Insémination artificielle (1978)

Voilà. 1978. Les questions sont les mêmes, les (non-)droits aussi; Le traitement est le même, un peu distancé, un peu dégoûté, avec façon de vouloir faire dire aux interviewés que c’est quand même pas normal. 36 ans pour rien. Ma vie pour rien en droit des lesbiennes.

Ce pays a un grave problème. Mais prenons le temps du débat, tiens. #trahisonsocialiste

La déconnexion du PS

Si une majorité (59%) de Français est opposée à l’autorisation de la gestation pour autrui (GPA),  57% se disent favorables à autoriser la procréation médicale assistée (PMA), selon un sondage* réalisé par l’institut Harris Interactive pour LCP-Assemblée nationale.

— Sondage : une majorité de Français favorable à la PMA, Le Parisien.

Je vois passer ce truc partout ce matin et ya un truc qui chagrine dans cette histoire de sondage. Quand bien même une «majorité» de sondés seraient contre, on n’est pas acteur ou non du progrès social à cause ou grâce à un sondage. Quand c’est la bonne chose à faire, il faut le faire (surtout quand c’était dans le programme). On ne gouverne pas par sondage.

J’ai l’impression que le PS s’est coincé entre une politique du sondage mal interprétés (incapables de se projeter dans le «vrai» monde alors ils interprètent mal des sondages, un bien mauvais moyen de prendre la température d’un pays de toute façon), une politique des urnes nourrie d’automythologie («nous sommes le parti de la gauche») et une politique carriériste (tout pour être réélus). Reste pas beaucoup de place pour les idéaux, hein.

La tête du PS ne sait pas qui nous sommes, en fait. Comme le reste de la droite, mais au moins, l’UMP ne fait pas semblant d’être progressiste. Je dis «nous» au sens large d’ailleurs, les gens qui veulent du progrès social, qui veulent qu’on vive ensemble de manière apaisée et que les gens aient les chances de se réaliser, sans que notre vie soit dictée par une convention du MEDEF ou un délire religieux.

Du coup, le gouvernement et la majorité naviguent à vue, aveuglé par leurs privilèges. Je veux dire, faut être sacrément à la ramasse pour oser dire un truc comme ça :

Interrogé sur France Info ce mercredi 5 février au sujet de la PMA, François Rebsamen, le président du groupe socialiste au Sénat et le sénateur-maire de Dijon, a assuré que ces sujets de société étaient définitivement parisiens.

Voilà ce qu’il explique:

Ce pays est quand même confronté à des formes de dépressions nerveuses généralisées qui semblent des fois assez incompréhensibles quand on vient,j’ose le mot, de province.

Il considère de manière générale que la plupart des Français ne comprennent pas ce qu’est la PMA:

Une grande majorité de Français ne sait même pas ce que c’est.

Ce sont des sujets où la société met du temps à évoluer, regardez le Pacs il y a 12 ans.

François Rebsamen salue ainsi la, « sage » selon lui, décision du gouvernement de reporter sine die le projet de loi sur la famille.

 — François Rebsamen, la PMA est «assez incompréhensible quand on vient de province», Le Lab.

Il réussit à être méprisant avec tout monde en deux phrases : violence de classe («les pécores sont trop cons pour comprendre»), homophobie («le vice bourgeois»), mépris des habitants urbains («bobos hystériques»). Je veux dire, pour être simpliste, les agriculteurs, ils ont pas vraiment besoin qu’on leur explique la PMA. Par contre, les mecs blancs hétérosexuels du PS ont besoin qu’on leur explique les discriminations liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle.

François Rebsamen ne sait pas de quoi il parle, tout simplement. Comme le PS. #trahisonsocialiste

François Hollande est de droite et sa politique du consensus est dangereuse

«Je reste socialiste (…). Je ne suis pas gagné par le libéralisme, c’est tout le contraire, puisque c’est l’Etat qui prend l’initiative.» Cette phrase de François Hollande, lors de ses vœux à la presse, mardi 14 janvier, voulait répondre par avance aux critiques qui accompagnent ses annonces économiques. En choisissant clairement une politique «de l’offre», qui vise à améliorer les marges des entreprises, le chef de l’Etat a rompu avec la tradition, à gauche, de relance par la demande et la dépense. Et s’est rapproché fortement, sur le plan économique du moins, des idées défendues par son adversaire de la présidentielle 2012, Nicolas Sarkozy.

