Panique sur ordonnance

Voilà où nous en sommes. Aux États-Unis, les séropositifs et séropositives se demandent s’ils doivent faire des stocks d’antirétroviraux. 

« I realize I’m operating from a place of complete and utter fear, » he says.

As are a lot of us Americans with HIV/AIDS right now. That’s understandable, given that President Trump and the Republican-controlled Congress have vowed to repeal the Affordable Care Act (i.e., Obamacare) and floated plans to radically slash Medicaid — two programs that together cover hundreds of thousands of the roughly 1.2 million people living with HIV/AIDS in the U.S.

Since 2010, Obamacare market plans, plus the expansion of Medicaid eligibility that took place under Obamacare in 31 states (and the District of Columbia), have dramatically increased health care coverage for Americans living with the virus — giving us steady access to treatment and care that not only keep us healthy but also basically uninfectious.

Should People With HIV Stock Up on Meds in Fear of Health Care Cuts?, TheBody.Com.

L’article est rassurant, et rappelle que le démantèlement du système de santé, s’il doit arriver, prendra des années. Mais perso, je suis désolé, et c’est peut-être que ma vie tient à ces deux pilules que je prends le matin, mais ça n’est pas suffisant pour me permettre de dormir tranquillement la nuit. Ce que cet article demande, c’est: «A quel moment je dois commencer à paniquer ?»

Et nous ? Et ici, en France, avec les projets fou de Fillon et Le Pen, la casse sociale qui arrive, pendant combien de temps serons-nous protégés ? J’y pense chaque fois que je vais renouveler mon ordonnance. La pharmacienne me demande si je veux plusieurs mois d’avance et maintenant, je dis oui, systématiquement. 

J’ai conscience, à chaque fois que je prends mes traitements, qu’ailleurs, d’autres personnes vivant avec le VIH n’ont pas cette opportunité. Personne ne mesure mieux que les malades le privilège que représente l’accès à la santé. C’est pour cela que nous nous sommes battus, et c’est aussi pour cela que je ne me laisserais pas faire si la Réaction nous attaque. Quitte à mettre le feu. 

Apocalypse

Ya un truc dans l’air. Ils l’ont dit au journal. Y’a un truc dans l’air à Paris qui va nous rendre malade. Qui nous pique les yeux, qui nous fait pleurer. Ya un truc dans le ciel. Qui nous cache le soleil, qui réveille nos craintes animales et qui nous donne envie de retourner nous coucher pour ne plus jamais nous réveiller. Ça sent l’apocalypse, le basculement.

Je voudrais croire pour prier que ce soit l’arrivée du soleil, de l’amour et des larmes de joies, du syndrome de Stendhal. J’ai la peau à vif et le coeur aux bords des lèvres, mais je veux que ce soit à cause du changement de saison, des fleurs qui sortent de terre, du débourrage des bourgeons. De l’impatience de la sève. Je veux du vert, du beau, du chaud. De l’amour, encore, encore, encore. Je veux qu’on prenne soin les uns des autres. Que ce soit notre Révélation. Notre salutation au printemps.

Après

Rien de tel que le VIH pour vous ramener sur terre. Encore tout assommé après mon mariage, trois jours après exactement, je revois l’hématologue de Saint Louis et son sourire épatant. Les résultats sont bons, je le sais, si bons que le diagnostique sombre qui avait été envisagé au début de l’été est maintenant écarté. Indétectable; l’énergie que j’ai senti réinvestir mon corps pendant le mois d’août n’est pas pas une vue de l’esprit. Je vais mieux.

— Bon et bien voilà, maintenant, je veux que vous restiez indétectable, jusqu’à la retraite, au moins !
— Moi je suis partant, hein. Mais 70 ans, ça fait loin.

Elle sourit et ajoute :

— Je ne veux plus vous voir. Enfin, ça serait avec plaisir, mais j’espère que nous n’en aurons pas l’occasion.

Avant de partir, je lui tends un faire-part, c’est un peu étrange, mais je sais qu’elle sait, pour moi, c’est aussi une manière de dire merci à un praticien qui m’a remis sur pieds avant la date du mariage. On se sert la main et je la quitte pour trouver la pharmacie de l’hôpital.

