Proto-RuPaul sur la Une

J’ai enfin retrouvé cette merveille de reportage sur les drag-queens françaises datant de 95, dont nous citons, encore aujourd’hui, les phrases cultes. RuPaul n’avait pas encore connu sa renaissance, sans même parler de sa traversée du désert, et l’idée même de Drag Race n’avait pas effleuré notre prophète. Nous sortions au Queen en découvrant les fluctuations du genre et les stigmatisations qui en découlent. Et on riait du mauvais traitement et du sensationnalisme associé à nos vies, et des idiots que nous étions, parce que c’était notre seule arme. Folles for ever.

Les hommes des guerres et des armes

Un écho.

Le désir est toujours là à tout moment. Il n’est jamais absent d’un rapport. Le fait que l’on ne puisse pas, par exemple, supporter certaine présence relève du désir. Je ne peux pas dire ça plus clairement, ce n’est pas la peine, la compagnie des hommes, des hommes qui s’appellent ainsi, comme dans les guerres, le pouvoir, les familles, les affaires, c’est fini. Je ne veux plus les voir. C’est sûr, l’homosexualité masculine a changé la vie des femmes.

— Marguerite Duras: «The Thing» (entretien au «Gai Pied», 1980), Yagg.

On a tous nos obsessions. Celle de ce journaliste, c’est profiter du massacre pour retaper sur les Arabes. La mienne, c’est la masculinité. Je crois que ce régime des armes et du droit à tuer reste ce qui définit la masculinité. Je crois que ce journaliste aurait dû déclarer en préambule qu’il se dissociait formellement de la masculinité traditionnelle. Qu’il ne se sentait pas un homme. Qu’il dissociait sa masculinité de celle des assassins mexicains, norvégiens, nigérians ou français.

Parce que c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. C’est ce qu’ils nous disent, à nous les femmes, quand ils veulent faire de nous des mères avant tout : vous accouchez et nous tuons. Les hommes ont le droit de tuer, c’est ce qui définit la masculinité qu’ils nous vendent comme naturelle. Et je n’ai pas entendu un seul homme se défendre de cette masculinité, pas un seul homme s’en démarquer – parce qu’au fond, toutes les discussions qu’on a sont des discussions de dentelière.

— Virginie Despentes : “Les hommes nous rappellent qui commande, et comment”, Les Inrocks.

Hollande : Néolibéral depuis 1983

La liste est déjà longue des trahisons perpétrées par ce gouvernement. Dans le livre La violence des riches, les Pinçon-Charlot nous rappellent que nous ne pouvions rien attendre d’autre de François Hollande:

François Hollande a collaboré à un ouvrage, La Gauche bouge, édité en 1985, aujourd’hui «épuisé». Ce livre témoigne de l’adhésion au libéralisme d’un homme politique encore très jeune. Âgé de trente et un ans, François Hollande est alors conseiller référendaire à la Cour des comptes et maître de conférences à Sciences Po. Le livre est publié sous le pseudonyme de Jean-François Trans, mais les noms du futur président de la République et des quatre auteurs figurent en page 6. Il s’agit de: Jean-Michel Gaillard, trente-neuf ans, conseiller référendaire à la Cour des comptes et maître de conférences à l’ENA; Jean-Pierre Jouyet, camarade de promotion à l’ENA de François Hollande, trente et un ans, inspecteur des finances et président du club Démocratie 2000; Jean-Yves Le Drian, trente-huit ans, agrégé d’histoire, député-maire de Lorient, actuel ministre de la Défense; Jean-Pierre Mignard, trente-quatre ans, avocat au barreau de Paris, ancien membre de la direction politique du PSU, adhérent d’une organisation catholique internationale de défense des droits de l’homme.

Dès l’introduction, le lecteur est prévenu: «Finis les rêves, enterrées les illusions, évanouies les chimères. Le réel envahit tout. Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, les effectifs de la police renforcés, la Défense nationale préservée, les entreprises modernisées, l’initiative libérée.»

