Conchita Wurst : Un continent divisé

Les votes de l'Eurovision

— A gauche, les votes du public en faveur de Conchita Wurst; à droite, les votes des jurés (Plus c’est bleu, plus c’est favorable). (Source)

The results suggest, then, that we do live in a divided continent. But the divisions might penetrate much less deeply into society than we often suppose. The differences revealed in the popular voting are slight, whereas those in the elite juries are very marked.

Of course, this is only one source of evidence. There is much, much more than this to be said about attitudes towards sexual minorities around Europe and across the world. Nevertheless, there might be reason to hope that, even in those countries where the ruling elites are often highly intolerant, the wider population might be readier to accept that different people might be different.

Eurovision: A continent divided in its sexual attitudes?, Reading Politics.

Une data-saucisse intéressante, même si elle ne refléte pas forcément fidèlement les opinions publiques des pays concernés. Mais à partir du moment où on a attaqué la personne et non la chanson concurrente, la politique a saisi l’Eurovision et c’est devenu plus qu’un télé-crochet. Les qualités intrinsèques de la chanson sont passées au deuxième plan, au moins pour une grande partie des votants. Les questions de genre, nos corps, nos « moeurs » sont redevenus, une fois encore, le champ de bataille et la cible des réactionnaires. [via]

Cette scène de « Scandal » qui expose le sexisme de l’espace politico-médiatique

Je regarde Scandal en ce moment. Il y aurait beaucoup à dire sur le fait que c’est une série avec une femme noire dans le rôle principal et qu’il y a un couple de pédé républicains cinquantenaires qui s’embrassent à l’écran; vous me direz si vous voyez d’autre séries qui apportent ça, j’en ai pas trouvé. Mais je commençais à me demander pourquoi je m’acharnais à risquer le diabète en subissant la guimauve romantique, la musique patriotique et les frasques des héros friqués pseudo-espions.

Ce speech de la guest-star Lisa Kudrow, diffusé en novembre dernier, dans l’épisode 6 de la 3e saison, me fait pardonner toutes les faiblesses du scénario. Je n’ai jamais vu un discours aussi clair sur le sexisme et les médias dans une série, en plus délivré par une femme politique, face à un journaliste pédé cis blanc, sur les conseils de sa directrice de campagne noire. C’est tellement d’intersectionnalité que j’en ai fait un trou dans ma culotte. Préparez l’insuline, I’m not quitting.

Un an

Un an.

Nous n’oublions pas les insultes de la droite, qui quitta l’hémicycle après le vote, montrant ainsi tout son mépris pour nos minorités, après nous avoir agoni d’horreurs; nous n’oublions pas les attaques des catholiques, dont l’Eglise a dépensé des centaines de milliers d’euros pour nous empêcher d’accéder à un droit; et nous n’oublions pas les trahisons socialistes, la «clause de conscience» de Hollande, le mépris de Jospin et l’enterrement de l’égalité avec l’oubli de la PMA.

Nous n’oublions rien, même si nous avons pleuré de joie.

Un an, et aussi 7 mois.

La maison de verre

La Maison de Verre est un projet réalisé par l’architecte-décorateur Pierre Chareau, l’architecte Bernard Bijvoet et Louis Dalbet (artisan ferronnier), situé au 31, rue Saint-Guillaume à Paris VIIe arrondissement, pour le Docteur Jean Dalsace entre 1928 et 1931.

Elle est son œuvre majeure, composée de trois étages, conçue comme un espace total, dont la façade sur cour est complètement vitrée : une structure métallique tramée soutient des panneaux en pavés de verre tandis que les chambres s’isolent par des portes-placards, en bois ou métal, qui coulissent ou pivotent. La structure (poutres et poutrelles en acier), les canalisations et conduits restent visibles et participent à l’architecture, transformant ainsi les éléments utilitaires de la maison en éléments décoratifs. Ont également été utilisées des dalles ou briques de verre séparant les espaces. Parfois, les mises en façades sont rythmées en contraste avec le béton (jeu de géométrie avec des influences japonaises, des répétitions formelles et une trame rythmique).

La nouvelle maison s’est glissée sous l’ancien hôtel particulier, car la locataire âgée du dernier étage ne voulait pas partir.

La maison de verre, Wikipedia. [via le très savant Donald.]

Insémination artificielle (1978)

Voilà. 1978. Les questions sont les mêmes, les (non-)droits aussi; Le traitement est le même, un peu distancé, un peu dégoûté, avec façon de vouloir faire dire aux interviewés que c’est quand même pas normal. 36 ans pour rien. Ma vie pour rien en droit des lesbiennes.