Premier sous-sol. Plafond bas, gros tuyaux, sol qui couine, néons. Des chariots automatisés transportent des fichiers et des caisses en bipant, ralentissant quand ils passent près de nous. Un trottoir est dessiné au scotch orange.

Je trouve la pharmacie, comme perdue au milieu d’un parking. Je m’assois dans la petite salle d’attente et j’attends mon tour. L’homme avant moi semble exaspéré. Au guichet unique, deux jeunes femmes face à la pharmacienne, qui leur tend un sac en papier marron et qui demande :

— Mais personne ne vous a orienté ?
— Non, ça m’a surprise aussi.
— Attendez je vais les rappeler.

Elle prend son combiné.

— Oui, bonjour c’est la pharmacie. J’ai ici une jeune fille, suite à un viol et on ne lui a pas proposé d’aide psychologique. C’est normal ?
— (shshshsh)
— D’accord, donc il vaut mieux que je m’adresse à eux ?
— (shshsh)
— Merci beaucoup, au revoir.

Les deux amies sont visiblement un peu gênées parce que la salle est toute petite et que tout le monde a entendu. Elles se regardent et se sourient. L’homme qui est avant moi soupire bruyamment, visiblement il en a marre d’attendre. Moi, j’ai le cœur qui se serre un peu, je suis une éponge à larmes depuis le mariage, le lac est plein, de bonheur, de vie et de tristesse aussi, et je lève la tête pour ne pas pleurer sur mon ordonnance.

— Ça fait combien de temps ?
— 5 jours.
— Vous avez porté plainte ?
— J’y vais demain.
— Le plus tôt est le mieux, même si vous vous êtes lavée, ils vont quand même faire des prélèvements si ça fait moins d’une semaine. Vous n’êtes pas libre cet après-midi?
— Je serais obligée d’y aller seule et je ne veux pas.
— Je comprends. Donc vous avez vos médicaments. Deux à chaque repas. Je vais quand même rappeler le service concerné pour l’aide.

Le service concerné expliquera qu’il n’est pas concerné mais l’autre service concerné expliquera que oui, pour avoir accès à l’aide psychologique, il faut avoir porté plainte. La pharmacienne, à peine plus vieille que les deux jeunes femmes, lui explique comment faire et la procédure à suivre dans les jours qui viennent. Elles la remercient et s’en vont. L’homme soupire fortement, récupère à son tour ses médicaments et file.

J’approche du guichet.

— Bonjour. Je suis Monsieur Roncier, docteur G. vient de vous appeler.
— Ah oui, j’ai entendu parler de vous.
— En bien, j’espère.

Elle sourit, en tapant mon nom sur son ordinateur. Je dis, en rougissant :

— C’est bien ce que vous avez fait, pour la jeune fille.

Je vois ces joues qui tremblent un peu et sans lever les yeux de l’écran, elle me répond :

— Je pouvais pas la laisser comme ça.

On ne dit rien pendant quelques secondes. Elle continue à taper mes coordonnées, et elle me dit, en me tendant mon médoc allemand sous ATU:

— Vous avez de la chance, dit elle en souriant. Les comprimés ont l’air petits, la pilule sera plus facile à avaler.

La surconsommation

Un extrait du film Samsâra. Je ne suis pas très branché propagande végan et encore moins bouddhiste, et le raccourci avec la dernière image est bien facile: Il faut interroger les pressions économiques qui poussent les plus pauvres à bouffer de la merde qui leur abîme le corps et arrêter de le présenter comme un « choix ». Mais je pense qu’il faut plus d’images sur comment notre bouffe est produite aujourd’hui. Si tu achètes de la viande pas chère, les conditions d’élevages sont dégueulasses.

[via reddit, mais je sais plus où]

Heroin is better than everything else. (Not.)