(…)

Les auteurs de La Gauche bouge assument le tournant néolibéral masqué sous le thème de la «rigueur»: «En réhabilitant, non sans opportunité, l’entreprise et la réussite, la gauche, avec l’ardeur du néophyte, retrouve des accents que la droite n’osait plus prononcer, depuis des lustres, de peur d’être ridicule. Mais prenons garde d’en faire trop: pour faire oublier nos frasques égalitaristes, ne gommons pas notre vocation sociale.»

(…)

L’oligarchie s’organise. François Hollande et ses quatre acolytes envisagent d’accentuer encore le caractère présidentiel du régime, qui d’ailleurs se réalisera sous Lionel Jospin lorsqu’il était Premier ministre entre 1997 et 2002, avec l’inversion du calendrier électoral donnant la priorité à l’élection présidentielle. Les cohabitations entre la droite libérale et les libéraux de gauche sont également envisagées. «Le président de la République, élu au suffrage universel pour cinq ans, en même temps que la représentation parlementaire, nommerait un cabinet responsable uniquement devant lui. À côté de cet exécutif stable, le Parlement disposerait de la plénitude du pouvoir législatif. Rien n’empêcherait alors les Français de choisir un président de tendance politique différente de celle du Parlement.»

— La violence des riches – Chronique d’une immense casse sociale, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Le livre est intégralement disponible en ligne, si vous ne pouvez pas l’acheter.

Conchita Wurst : Un continent divisé

Les votes de l'Eurovision

— A gauche, les votes du public en faveur de Conchita Wurst; à droite, les votes des jurés (Plus c’est bleu, plus c’est favorable). (Source)

The results suggest, then, that we do live in a divided continent. But the divisions might penetrate much less deeply into society than we often suppose. The differences revealed in the popular voting are slight, whereas those in the elite juries are very marked.

Of course, this is only one source of evidence. There is much, much more than this to be said about attitudes towards sexual minorities around Europe and across the world. Nevertheless, there might be reason to hope that, even in those countries where the ruling elites are often highly intolerant, the wider population might be readier to accept that different people might be different.

Eurovision: A continent divided in its sexual attitudes?, Reading Politics.

Une data-saucisse intéressante, même si elle ne refléte pas forcément fidèlement les opinions publiques des pays concernés. Mais à partir du moment où on a attaqué la personne et non la chanson concurrente, la politique a saisi l’Eurovision et c’est devenu plus qu’un télé-crochet. Les qualités intrinsèques de la chanson sont passées au deuxième plan, au moins pour une grande partie des votants. Les questions de genre, nos corps, nos « moeurs » sont redevenus, une fois encore, le champ de bataille et la cible des réactionnaires. [via]

Cette scène de « Scandal » qui expose le sexisme de l’espace politico-médiatique

Je regarde Scandal en ce moment. Il y aurait beaucoup à dire sur le fait que c’est une série avec une femme noire dans le rôle principal et qu’il y a un couple de pédé républicains cinquantenaires qui s’embrassent à l’écran; vous me direz si vous voyez d’autre séries qui apportent ça, j’en ai pas trouvé. Mais je commençais à me demander pourquoi je m’acharnais à risquer le diabète en subissant la guimauve romantique, la musique patriotique et les frasques des héros friqués pseudo-espions.

Ce speech de la guest-star Lisa Kudrow, diffusé en novembre dernier, dans l’épisode 6 de la 3e saison, me fait pardonner toutes les faiblesses du scénario. Je n’ai jamais vu un discours aussi clair sur le sexisme et les médias dans une série, en plus délivré par une femme politique, face à un journaliste pédé cis blanc, sur les conseils de sa directrice de campagne noire. C’est tellement d’intersectionnalité que j’en ai fait un trou dans ma culotte. Préparez l’insuline, I’m not quitting.

Un an

Un an.

Nous n’oublions pas les insultes de la droite, qui quitta l’hémicycle après le vote, montrant ainsi tout son mépris pour nos minorités, après nous avoir agoni d’horreurs; nous n’oublions pas les attaques des catholiques, dont l’Eglise a dépensé des centaines de milliers d’euros pour nous empêcher d’accéder à un droit; et nous n’oublions pas les trahisons socialistes, la «clause de conscience» de Hollande, le mépris de Jospin et l’enterrement de l’égalité avec l’oubli de la PMA.

