, sinon, impossible pour moi d’accorder du crĂ©dit Ă  ta parole.

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Une conception rigide de la laïcité

Non, l’Europe n’est pas livrĂ©e sans dĂ©fense aux ambitions d’un islam conquĂ©rant. Les musulmans ne sont ni assez nombreux ni assez puissants pour nous assiĂ©ger. Le complotisme est une manie d’extrĂŞme droite que la droite a faite sienne, et qu’elle a distillĂ©e jour après jour pour occulter son incapacitĂ© Ă  amĂ©liorer le sort des Français. HĂ©las, les esprits de nos concitoyens en sont tout imprĂ©gnĂ©s. Et s’ils se tournent un jour massivement vers le FN, ce ne sera ni Ă  cause des musulmans, ni Ă  cause des Ă©trangers, ni parce que nous aurons fait preuve de laxisme en matière de laĂŻcitĂ©, mais parce que la crise aura perdurĂ©, et le chĂ´mage, et la baisse rĂ©gulière du pouvoir d’achat.
(…)
La force du droit s’effondre lorsque la loi est injuste, et vise les uns plutĂ´t que les autres. Pour rendre toute leur force aux dispositions dĂ©jĂ  existantes en la matière, luttons dĂ©jĂ  contre les discriminations. Tâchons d’y voir plus clair. Faisons Ă©merger des solutions concrètes, sur le terrain, plutĂ´t que de lĂ©gifĂ©rer Ă  outrance. Nos lois contre les signes religieux ostensibles et contre le niqab n’ont pas rĂ©glĂ© tous les problèmes. La preuve… Quand on colmate d’un cĂ´tĂ©, ça fuit de l’autre. Manifestement, on s’y est fort mal pris.

Pendant ce temps, les musulmans apparaissent plus que jamais aux yeux du public comme un problème insoluble. Alors que le problème est aussi de l’autre cĂ´tĂ© qui, par conservatisme, par frilositĂ©, par manque d’imagination, s’arcboute sur une conception rigide de la laĂŻcitĂ©, de plus en plus impraticable. Cela ne signifie pas que la laĂŻcitĂ© ne soit pas un bien commun. Au contraire. Nos concitoyens musulmans ne le revendiquent pas moins que les autres et souhaiteraient le partager avec tous. Mais sommes-nous vraiment prĂŞts Ă  les accepter, ces concitoyens musulmans, y compris lorsqu’il leur arrive d’ĂŞtre croyants et pratiquants, sans pousser les hauts cris Ă  la vue du moindre bout de tissu sur une tĂŞte de femme?

— 4 lois pour 1 voile islamique!, Esther Benbassa, The Huffington Post.

Encore une fois, la voix d’Esther Benbassa est une bouffĂ©e d’air frais et de raison dans un dĂ©bat viciĂ©.

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Cahuzac et la presse

MĂ©diapart avait raison, Cahuzac a menti. Il prĂ©sente aujourd’hui ses excuses (sur son site web et dans un ordre bien particulier).

Le Président > le Premier Ministre > le gouvernement > les parlementaires > ses électeurs > les Français et les Françaises > ses collaborateurs > ses amis et sa famille.

— JĂ©rĂ´me Cahuzac: les excuses Ă  l’amĂ©ricaine, Slate.fr.

Il sait que ses mensonges vont avoir des consĂ©quences graves pour Hollande. Eva Joly et Joseph MacĂ©-Scaron s’entendent sur le chiffre 3 ; Trois “dĂ©flagrations” pour MacĂ©-Scaron, trois “leçons” pour Joly (cette dernière signant une chronique dans LibĂ©ration le 21 mars, donc avant l’aveu) :

Reprenons : la première déflagration est, sans conteste, la débâcle totale, absolue, brutale de la parole politique. On sait depuis longtemps que les politiques, tout comme les journalistes, mais avec des conséquences bien plus importantes, ont un discours démonétisé. Et ce, parce qu’ils sont à des années-lumière de la vie quotidienne des Français, parce qu’ils sont jugés impuissants à juguler la grande crise qui frappe nos sociétés industrielles depuis 2008, parce qu’ils ne mettent pas en accord leurs paroles et leurs actes et parce qu’ils paraissent incapables de tracer un chemin, de proposer des solutions qui ne soient pas des rustines techniques sorties d’une boîte à outils idéologique

- Cahuzac, la triple déflagration, Joseph Macé-Scaron, Marianne.

C’est la deuxième leçon de l’affaire Cahuzac. La bombe à fragmentation du «Tous pourri» est dégoupillée. L’arrivée de la gauche au pouvoir n’aura pas permis de réduire la distance entre le peuple et ses représentants. La crise démocratique s’accentue. Nous sommes en train d’échouer à mettre en place la république exemplaire que des millions de femmes et d’hommes attendent. Ceux qui prétendent que ce chantier n’est pas urgent ne comprennent rien à la période. La question de la réforme démocratique de notre république est l’épicentre de la crise que nous traversons. Le succès transalpin de Beppe Grillo devrait suffire à alerter. Le discrédit de la classe politique ouvre la porte à toutes les aventures.