What does it feel like to do heroin ? Well…

Now let’s say this person works and has responsibilities. He knows he can’t go into work drunk, or on MDMA, or high. So he doesn’t. It’s actually simple. But heroin… Well the user might actually find they do better work on heroin. Instead of being sad or grumpy or depressed with his job… he is just… happy. Mellow. Content. Everything is fine and the world is beautiful. It’s raining, it’s dark, I woke up at 5:30AM, I’m commuting in traffic. I would have had a headache, I would have been miserable, I would have wondered how my life took me to this point. This point I’m at right now. But no, no, everything is fine. Life is beautiful. The rain drops are just falling and in each one I see the reflection of every persons life around me. Humanity is beautiful. In this still frame shot of traffic on this crowded bus I just found love and peace. Heroin is a wonder drug. Heroin is better than everything else. Heroin makes me who I wish I was. Heroin makes life worth living. Heroin is better than everything else. Heroin builds up a tolerance fast. Heroin starts to cost more money. I need heroin to feel normal. I don’t love anymore. Now I’m sick. I can’t afford the heroin that I need. How did $10 used to get me high? Now I need $100. That guy that let me try a few lines the first time doesn’t actually deal. Oh I need to find a real dealer? This guy is a felon and carries a gun–he can sell me the drug that lets me find love in the world. No this isn’t working, I need to quit.

— Iama heroin addict, been clean now for 4 months. (Follow up), Reddit. Best anti-drug campaign ever.

Dans les pensées de nos mères. Littéralement.

Recent findings showed that during pregnancy, mothers and fetuses often exchange cells that can apparently survive in bodies for years, a phenomenon known as microchimerism. Scientists had found that in mice, fetal cells could even migrate into the brains of mothers. Now researchers have the first evidence fetal cells do so in humans as well.

Son’s DNA found in mom’s brain, CBSnews.com.

Ok, can I say : Creepy. Donc, on sait que ça se passe avec les fils, grâce à l’ADN forcément différent, mais on ne sait pas si c’est bon ou mauvais pour la mère.

Peur, culpabilité et sérotriage

And yet, I’ve turned down guys who are open about their positive status. I watched the onset of AIDS in the ‘80s through the confused eyes of a child. I had it drilled into me that this was a disease to stay far, far away from. I also know better than to sleep with someone who announces himself as HIV positive. Or knew. Now I’m not exactly sure what to think. I feel guilty and scared, but not necessarily in that order.

Please don’t infect me, I’m sorry, Rich Juzwiak, Gawker.

Je pourrais citer tout l’article, tellement c’est intéressant, vraiment essentiel, parce qu’il adresse la difficulté de concilier le safe sex et la volonté de ne pas discriminer chez les pédés séronégatifs. En tant que séropo « out » comme moi qui connaît cette réjection de manière régulière (allez, 80% des partenaires potentiels?), cette lecture, en adressant l’un des problèmes de communication majeur entre partenaires, me fait du bien, même si certains commentaires sont durs à lire dans leur cruauté nue.

Parce que nous l’avons intégré dans la matrice de notre sexualité, de manière consciente et inconsciente, la peur oblitère toute capacité de réflexion chez certains séronégs. La peur de la maladie, la peur de mourir, la peur de devoir le dire, la peur de mourir seul, la peur, froide, paralysante. Je ne juge pas, j’ai peur souvent, aussi, et l’une de mes plus peurs les plus terribles, c’est de transmettre le virus. Mais il faudrait que nous trouvions un moyen de dépasser cette peur pour grandir ensemble.

Parce que tu ne te protèges pas quand tu refuses de coucher avec un séropo « out » alors que tu n’es pas 100% safe avec les partenaires dont tu ne connais pas le statut. Tu appliques juste la politique de l’autruche. Une personne qui ne connait pas son statut n’est pas séronégative. En fait, tu prends plus de risques avec quelqu’un qui se pense séronég qu’avec quelqu’un qui se sait séropo et qui est suivi. Un traitement qui marche, une charge virale indétectable, abaissent le risque de transmission du virus drastiquement. Personnellement, j’attendrais encore des résultats d’étude pour dire que l’efficacité est la même chez les homos, mais chez les hétéros, la réduction du risque est de 96%. Statistiquement, ça va être difficile d’être plus proche des 100%. Ça ne justifie pas d’arrêter la capote (coucou, les autres IST, les hépatites incurables, les herpès, les gonorrhées résistantes), mais ça permet déjà d’éloigner la peur du sida.