— Hollande fait-il de l’économie à la Sarkozy?, Le Monde.

Le libéralisme, chez cet homme qui, en 2012, a lui-même (brièvement) revêtu, pour les besoins d’une campagne électorale, un déguisement d’«adversaire» de la «finance», n’est donc pas une nouveauté de la semaine – mais bien plutôt la ligne, très (à) droite, dont il ne s’est jamais détourné depuis trois décennies: cela est abondamment documenté, et les éditocrates qui présentent ses dernières annonces – dûment ovationnées par de larges pans de la droite et du patronat – comme une tardive conversion ne peuvent bien sûr pas ne pas le savoir.

Mais en répétant – mensongèrement – qu’il s’agit d’un «tournant»: ils peuvent donner l’impression que leurs incessantes exhortations à réduire la dépense publique et le coût du travail ont été de quelque effet sur des choix où ils n’ont, en réalité, nullement pesé – puisqu’aussi bien, répétons-le, François Hollande applique désormais le programme qui était déjà le sien dans les années 1980, lorsqu’il préconisait: «Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, l’initiative libérée.»

— François Hollande, libéral depuis 1985, Bakchich.info.

L’allégeance de François Hollande aux politiques de droite ne se limite pas à ses propositions économiques (assez largement commentées pour que je ne m’y attarde pas). Sur les questions de société aussi, le Président de la République donne des gages au conservatisme. (…)

Nous voici, donc, avec un président de la République qui, d’un ton patelin, défend la discrimination, confond allègrement légal et illégal et réhabilite avec bonhomie, les forces les plus obscurantistes et antirépublicaines de la société.

François Hollande réussit la synthèse entre le pire du système présidentiel : quand un seul homme décide, et celui du système parlementaire : quand une minorité finit par imposer ses idées à la majorité. Ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac, lors des cohabitations avec des majorités qui ne leur étaient pas favorables, n’avaient pour autant renoncé à défendre les valeurs de leurs électorats respectifs.

François Hollande qui lui pourrait s’appuyer sur une majorité qui détient tous les pouvoirs a non seulement choisi de ne pas s’opposer à la domination idéologique de la droite, mais il est en train d’offrir à ses courants les plus violemment réactionnaires un pouvoir que les urnes leur ont refusé. Ils ne se priveront pas d’en abuser.

— La violence du consensus, Gwen Fauchois.

Hashtag trahison socialiste.

La France qui recule ?

Puis je lis ces articles qui commencent à émerger: ce néo racisme, les tabous qui tombent, ces gens qui osent insulter alors qu’avant ils fermaient leur gueule. Cette banalisation du racisme. Tous les jours, c’est tous les jours maintenant qu’on en entend parler. On en parle à un dîner avec mes parents et leurs amis. Ils disent «putain en 80 c’était pas comme ça, et 30 ans plus tard on regresse». La France qui recule ? Et nous la dedans ? Ces ni complètement français, ni complètement arabes/noirs/chinois… Heureusement que dans mon entourage les gens s’en tapent complètement de mes origines, pour eux tant que je suis une fille bien et une amie loyale, c’est cool. Mais pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai encore des regards en biais, et je touuuuurne ma langue dans ma bouche pour ne pas répliquer. Mais je lance des regards noirs. Parfois des larges sourires, ces sourires qui veulent dire « je t’emmerde ». Puis certaines personnes, qui ont des préjugés, me disent «oh bein je ne pensais pas que vous étiez… aussi… atypique» Genre une bourge catho qui me sort ça parce que je suis diplômée d’une grande fac, que j’ai travaillé dans des musées, que j’ai une culture générale qui montre que je ne suis pas une brebis…bref. Ce genre de truc.

Beaucoup qui me connaissent savent que je me prends la tête. Je cogite, j’ai besoin de comprendre les tenants et aboutissants de certaines choses, mais je crois que beaucoup nee savent pas à quel point, parfois, je peux me sentir mal à l’aise. Je vis ces choses-là, je les absorbe c’est comme ça et j’ai du mal à passer outre.

Mais, face à ce néo racisme, maintenant il faut que j’arrête de me justifier, il faut que j’apprenne à faire front et à emmerder ces gens étroits d’esprit et étroits du cul et mettre en exergue leur connerie profonde. Point.