Nous n’oublions rien, même si nous avons pleuré de joie.

Un an, et aussi 7 mois.

La maison de verre

La Maison de Verre est un projet réalisé par l’architecte-décorateur Pierre Chareau, l’architecte Bernard Bijvoet et Louis Dalbet (artisan ferronnier), situé au 31, rue Saint-Guillaume à Paris VIIe arrondissement, pour le Docteur Jean Dalsace entre 1928 et 1931.

Elle est son œuvre majeure, composée de trois étages, conçue comme un espace total, dont la façade sur cour est complètement vitrée : une structure métallique tramée soutient des panneaux en pavés de verre tandis que les chambres s’isolent par des portes-placards, en bois ou métal, qui coulissent ou pivotent. La structure (poutres et poutrelles en acier), les canalisations et conduits restent visibles et participent à l’architecture, transformant ainsi les éléments utilitaires de la maison en éléments décoratifs. Ont également été utilisées des dalles ou briques de verre séparant les espaces. Parfois, les mises en façades sont rythmées en contraste avec le béton (jeu de géométrie avec des influences japonaises, des répétitions formelles et une trame rythmique).

La nouvelle maison s’est glissée sous l’ancien hôtel particulier, car la locataire âgée du dernier étage ne voulait pas partir.

La maison de verre, Wikipedia. [via le très savant Donald.]

Insémination artificielle (1978)

Voilà. 1978. Les questions sont les mêmes, les (non-)droits aussi; Le traitement est le même, un peu distancé, un peu dégoûté, avec façon de vouloir faire dire aux interviewés que c’est quand même pas normal. 36 ans pour rien. Ma vie pour rien en droit des lesbiennes.

Ce pays a un grave problème. Mais prenons le temps du débat, tiens. #trahisonsocialiste

La déconnexion du PS

Si une majorité (59%) de Français est opposée à l’autorisation de la gestation pour autrui (GPA),  57% se disent favorables à autoriser la procréation médicale assistée (PMA), selon un sondage* réalisé par l’institut Harris Interactive pour LCP-Assemblée nationale.

— Sondage : une majorité de Français favorable à la PMA, Le Parisien.

Je vois passer ce truc partout ce matin et ya un truc qui chagrine dans cette histoire de sondage. Quand bien même une «majorité» de sondés seraient contre, on n’est pas acteur ou non du progrès social à cause ou grâce à un sondage. Quand c’est la bonne chose à faire, il faut le faire (surtout quand c’était dans le programme). On ne gouverne pas par sondage.

J’ai l’impression que le PS s’est coincé entre une politique du sondage mal interprétés (incapables de se projeter dans le «vrai» monde alors ils interprètent mal des sondages, un bien mauvais moyen de prendre la température d’un pays de toute façon), une politique des urnes nourrie d’automythologie («nous sommes le parti de la gauche») et une politique carriériste (tout pour être réélus). Reste pas beaucoup de place pour les idéaux, hein.

La tête du PS ne sait pas qui nous sommes, en fait. Comme le reste de la droite, mais au moins, l’UMP ne fait pas semblant d’être progressiste. Je dis «nous» au sens large d’ailleurs, les gens qui veulent du progrès social, qui veulent qu’on vive ensemble de manière apaisée et que les gens aient les chances de se réaliser, sans que notre vie soit dictée par une convention du MEDEF ou un délire religieux.

Du coup, le gouvernement et la majorité naviguent à vue, aveuglé par leurs privilèges. Je veux dire, faut être sacrément à la ramasse pour oser dire un truc comme ça :

Interrogé sur France Info ce mercredi 5 février au sujet de la PMA, François Rebsamen, le président du groupe socialiste au Sénat et le sénateur-maire de Dijon, a assuré que ces sujets de société étaient définitivement parisiens.

Voilà ce qu’il explique:

Ce pays est quand même confronté à des formes de dépressions nerveuses généralisées qui semblent des fois assez incompréhensibles quand on vient,j’ose le mot, de province.