— Les trois leçons de l’affaire Cahuzac, Eva Joly, Libération.

Dans ce texte, Joly insiste sur le coeur du l’histoire : Le rĂ´le de la presse.

Ce dernier a été mal inspiré de suivre les conseils de ceux qui l’ont enjoint de tenir bon. Sa défense s’en trouve amoindrie, avec le sentiment qu’il a tenté d’utiliser l’administration dont il avait la tutelle pour couvrir une faute supposée. Le voilà devenu un coupable tout désigné pour le tribunal le moins indulgent qui soit, celui de l’opinion. C’est pourtant pour garder les faveurs de cette dernière que l’ex-ministre a mené une bataille d’une violence inouïe contre Mediapart, conseillé par des professionnels de la lutte de caniveau. Le storytelling est souvent l’ennemi de la vérité.

Plus que jamais, une information libre et indépendante est nécessaire. Parce que information et communication s’affrontent dans une lutte sans merci. L’objet de cette lutte est la démocratie : si l’exigence de vérité quitte notre horizon, c’est le pacte républicain qui s’en trouvera mortellement blessé.

S’il fallait pourtant extraire de cette triste affaire quelque chose de positif, c’est que la presse, et en particulier la nouvelle presse, a fait son travail et nous amène vers plus de justice. La presse peut ĂŞtre un contre-pouvoir efficace. Pour moi, c’est la leçon de l’affaire. La presse web fait (bien) le boulot que la presse traditionnelle ne sait plus faire.

Une pilule pas facile Ă  avaler pour certains journalistes “traditionnels”, comme Jean-Michel Aphatie, qui ont prĂ©fĂ©rĂ© taper sur Mediapart —en partie parce que c’est un nouveau mĂ©dia web, en partie par aveuglement— que de chercher la vĂ©ritĂ©. Jean-Michel Aphatie qui refuse aujourd’hui de reconnaĂ®tre son erreur :

Pour le politique JĂ©rĂ´me Cahuzac, les images en boucle de ses mensonges Ă  la tĂ©lĂ©vision, devant les camĂ©ras des radios, Ă  l’AssemblĂ©e nationale, sont terribles.
Pour le journaliste Jean-Michel Aphatie, les chroniques sur RTL, dans Le Grand Journal ou la litanie de ses tweets assassins n’auront pas la mĂŞme consĂ©quence, mais seront elles aussi sans pitiĂ©.
Depuis hier, ils sont nombreux Ă  remonter le fil de son compte Twitter, Ă  prĂ©parer des compilations vidĂ©o de ses chroniques, pour le mettre devant son erreur. Cela sera fait, encore et encore. Si Jean-Michel Aphatie avait un peu plus compris ce nouveau monde, s’il en avait intĂ©grĂ© les nouvelles dimensions, il se serait sans doute montrĂ© un peu plus prudent dans son attaque systĂ©matique du travail de Mediapart, dans ses duels par tweets interposĂ©s avec les uns ou les autres, dans ce ton mĂ©prisant qui part du principe que le travail des sites d’infos est forcĂ©ment mauvais, puisque c’est du web…

— Jean-Michel Aphatie, ou le syndrome journalistique du mea culpa honteux, Erwann Gaucher.

Ne peut-on pas vous reprocher d’avoir donnĂ© plus de crĂ©dit Ă  la parole de JĂ©rĂ´me Cahuzac qu’Ă  l’enquĂŞte rĂ©alisĂ©e par Mediapart ?
C’est vrai, je suis le seul kamikaze Ă  m’ĂŞtre interrogĂ© sur le travail de Mediapart, dont l’enquĂŞte publiĂ©e le 4 dĂ©cembre Ă©tait selon moi inaboutie. C’est logique que tout le monde me tombe dessus maintenant. Nos reprĂ©sentants publics ont une prĂ©somption de moralitĂ©. JĂ©rĂ´me Cahuzac est un menteur comme je n’en ai jamais vu. Quand on affirme les yeux dans les yeux au prĂ©sident de la RĂ©publique, au Premier ministre et Ă  la reprĂ©sentation nationale qu’on n’a jamais dĂ©tenu de compte Ă  l’Ă©tranger, c’est très grave. Et un scandale retentissant, dont on va percevoir dans les jours qui viennent toute l’Ă©tendue des dĂ©gâts au niveau politique.

Quand mĂŞme, votre crĂ©dibilitĂ© journalistique en prend un sacrĂ© coup…
C’est vous qui le dites. J’estime que ma crĂ©dibilitĂ© n’est absolument pas remise en cause. Quand le JDD Ă©crit il y a quelques semaines que « la Suisse blanchit Cahuzac », que rĂ©clame Mediapart ? Des preuves ! On m’accuse d’avoir dĂ©fendu les puissants dans cette affaire, alors que j’ai dĂ©fendu une conception du journalisme.

— Jean-Michel Aphatie : “Ma crĂ©dibilitĂ© n’est pas remise en cause”, TĂ©lĂ©rama.fr.

Effectivement, Jean-Michel Aphatie dĂ©fend une certaine conception du journalisme. Qui n’est pas celle dont nous avons besoin. Je prĂ©fère m’abonner Ă  MĂ©diapart.