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La fenêtre d’Overton

La fenêtre d’Overton est un concept politique, aussi connu comme la fenêtre de discours, représentant la gamme d’idées «acceptables» pour l’opinion publique à un moment donné. C’est également le titre du 4e épisode de la 3e saison de The Good Fight.

La fenêtre d’Overton est un concept politique, aussi connu comme la fenêtre de discours, représentant la gamme d’idées «acceptables» pour l’opinion publique à un moment donné. Selon la description de Joseph P. Overton, un politicien peut présenter une idée située dans cette fenêtre sans être considéré comme trop extrême et faire entendre ainsi son discours politique.

L’extrême-droite, américaine en particulier, a revendiqué la manipulation de ce principe pour faire accepter des idées jugées auparavant irrecevables. En déplaçant petit à petit la fenêtre de ce que l’opinion publique est prête à considérer acceptable, on arrive, par exemple, à écarter toute idée de Sécurité sociale ou à remettre l’agenda néo-nazi au goût du jour.

La fenêtre d’Overton, c’est également le titre du 4e épisode de la 3e saison de The Good Fight. Des Néo-Nazis cherchent à dissuader des votants de se rendre aux urnes dans un Comté fortement disputé. Ils portent des gilets rouges, comme les casquettes MAGA des membres de l’organisation masculiniste d’extrême-droite Proud Boys. Vu de France, difficile de ne pas penser aux Gilets Jaunes, sans savoir si l’auteur et l’autrice ont vraiment souhaité ce clin d’oeil, pour souligner peut-être une même stratégie de l’uniforme, quand bien même rien d’autre les rapprocheraient.

Red Jacket

Leur chef, bien mis, cravaté, déroule ses idées repoussantes devant le micro tendu par une reporter qui ne semble pourtant rien faire d’autre que son travail, avec “objectivité“. Mais la fenêtre se déplace, juste sous nos yeux.

Jay (Nyambi Nyambi) finit par allonger le Néo-nazi en chef dans les chiottes et l’affrontement dégénère en bagarre rangée. Se pose alors la question : Est-ce OK de frapper un Nazi sans avoir été provoqué?

La réponse nous est donnée sous la forme d’un monologue de Jay, face caméra:

Is it alright to hit a Nazi unprovoked? I was always taught never to throw the first punch, never to instigate. Defend, but don’t attack. But then I saw a video of the white nationalist Richard Spencer being punched in the face during an interview. I realized Spencer was in a pressed suit, wearing a tie, being interviewed like his opinion mattered — like it should be considered part of the conversation, like neo-Nazism is just one political point of view. And then I realized there’s no better way to show some speech is not equal. Some speech requires a more visceral response. It’s like Overton’s window — that’s the term for which ideas are tolerated in public discourse. Well, Overton’s window doesn’t mean shit unless it comes with some enforcement. So yeah, this is enforcement. It’s time to punch a few Nazis.

Peut-on frapper un Nazi sans avoir été provoqué? On m’a toujours appris à ne jamais frapper en premier, à ne jamais initier une bagarre. Se défendre, mais ne pas attaquer. Mais j’ai vu une vidéo du nationaliste blanc Richard Spencer se faire frapper au visage au cours d’une interview. Je me suis rendu compte que Spencer portait un costume, et une cravate, qu’il était interviewé comme si son opinion avait de l’importance — comme si elle devait être prise en compte dans notre conversation, comme si le néo-nazisme était un point de vue politique comme les autres. Et j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de meilleur moyen pour montrer que certains discours ne valent pas les autres. Certains discours appellent une réponse plus viscérale. C’est comme la fenêtre d’Overton — c’est le terme englobant les idées qui sont tolérées dans le discours public. Eh bien, la fenêtre d’Overton, ça ne veut rien dire du tout, à moins que ça ne s’accompagne d’une mise en application. Alors ouais, c’est de la mise en application. Il est temps de frapper quelques Nazis.

Comment s’assurer que la fenêtre d’Overton ne dérive pas trop vers l’extrême-droite? En la clouant à coup de poing, en empêchant que les Nazis ne puissent dérouler leur discours mortifère dans les medias. Le fait que cette idée semble aujourd’hui si radicale pour certain·e·s nous permet de mesurer à quel point notre propre fenêtre d’Overton a dérivé vers le pire.

Cette série commence de plus en plus à ressembler à un manuel de résistance pour Progressistes perdus en ces temps incertains. I’m here for it.