— Mi française/Mi arabe/Mi cuite/Mi soumise…Surtout cuite, Autobiographie d’une fille fuckée. [via Rue89]

Notons que Rue89 a édité plusieurs passages, dont le titre et la dernière phrase. Ils avaient bizarrement fait la même chose quand ils avaient repris mon texte sur la mairie du XIXe. Pas très à l’aise avec ça.

Le mariage, ce truc de pédés

Proportionnellement, c’est dans le IVe arrondissement que les couples de même sexe ont été les plus nombreux à se marier depuis la promulgation de la loi: sur les 98 unions prononcées dans la mairie de Christophe Girard (PS), près de 43% concernent des couples homosexuels. Les couples masculins représentent plus de 75% des mariages de couples homosexuels dans la capitale.

Paris: 711 couples homosexuels mariés en cinq mois, Yagg.

Je me rappelle avoir entendu plusieurs pédés, pendant le vote sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe l’hiver dernier, affirmer que le mariage, c’était surtout important pour les lesbiennes, que c’était plus un symbole pour les hommes. Bien content d’avoir un chiffre pour infirmer ce genre de déclaration sexiste et aussi pour que les jeunes pédés, si souvent persuadés, encore aujourd’hui, qu’une histoire « sérieuse » n’est pas possible entre hommes, sachent que le mariage est aussi une option rationnelle dans le futur. Ce n’est pas une recette pour réussir sa vie ou une obligation pour réussir sa vie, mais juste un choix valable de plus.

L’ouverture du mariage, c’est un symbole d’égalité, le droit de ne pas se marier au lieu de ne pas avoir le droit de se marier, mais c’est aussi d’une certaine façon l’anti-placard absolu et l’irruption devant les yeux du public de couples « sérieux ». Même si on peut regretter qu’il faille passer par une institution aussi réac pour que nos amours soient prises au sérieux.

Personnellement, j’aimerai aussi savoir ce que ces chiffres nous disent sur le poids financier de l’organisation d’un mariage dans les couples de même sexe. Vu les frais engagés, je ne serais pas surpris que ce soit plus difficile pour les couples de femmes de mobiliser cet argent si rapidement. Mais peut-être s’agit-il là-aussi une idée reçue.

Enfin, peut-être que les presque 20% de pédés séropos parisiens, que la culture que le sida nous a donnée, jouent un rôle dans ces chiffres. Le mariage, c’est aussi une protection pour celui qui reste. Perso, je suis soulagé de savoir que Nicolas est couvert s’il m’arrive quelque chose. C’était important qu’on se marie rapidement parce que le VIH, et même quand tout va bien, nous a donné une conscience aiguë de notre propre mortalité.

Les vrais chiffres de l’immigration

Les 9 mensonges du FN enfin révélés

1. Les immigrés « nous envahissent » ? Faux, ils sont nécessaires à notre démographie et juste en nombre suffisant. Ils étaient 267.000 en 2011 pour 200.000 Français qui quittent notre territoire chaque année.

2. Les immigrés n’ont « jamais été aussi nombreux » ? Faux, ils étaient 7% de la population en 1981, ils ne sont plus que 6% aujourd’hui.

3. Les expulsions « ont ralenti » sous François Hollande ? Faux, il y a eu 38.000 reconduites à la frontière en 2012 avec Manuel Valls et 8000 chaque année seulement sous François Mitterrand.

4. Les immigrés « servent le grand patronat » ? Faux, les immigrés économiques ne représentent que 10% de l’ensemble et ne pèsent pas sur les salaires.

5. Les « salaires baissent » à cause des immigrés ? Faux, ils augmentent de +0,27% grâce à eux.

6. La prochaine immigration sera « asiatique » ? Faux, d’une part parce que les frontières de ces pays sont fermées au Nord et au Sud, d’autre part parce que les Asiatiques n’ont pas les moyens d’immigrer.

7. La France « championne d’Europe » de l’immigration légale ? Faux, le Royaume-Uni a accueilli en 2011 550.000 immigrés, l’Allemagne 500.000, l’Italie 385.000 et la France, 267.000.

8. Les immigrés « prennent le travail des Français » ? Faux, 60.000 sont des étudiants, 90.000 sont des épouses ou des enfants qui viennent dans le cadre du regroupement familial, 20.000 sont des réfugiés humanitaires et 20.000 des réfugiés économiques.