Ce pays a un grave problème. Mais prenons le temps du débat, tiens. #trahisonsocialiste

La déconnexion du PS

Si une majorité (59%) de Français est opposée à l’autorisation de la gestation pour autrui (GPA),  57% se disent favorables à autoriser la procréation médicale assistée (PMA), selon un sondage* réalisé par l’institut Harris Interactive pour LCP-Assemblée nationale.

— Sondage : une majorité de Français favorable à la PMA, Le Parisien.

Je vois passer ce truc partout ce matin et ya un truc qui chagrine dans cette histoire de sondage. Quand bien même une «majorité» de sondés seraient contre, on n’est pas acteur ou non du progrès social à cause ou grâce à un sondage. Quand c’est la bonne chose à faire, il faut le faire (surtout quand c’était dans le programme). On ne gouverne pas par sondage.

J’ai l’impression que le PS s’est coincé entre une politique du sondage mal interprétés (incapables de se projeter dans le «vrai» monde alors ils interprètent mal des sondages, un bien mauvais moyen de prendre la température d’un pays de toute façon), une politique des urnes nourrie d’automythologie («nous sommes le parti de la gauche») et une politique carriériste (tout pour être réélus). Reste pas beaucoup de place pour les idéaux, hein.

La tête du PS ne sait pas qui nous sommes, en fait. Comme le reste de la droite, mais au moins, l’UMP ne fait pas semblant d’être progressiste. Je dis «nous» au sens large d’ailleurs, les gens qui veulent du progrès social, qui veulent qu’on vive ensemble de manière apaisée et que les gens aient les chances de se réaliser, sans que notre vie soit dictée par une convention du MEDEF ou un délire religieux.

Du coup, le gouvernement et la majorité naviguent à vue, aveuglé par leurs privilèges. Je veux dire, faut être sacrément à la ramasse pour oser dire un truc comme ça :

Interrogé sur France Info ce mercredi 5 février au sujet de la PMA, François Rebsamen, le président du groupe socialiste au Sénat et le sénateur-maire de Dijon, a assuré que ces sujets de société étaient définitivement parisiens.

Voilà ce qu’il explique:

Ce pays est quand même confronté à des formes de dépressions nerveuses généralisées qui semblent des fois assez incompréhensibles quand on vient,j’ose le mot, de province.

Il considère de manière générale que la plupart des Français ne comprennent pas ce qu’est la PMA:

Une grande majorité de Français ne sait même pas ce que c’est.

Ce sont des sujets où la société met du temps à évoluer, regardez le Pacs il y a 12 ans.

François Rebsamen salue ainsi la, « sage » selon lui, décision du gouvernement de reporter sine die le projet de loi sur la famille.

 — François Rebsamen, la PMA est «assez incompréhensible quand on vient de province», Le Lab.

Il réussit à être méprisant avec tout monde en deux phrases : violence de classe («les pécores sont trop cons pour comprendre»), homophobie («le vice bourgeois»), mépris des habitants urbains («bobos hystériques»). Je veux dire, pour être simpliste, les agriculteurs, ils ont pas vraiment besoin qu’on leur explique la PMA. Par contre, les mecs blancs hétérosexuels du PS ont besoin qu’on leur explique les discriminations liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle.

François Rebsamen ne sait pas de quoi il parle, tout simplement. Comme le PS. #trahisonsocialiste

François Hollande est de droite et sa politique du consensus est dangereuse

«Je reste socialiste (…). Je ne suis pas gagné par le libéralisme, c’est tout le contraire, puisque c’est l’Etat qui prend l’initiative.» Cette phrase de François Hollande, lors de ses vœux à la presse, mardi 14 janvier, voulait répondre par avance aux critiques qui accompagnent ses annonces économiques. En choisissant clairement une politique «de l’offre», qui vise à améliorer les marges des entreprises, le chef de l’Etat a rompu avec la tradition, à gauche, de relance par la demande et la dépense. Et s’est rapproché fortement, sur le plan économique du moins, des idées défendues par son adversaire de la présidentielle 2012, Nicolas Sarkozy.

— Hollande fait-il de l’économie à la Sarkozy?, Le Monde.

Le libéralisme, chez cet homme qui, en 2012, a lui-même (brièvement) revêtu, pour les besoins d’une campagne électorale, un déguisement d’«adversaire» de la «finance», n’est donc pas une nouveauté de la semaine – mais bien plutôt la ligne, très (à) droite, dont il ne s’est jamais détourné depuis trois décennies: cela est abondamment documenté, et les éditocrates qui présentent ses dernières annonces – dûment ovationnées par de larges pans de la droite et du patronat – comme une tardive conversion ne peuvent bien sûr pas ne pas le savoir.