Il considère de manière générale que la plupart des Français ne comprennent pas ce qu’est la PMA:

Une grande majorité de Français ne sait même pas ce que c’est.

Ce sont des sujets où la société met du temps à évoluer, regardez le Pacs il y a 12 ans.

François Rebsamen salue ainsi la, « sage » selon lui, décision du gouvernement de reporter sine die le projet de loi sur la famille.

 — François Rebsamen, la PMA est «assez incompréhensible quand on vient de province», Le Lab.

Il réussit à être méprisant avec tout monde en deux phrases : violence de classe («les pécores sont trop cons pour comprendre»), homophobie («le vice bourgeois»), mépris des habitants urbains («bobos hystériques»). Je veux dire, pour être simpliste, les agriculteurs, ils ont pas vraiment besoin qu’on leur explique la PMA. Par contre, les mecs blancs hétérosexuels du PS ont besoin qu’on leur explique les discriminations liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle.

François Rebsamen ne sait pas de quoi il parle, tout simplement. Comme le PS. #trahisonsocialiste

François Hollande est de droite et sa politique du consensus est dangereuse

«Je reste socialiste (…). Je ne suis pas gagné par le libéralisme, c’est tout le contraire, puisque c’est l’Etat qui prend l’initiative.» Cette phrase de François Hollande, lors de ses vœux à la presse, mardi 14 janvier, voulait répondre par avance aux critiques qui accompagnent ses annonces économiques. En choisissant clairement une politique «de l’offre», qui vise à améliorer les marges des entreprises, le chef de l’Etat a rompu avec la tradition, à gauche, de relance par la demande et la dépense. Et s’est rapproché fortement, sur le plan économique du moins, des idées défendues par son adversaire de la présidentielle 2012, Nicolas Sarkozy.

— Hollande fait-il de l’économie à la Sarkozy?, Le Monde.

Le libéralisme, chez cet homme qui, en 2012, a lui-même (brièvement) revêtu, pour les besoins d’une campagne électorale, un déguisement d’«adversaire» de la «finance», n’est donc pas une nouveauté de la semaine – mais bien plutôt la ligne, très (à) droite, dont il ne s’est jamais détourné depuis trois décennies: cela est abondamment documenté, et les éditocrates qui présentent ses dernières annonces – dûment ovationnées par de larges pans de la droite et du patronat – comme une tardive conversion ne peuvent bien sûr pas ne pas le savoir.

Mais en répétant – mensongèrement – qu’il s’agit d’un «tournant»: ils peuvent donner l’impression que leurs incessantes exhortations à réduire la dépense publique et le coût du travail ont été de quelque effet sur des choix où ils n’ont, en réalité, nullement pesé – puisqu’aussi bien, répétons-le, François Hollande applique désormais le programme qui était déjà le sien dans les années 1980, lorsqu’il préconisait: «Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, l’initiative libérée.»

— François Hollande, libéral depuis 1985, Bakchich.info.

L’allégeance de François Hollande aux politiques de droite ne se limite pas à ses propositions économiques (assez largement commentées pour que je ne m’y attarde pas). Sur les questions de société aussi, le Président de la République donne des gages au conservatisme. (…)

Nous voici, donc, avec un président de la République qui, d’un ton patelin, défend la discrimination, confond allègrement légal et illégal et réhabilite avec bonhomie, les forces les plus obscurantistes et antirépublicaines de la société.

François Hollande réussit la synthèse entre le pire du système présidentiel : quand un seul homme décide, et celui du système parlementaire : quand une minorité finit par imposer ses idées à la majorité. Ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac, lors des cohabitations avec des majorités qui ne leur étaient pas favorables, n’avaient pour autant renoncé à défendre les valeurs de leurs électorats respectifs.

François Hollande qui lui pourrait s’appuyer sur une majorité qui détient tous les pouvoirs a non seulement choisi de ne pas s’opposer à la domination idéologique de la droite, mais il est en train d’offrir à ses courants les plus violemment réactionnaires un pouvoir que les urnes leur ont refusé. Ils ne se priveront pas d’en abuser.

— La violence du consensus, Gwen Fauchois.

Hashtag trahison socialiste.