9. Peut-on ramener le nombre des immigrés de 200.000 à 10.000 comme le prétend le FN ? Impossible, il faudrait que la France sorte de l’Europe et rompe tous les accords internationaux. Dans ce cas, la France serait tellement isolée que les Français non plus ne pourraient plus émigrer.

— Florian Philippot à « SLT » : les 9 mensonges du FN sur l’immigration enfin dévoilés, Le Plus.

Les faits, c’est d’abord que les migrations ont toujours existé dans l’histoire, à l’intérieur du même pays comme entre des Etats différents. Il n’est pas raisonnable de faire comme si l’Europe était brusquement confrontée à un phénomène nouveau sous la forme d’une vague migratoire sans précédent. D’autant plus que les chiffres montrent plutôt que cette immigration vers l’Europe est relativement faible.

Dans l’Union européenne, il y a environ 30 millions de résidents nés en dehors de l’UE, soit autour de 6% de la population totale. Le nombre des clandestins est estimé entre 4,5 et 8 millions. Sur plus de 500 millions de citoyens européens, les sans-papiers représentent ainsi entre 0,97% et 1,73% de la population européenne. Quand la question de l’intégration des Roms occupe le centre du débat politique, il faut rappeler qu’ils sont environ 20.000 en France.

Ce que les politiques savent de l’immigration et ne disent pas, Slate.fr.

Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

Les très bons comptes de l’immigration, ABC, Courrier International.

Puisque l’éthique, les Droits de la personne humaine et la justice sociale ne suffisent pas à guider la réflexion des Français sur la question, est-ce que les journalistes pourraient au moins rappeler ces faits à chaque fois qu’ils donnent la parole à un représentant d’un parti d’extrême-droite comme le FN? Ou à Manuel Valls ? On peut parler immigration, ce n’est pas un gros mot. Mais si on en parle, on commence par vérifier les chiffres. Sinon, c’est pas de l’information, c’est open mic night pour les connards.

Troubles français de la latéralité

Vincent Tiberj sur la «droitisation» de la société, Mediapart.

Répondre à la question de la droitisation implique de s’intéresser à l’«évolution des systèmes de valeurs», explique Pierre Bréchon, et d’avoir des points de référence répétés dans le temps et comparables.

C’est exactement ce à quoi travaille le chercheur, qui dirige un groupe d’une quinzaine de confrères appartenant à différentes universités et laboratoires de recherche français au sein de l’Association pour la recherche sur les systèmes de valeurs (Arval).

Ils réalisent tous les neuf ans depuis 1981 (la dernière édition date donc de 2008) une grande enquête à travers des entretiens en face à face sur les valeurs des Français, qui s’insère dans une enquête européenne plus large. Le questionnaire, en grande partie le même d’une vague à l’autre, permet de connaître de manière précise les évolutions sur près de trente ans, tandis que les échantillons importants (1.821 personnes interrogées en 1999, plus de 3.000 en 2008) assurent la solidité statistique de l’enquête. Et le constat de Pierre Bréchon est clair:

«Si on regarde les valeurs, il n’y a pas de droitisation des Français. Sur une longue période, ce sont les idées de gauche qui sont plutôt à la hausse. La xénophobie, par exemple, est à la baisse, indépendamment des petites fluctuations qui peuvent arriver.»

(…) La tendance générale supposée à la droitisation masque un autre phénomène plus spécifique: la droitisation de la droite. Depuis 1990, l’acceptation des immigrés, des étrangers, des minorités est toujours plus élevée à gauche qu’au centre et au centre qu’à droite, mais les différences entre ces trois groupes étaient stables jusqu’à récemment.

Or, depuis 2008, le niveau de tolérance des personnes se disant de droite a subi un véritable décrochage par rapport à celui des personnes se disant de gauche, et même avec celui des centristes.

— La droitisation de la France est un mythe (pour le moment), Slate.fr.

D’autre part, l’analyse des évolutions de l’opinion dément l’hypothèse d’une droitisation de la société – culturelle mais aussi économique. Quant au racisme, il ne date pas d’aujourd’hui ; il a surtout changé d’habits, puisqu’il s’autorise le plus souvent de rhétorique républicaine. Bref, la droitisation de la politique n’est pas l’effet d’une droitisation de la société française. Il faut expliquer la politique par la politique – et non par la société qu’elle prétend pourtant refléter.