Mais en répétant – mensongèrement – qu’il s’agit d’un «tournant»: ils peuvent donner l’impression que leurs incessantes exhortations à réduire la dépense publique et le coût du travail ont été de quelque effet sur des choix où ils n’ont, en réalité, nullement pesé – puisqu’aussi bien, répétons-le, François Hollande applique désormais le programme qui était déjà le sien dans les années 1980, lorsqu’il préconisait: «Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, l’initiative libérée.»

— François Hollande, libéral depuis 1985, Bakchich.info.

L’allégeance de François Hollande aux politiques de droite ne se limite pas à ses propositions économiques (assez largement commentées pour que je ne m’y attarde pas). Sur les questions de société aussi, le Président de la République donne des gages au conservatisme. (…)

Nous voici, donc, avec un président de la République qui, d’un ton patelin, défend la discrimination, confond allègrement légal et illégal et réhabilite avec bonhomie, les forces les plus obscurantistes et antirépublicaines de la société.

François Hollande réussit la synthèse entre le pire du système présidentiel : quand un seul homme décide, et celui du système parlementaire : quand une minorité finit par imposer ses idées à la majorité. Ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac, lors des cohabitations avec des majorités qui ne leur étaient pas favorables, n’avaient pour autant renoncé à défendre les valeurs de leurs électorats respectifs.

François Hollande qui lui pourrait s’appuyer sur une majorité qui détient tous les pouvoirs a non seulement choisi de ne pas s’opposer à la domination idéologique de la droite, mais il est en train d’offrir à ses courants les plus violemment réactionnaires un pouvoir que les urnes leur ont refusé. Ils ne se priveront pas d’en abuser.

— La violence du consensus, Gwen Fauchois.

Hashtag trahison socialiste.

Mettre fin à l’invisibilisation du féminin

Le lien entre invisibilisation (ou « omission ») du féminin dans la langue et dans la société paraît évident. En revanche, aucune féministe ne prétend que modifier la langue permettrait, de manière quasi-magique, de faire évoluer la société. Ce serait une position aussi naïve que l’argument ô combien de fois entendu: « il faut d’abord faire évoluer la société, la langue suivra d’elle-même ». La plupart des gens refusant que l’on « touche » à la langue ne sont pas d’immondes misogynes; leur problème, c’est que l’on révèle le politique dans leur langue, qu’on lui retire son enrobage « naturel » et qu’on mette en évidence l’idéologie qui y est à l’oeuvre.

Il faut donc féminiser la langue, c’est-à-dire mettre fin à l’invisibilité du féminin. Pour cela, plusieurs solutions sont possibles. Personne n’a jamais été forcé de les utiliser; au contraire, tout au plus les instances de pouvoir formulent-elles des « recommandations » ou des « directives » pour la féminisation de la langue, avec l’efficacité que l’on sait. En voici quelques-unes, telles que j’essaie de les appliquer dans la vie de tous les jours. Je parlerai ensuite d’une solution qui permet de dépasser le binarisme masculin/féminin.

— Féminisation de la langue: quelques réflexions théoriques et pratiques, Genre!.

Des exemples et des solutions, et une autre proposition dans ce (vieux) post de Virgile:

Est paru dans Le Monde cette semaine un article très intéressant sur la revendication féministe de supprimer la règle grammaticale qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin. L’argument est convaincant : cette règle de suprématie du masculin ayant été instaurée assez récemment pour des motifs purement sexistes, il n’est pas idiot de vouloir la supprimer maintenant que notre société a progressé sur le plan de l’égalité des sexes. Nous reviendrions alors à la règle qui prévalait auparavant, issue du latin et du grec, dite règle de proximité. Levée de bouclier généralisée dans les commentaires, bien sûr, de la part de tous ceux pour qui le français est sacré et intouchable. Comme si on avait parlé la même langue depuis Clovis 1er jusqu’à nos jours… Des pays comme le Brésil sont moins frileux que nous, qui réforment couramment l’orthographe de leur langue (suppression des doubles consonnes par exemple) pour l’adapter aux usages de la population.

Jeux de langue, Ad Virgilium.

Anecdote: Quand j’étais à Act Up-Paris, une personne avait appelé la permanence et demandé «le ou la responsable de la grammaire non sexiste»: Elle avait remarqué que depuis plusieurs années, nous utilisions un E majuscule pour «féminiser» notre communication, comme dans «vivantEs», par exemple. Personne n’a su quoi lui répondre.