Je comprends l’idée du sérotriage —même si elle me blesse— mais nous sommes en 2012. Être séropo aujourd’hui, ce n’est pas (la plupart du temps) comparable à être séropo il y a dix ans. Les traitements ne sont pas les mêmes, les risques ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas de minimiser les problèmes liés au VIH, mais vous couchez avec des séropos, mais vous ne le savez pas forcément. A Paris, nous sommes 1 pédé sur 5 à vivre avec le virus et les traitements ont permis aux pédés de ne plus avoir à parler du VIH parce que ça ne se voit plus, en tout cas chez les nouveaux séropos. La solution de facilité, pour nous aussi, c’est de ne pas en parler. Ne nous donnez pas de raisons de le faire.

Parce que contre la peur, il y a que la parole. Je ne vivrai pas dans la peur. Je suis séropo et « out » et un putain de bon coup avec la bonne personne (références disponibles sur demande). Je prends soin de moi, j’essaye de prendre soin de toi. Je comprends que tu aies peur et je suis heureux d’en parler avec toi.

Lisez cet article.

ASMR : Massages for your brain

ASMR : Autonomous Sensory Meridian Response (ASMR) is a physical sensation characterized by a pleasurable tingling that typically begins in the head and scalp, and often moves down the spine and through the limbs.

Also known as : AIHO (Attention induced head orgasm), AIE (Attention induced euphoria), or simply « head orgasms »/ »head tingles ».

— ASMR : Massages for your brain, Reddit.

Un sentiment de plénitude m’envahissait quand j’allais chez le coiffeur à Toronto. Jorge était indéniablement un bon coiffeur, mais il y avait autre chose; Je retirais de sa manipulation de mes cheveux, pendant la coupe et le shampoing, une sensation assez intense au niveau du scalp, comparable à ce qu’on peut recevoir d’un massage intense, étrangement. Ce n’était pas sexuel, je n’ai pas de fétiche autour des cheveux —seulement autour du poil—, mais je me souviens avoir été presque gêné de prendre autant de plaisir à me faire couper les cheveux.

Certaines personnes pensent qu’il s’agit d’ASMR, une sensation un peu comparable à des frissons. Cette définition est évidemment à prendre avec beaucoup de méfiance, puisque je n’ai pas trouvé trace de justifications scientifiques pertinentes sur internet et que ça sent beaucoup l’acronyme médical bidon.

Il y a un sub-reddit entier regroupant des vidéos supposées déclencher cette «réponse». Pour certains, c’est la manipulation des cheveux, d’autres une voix monotone, etc. Probablement la suite de vidéos la plus inattendue sur laquelle je suis tombé depuis un moment.

Apocalypse Zombie, phase 1

— Un cannibale abattu à Miami.
— New Jersey Man Throws Intestines at Cops.
A Montauban, un homme ivre mange l’oreille d’un autre.

Ça commence. Je ne regrette pas d’avoir pris le temps, avec mes amis du club Apocalypse, d’établir un plan d’urgence, et d’acheter un Leatherman. L’opération NPSM (Ne partez pas sans moi) est en stand-by. Rendez-vous de l’autre côté.

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En l’espace de quelques heures, le hashtag #zombiebukkake est propulsé « trending topic » sur le Twitter français et mondial, une sombre référence à une histoire de zombies gores. Dans le même temps, les médias américains s’inquiètent : la menace d’une attaque de zombies rentre-t-elle dans la sphère du réel ?

SHAUN OF THE DEAD – Vivre à l’ère des zombies, Big Browser, Le Monde.

We joked around about it being the canary in the mine shaft of an impending zombie apocalypse. But as Tumblr blogger « I Hope Rick Santorum » helpfully points out in an appropriately viral post, this latest incident is not so much a warning shot as it is another in a disconcertingly intensifying stream of zombie-invoking headlines — all from the past two weeks, and all from the Sunshine State

Grab Your Boomstick: The Zombie Apocalypse May Actually Be Upon Us, Gawker.

[Edit 2/05/12]

C’est officiel: les zombies ne sont pas (encore) là, Slate.

Mouaif.[/Edit]