Cette droitisation résulte donc d’un choix politique – celui qui prévaut depuis trente ans. En 1984, comment comprendre la percée du Front national ? Au lieu d’interroger le tournant de la rigueur de 1983, droite puis gauche vont s’employer à contrer le parti de Jean-Marie Le Pen en allant sur son terrain – insécurité, immigration. C’était faire comme si l’extrême droite posait les bonnes questions. On mesure toutefois le chemin parcouru : aujourd’hui, les mêmes diraient que le Front national apporte les bonnes réponses. Certes, la gauche socialiste continue de revendiquer un « juste milieu » entre les « extrêmes » ; mais à mesure que le paysage se déporte, ce « milieu » est moins juste. Il suffit, pour s’en convaincre, de le comparer à celui de 1974.

— La triste droitisation du PS, Eric Fassin, Le Monde.

Je ne pense pas que Marine Le Pen arrive un jour au pouvoir. Par contre, cette affaire et plein d’autres montrent que les idées du FN sont banalisées, acceptées, intégrées par des gens venant de tout l’échiquier politique, de gauche comme de droite. L’immigration, par exemple, n’est plus matière à débat, l’affaire est déjà entendue : c’est devenu un problème à résoudre. On peut présenter tous les chiffres et toutes les études, prétendre le contraire est une opinion inaudible. Le FN n’a presque pas d’élu, mais il force les élus des autres partis à prendre position sur des questions clivantes, faussement présentées comme importantes. Le FN n’est pas au pouvoir, mais il impose ses sujets de débat, il produit du discours qui essaime. Insidieusement. On ne s’en rend pas compte, on se croit de gauche, on se croit progressiste et puis un jour, à l’occasion de l’expulsion d’une Leonarda ou du placement en foyer d’un gamin blond enlevé à ses parents bruns, on sort avec aplomb une bonne grosse connerie raciste.

Marine Le Pen : « La famille de Leonarda n’a pas vocation à rester en France. » François Hollande : « La famille de Leonarda n’a pas vocation à rester en France. » Voilà. Au plus haut de l’Etat, on est tombé dans le piège. À nous de ne pas y tomber aussi.

Insidieusement, Ad Virgilium.

Still not safe on the tennis court

She was also a Tennis Channel commentator during the men’s final at the French Open in early June when opponents of France’s same-sex marriage law interrupted the match between Spanish tennis players Rafael Nadal and David Ferrer. Navratilova said the shirtless protester who ran onto the court with a flare in his hand near Nadal reminded her of the man who stabbed Monica Seles during a German tennis match in 1993.

“You’re like holy shit, you’re still not safe on the tennis court,” she said. “On top of that, it’s these asshole protesters who have nothing better to do but complain about gay people having the same rights as they do.”

Navratilova also recalled seeing some of the more than 100,000 people who marched against France’s same-sex marriage law in Paris on May 26 — three days before the first gay couple legally tied the knot in the country. Opponents of nuptials for same-sex couples also gathered along portions of the Tour de France route last month to protest the statute.

“I couldn’t believe the masses of people who were out protesting against something that doesn’t affect them in any way,” Navratilova said, referring to the May 26 march in the French capital. “To really see real people that are so emotionally invested in denying you equality is really disconcerting.”

— Martina Navratilova: Coming ‘full circle’, The Washington Blade.

«C’est bien»

A la mairie du XIXe, j’ai été (presque) déçu, il n’y avait pas 150 journalistes pour m’accueillir. Je suis allé à l’État civil, j’ai pris un ticket pour la file Dossier de mariage et j’ai attendu, très peu, derrière un couple hétéro qui discutait de comment organiser son vin d’honneur sans vexer la famille.

Un panneau explique que la mairie n’a plus de créneaux disponibles avant fin juillet pour les mariages, je pensais que ça serait plus. Madame Mairie m’appelle. Elle est concentrée, je suis un peu sur mes gardes, je suis pas encore persuadé d’être à ma place ici, je lui demande calmement un dossier de mariage.

— C’est pour vous et votre…, me laisse-t-elle compléter.
— Mon compagnon, oui.
— Très bien. Vous êtes tous les deux Français?
— Non, il est libanais.
— AH! D’accord. Je reviens, asseyez vous.