La France qui recule ?

Puis je lis ces articles qui commencent à émerger: ce néo racisme, les tabous qui tombent, ces gens qui osent insulter alors qu’avant ils fermaient leur gueule. Cette banalisation du racisme. Tous les jours, c’est tous les jours maintenant qu’on en entend parler. On en parle à un dîner avec mes parents et leurs amis. Ils disent «putain en 80 c’était pas comme ça, et 30 ans plus tard on regresse». La France qui recule ? Et nous la dedans ? Ces ni complètement français, ni complètement arabes/noirs/chinois… Heureusement que dans mon entourage les gens s’en tapent complètement de mes origines, pour eux tant que je suis une fille bien et une amie loyale, c’est cool. Mais pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai encore des regards en biais, et je touuuuurne ma langue dans ma bouche pour ne pas répliquer. Mais je lance des regards noirs. Parfois des larges sourires, ces sourires qui veulent dire « je t’emmerde ». Puis certaines personnes, qui ont des préjugés, me disent «oh bein je ne pensais pas que vous étiez… aussi… atypique» Genre une bourge catho qui me sort ça parce que je suis diplômée d’une grande fac, que j’ai travaillé dans des musées, que j’ai une culture générale qui montre que je ne suis pas une brebis…bref. Ce genre de truc.

Beaucoup qui me connaissent savent que je me prends la tête. Je cogite, j’ai besoin de comprendre les tenants et aboutissants de certaines choses, mais je crois que beaucoup nee savent pas à quel point, parfois, je peux me sentir mal à l’aise. Je vis ces choses-là, je les absorbe c’est comme ça et j’ai du mal à passer outre.

Mais, face à ce néo racisme, maintenant il faut que j’arrête de me justifier, il faut que j’apprenne à faire front et à emmerder ces gens étroits d’esprit et étroits du cul et mettre en exergue leur connerie profonde. Point.

— Mi française/Mi arabe/Mi cuite/Mi soumise…Surtout cuite, Autobiographie d’une fille fuckée. [via Rue89]

Notons que Rue89 a édité plusieurs passages, dont le titre et la dernière phrase. Ils avaient bizarrement fait la même chose quand ils avaient repris mon texte sur la mairie du XIXe. Pas très à l’aise avec ça.

Le mariage, ce truc de pédés

Proportionnellement, c’est dans le IVe arrondissement que les couples de même sexe ont été les plus nombreux à se marier depuis la promulgation de la loi: sur les 98 unions prononcées dans la mairie de Christophe Girard (PS), près de 43% concernent des couples homosexuels. Les couples masculins représentent plus de 75% des mariages de couples homosexuels dans la capitale.

Paris: 711 couples homosexuels mariés en cinq mois, Yagg.

Je me rappelle avoir entendu plusieurs pédés, pendant le vote sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe l’hiver dernier, affirmer que le mariage, c’était surtout important pour les lesbiennes, que c’était plus un symbole pour les hommes. Bien content d’avoir un chiffre pour infirmer ce genre de déclaration sexiste et aussi pour que les jeunes pédés, si souvent persuadés, encore aujourd’hui, qu’une histoire « sérieuse » n’est pas possible entre hommes, sachent que le mariage est aussi une option rationnelle dans le futur. Ce n’est pas une recette pour réussir sa vie ou une obligation pour réussir sa vie, mais juste un choix valable de plus.

L’ouverture du mariage, c’est un symbole d’égalité, le droit de ne pas se marier au lieu de ne pas avoir le droit de se marier, mais c’est aussi d’une certaine façon l’anti-placard absolu et l’irruption devant les yeux du public de couples « sérieux ». Même si on peut regretter qu’il faille passer par une institution aussi réac pour que nos amours soient prises au sérieux.

Personnellement, j’aimerai aussi savoir ce que ces chiffres nous disent sur le poids financier de l’organisation d’un mariage dans les couples de même sexe. Vu les frais engagés, je ne serais pas surpris que ce soit plus difficile pour les couples de femmes de mobiliser cet argent si rapidement. Mais peut-être s’agit-il là-aussi une idée reçue.

Enfin, peut-être que les presque 20% de pédés séropos parisiens, que la culture que le sida nous a donnée, jouent un rôle dans ces chiffres. Le mariage, c’est aussi une protection pour celui qui reste. Perso, je suis soulagé de savoir que Nicolas est couvert s’il m’arrive quelque chose. C’était important qu’on se marie rapidement parce que le VIH, et même quand tout va bien, nous a donné une conscience aiguë de notre propre mortalité.