Elle me laisse, pendant que je feuillette le dossier et je commence à énumérer dans ma tête les preuves que ce n’est pas un mariage blanc, tandis qu’elle revient avec un gros classeur.

— Faut que je regarde comment ça se passe, on a pas encore tous les papiers. D’ailleurs, vous m’excuserez pour le dossier, mais c’est un vieux.

Je lui assure qu’il n’y a pas de problème, je comprends tout à fait. Et effectivement, il n’y a pas de problème, au lieu d’une feuille de renseignements Épouse et une feuille Époux, il y a juste deux feuilles Époux et un sticker jaune fluo collé sur la couv’ qui indique que le dossier a été édité avant les modifications du code civil. #pouinbar.

Elle se pose en face de moi et m’explique les différentes pièces que nous devons produire.

— Dans le cas de votre compagnon, il doit demander un extrait de naissance traduit en Français, ainsi qu’un certificat de coutume ou de capacité matrimoniale, à demander au consulat du Liban.

Elle a l’air embêté.

— Je ne sais pas si ils vont vouloir vous le donner.
— Boarf, on est pas obligé de dire au Liban que c’est pour un mariage avec un homme, tente-je.

Elle me regarde sans rien dire.

— Oui, et s’ils refusent, on demandera un exemption. Ça, ça va dépendre des pays, de ceux qui reconnaissent le mariage pour tous. On a eu une formation, mais on a pas encore reçu tous les documents à ce sujet.

Là, je comprends que ce qui l’embête, c’est que je ne puisse pas traduire mon mariage au Liban. Ça me laisse coi parce que je ne comptais pas pouvoir le faire, de toutes façons. Depuis mon entrée à la mairie, je tends le dos parce que j’ai peur d’être mal accueilli, comme les torrents de haine qu’on lit tous les jours veulent me le faire croire, comme les regards agressifs me le rappellent dès que je sors de chez moi.

Et en face de moi, j’ai une personne qui me fait sentir qu’elle connaît l’importance de ma démarche et qu’elle en mesure la solennité, parce que c’est son métier.

Surpris, je lui demande s’ils déjà ont beaucoup de demandes suite à la loi.

— Oh non pas encore mais ça va venir et c’est super!

Elle s’anime tout d’un coup.

— Ouais, c’est chouette, ça va être bien, on est content. D’ailleurs, c’est aujourd’hui le premier, faut que je regarde les infos!

Elle me sourit avec sincérité et elle finit de me donner les informations, calmement, comme elle a commencé. Voilà, c’est aussi ça, la vraie vie.

Ce texte a été repris sur Rue89.

AJL, première

Le traitement médiatique du projet de loi sur le mariage pour tous nous a très souvent interrogés. Propos caricaturaux publiés sous la plume de confrères et consœurs dans leurs éditoriaux, espace et temps disproportionnés accordés à des opposants à la loi explicitement homophobes sur les antennes télé ou dans les pages de magazines etc. : tout s’est passé comme si l’homophobie était une simple opinion, et non un délit. Comme si offrir une tribune aux homophobes, sous couvert de vouloir garantir un traitement “équilibré” du sujet, ne légitimait pas ces propos haineux. Comme si, au fond, la discrimination envers les homosexuel.les était plus acceptable que celle qui touche d’autres minorités.

(…)

Nous avons donc décidé de créer l’Association des journalistes LGBT (AJL). Certains vont évidemment nous faire le procès du communautarisme. Ou voir en nous l’expression de ce fameux “lobby gay” qu’ils fantasment à longueur de journée. Nous n’en avons cure. Le dernier article posté à la une du site de la NLGJA américaine s’intitule «Nous rappelons aux journalistes l’importance d’accorder un traitement juste et rigoureux à la couverture du mariage pour les couples de même sexe». C’est de là que, modestement, nous partons, avec la volonté d’affirmer notre présence sur l’ensemble de ces questions lorsque leur traitement se révélera défectueux. Nous invitons tous les journalistes LGBT soucieuses et soucieux de ces questions à nous rejoindre.

Pour une association des journalistes LGBT, ajlgbt.info.

J’ai signé avec plaisir ce texte. C’est un appel, tout reste à faire. Pour nous rejoindre ou nous contacter, envoyez nous un message via notre page contact ou par mail, contact@ajlgbt.info.