Le chant du canari

Hoya Bella

Quand j’arrive à dormir, je fais des rêves inquiétants. Je suis à l’intérieur d’un gigantesque corps humain collectif, où chacun est occupé à essayer de comprendre quelle est sa place dans la machine globale. Pas d’open space, nous sommes chacun dans notre petit espace, à appliquer des instructions qui ne nous sont pas explicitées mais que nous connaissons, manœuvrant dans cette obscurité sémantique pour essayer de corriger les déséquilibres du robot géant. Toujours sans qu’on sache pourquoi, la Direction, les Hautes Sphères, décident de parquer le géant sur une planète inconnue, et quittent le collectif dans une flottille des vaisseaux spatiaux dépareillés pour se garer sur la montagne voisine. Nous sommes seuls, alors, dans le corps désormais ingouverné et inamovible, exposés dans notre collectif échoué, isolés face à la menace des autochtones chevaucheurs de tigres bleus. Malgré de petites victoires, nous savons, nous, ceux ne peuvent pas fuir, que notre guerrilla de cubicule ne nous sauvera pas. Tout au plus, elle retardera l’avancé de ces dangers muets et sourds, comme la porte de ma cabine ne peut résister qu’un moment à leur force aveugle. Quand l’une des créatures arrive à passer son bras à travers la ventilation, et va m’attraper par les cheveux, je décide de me réveiller. 

Pendant tout le rêve, je suis très calme, beaucoup plus calme que je ne le suis en ce moment dans la réalité, où j’alterne entre colère sombre et résignation, entre empathie et incompréhension profonde, sans jamais trouver un milieu qui me permettrait de me reposer. Quand j’ouvre les yeux, je suis las, comme celui qui sait qu’il va devoir recommencer le scénario des nuits encore et encore, pour essayer de donner finalement du sens à notre ensemble et tenter de nous protéger.

Personne n’écoute les canaris des mines, nos minorités, nos vies exposées, nous qui n’avons pas le privilège d’affirmer que demain, «ça ira mieux», parce que nous savons que ça n’ira pas mieux par défaut, que nous devrons arracher ce mieux, juste pour pouvoir survivre.

Nous vous avons prévenu que la Manif pour tous, ça n’était pas que des passéistes rigolos, mais la résurgence glaçante de la Réaction sous une forme moderne, terriblement efficace, autour de laquelle se redéfinirait la droite pour mieux nous sacrifier.

Nous vous avons dit que les attaques dont sont victimes les femmes et les personnes homosexuelles, dans la rue ou sur le net, étaient graves et qu’elles étaient le signe d’un déséquilibre profond et pathogène de notre société, qu’ils ne s’agissaient pas «seulement» de trolls.

Nous vous avons dit que les actes et les paroles racistes les plus infâmes avaient désormais toute license de circuler, sans ne rencontrer le plus souvent qu’un haussement d’épaule, et que ce n’était pas légitime qu’on accepte qu’une partie de nous soit ainsi traitée.

Nous vous avons dit qu’il y avait un problème avec la presse et la majeure partie de l’éditocratie politique hors sol qui continuait de servir la soupe aux dirigeants au lieu de les tenir redevables en leur posant de vraies questions qui feraient trébucher leur communication.

Nous vous avons dit qu’attaquer les malades, remettre en cause la sécurité sociale, stigmatiser les chômeurs et les précaires, c’était dangereux pour la santé de toutes et tous, en plus d’être inique.

Nous vous avons dit que le système agroalimentaire qu’on entretient depuis des années fabrique des produits inaptes à la consommation humaine et que notre dépendance au pétrole nous tue, bien plus vite qu’on veut le reconnaitre. L’air est vicié, littéralement.

Le refus obstiné de reconnaitre les systèmes d’oppression à l’oeuvre pour ne retenir que des actes isolés nous a menés à l’impasse dans laquelle on se trouve aujourd’hui. On ne peut pas lutter contre l’homophobie, le sexisme ou le racisme quand on refuse de les voir pour ce qu’ils sont, des ensembles complexes de dimension systémique, où une partie de la population s’accroche à ses privilèges face à une minorité. On ne peut pas lutter contre un ennemi qu’on refuse d’admettre.

Aujourd’hui, plus de quarante pour cent des électeurs sont prêts à voter pour un candidat d’extrême-droite, et en délicatesse avec la justice, que ce soit Fillon ou Le Pen. Bon, même ce chiffre n’est pas fiable, puisqu’il nous est fourni par des sondages qui ont régulièrement montré leur absence de pertinence. Mais on sait qu’ils sont beaucoup. Seule certitude, dans un pays qui tourne rond, ces personnes n’auraient jamais dû avoir la moindre chance d’être candidates, et encore moins élues. 

Le Pen, candidate du parti fondé par des collaborateurs et des anciens SS, refuse de rembourser l’argent qu’elle a volé à l’Europe et refuse également de retirer sa candidature en cas de mise en examen, parce qu’elle récuse le pouvoir des juges. Aucune tache ne semble coller sur le profil de cette millionaire qui a dissimulé, comme son père, son patrimoine et que son parti est le parti touché par le plus d’affaires judiciaires. Une candidate, qui passe ses journées à nous chanter le refrain rance de la souveraineté nationale, après avoir emprunté de l’argent à des banques russes, qui bénéficie du soutien d’une flotte d’internautes Poutinistes s’apprêtant à utiliser en masse des bots et à attaquer les autres candidats.

Fillon, lui, continue de faire campagne sur la probité, et a décidé de rester candidat alors qu’il est mis en cause dans plusieurs affaires, dont une d’emploi fictif. Sans aucune gène, il continue à désigner les «fraudeurs», les étrangers, les précaires et les personnes homosexuelles comme ses adversaires, pendant que les éditorialistes politiques télévisuels continuent à le défendre, dénonçant la «dictature» de la transparence et en critiquant le travail journalistique réalisé par leurs consoeurs et confrères. Ainsi, Franz-Olivier Giesbert, trempé dans l’affaire Fillon via son épouse et la Revue des deux mondes, continue de publier ses tribunes surréalistes, attaquant à la fois et dans le désordre, la transparence, la justice et les utilisateurs de Twitter. Les journalistes, lorsqu’ils ont été convoqués par ce même candidat, n’ont pas jugé bon de lui poser des questions sur les affaires en cours, et n’ont pas non plus jugés bon de défendre la seule journaliste qui a osé l’interpeller quand elle s’est faite attaquer par le candidat. Des attaques qui se sont ensuite étendues à la famille du rédacteur en chef pour devenir une campagne de dénigrement en règle. Sans presse qui fonctionne, pas d’information et sans information, impossible de se former une opinion pertinente. Reste la peur comme seul compas.

En attendant la fin du monde, la police, qui a des pouvoirs exceptionnels grâce à l’état d’urgence, continue de tuer et violer des adolescents noirs et arabes, sans que ça gène vraiment la majorité («Tu comprends, leur travail est difficile.»). La moitié des forces de police vote Front National et j’ai des sueurs froides en pensant à l’impunité dont ils bénéficieront sous un régime Le Pen. La réponse du pouvoir socialiste à cette menace: assouplir les règles de légitime défense pour les policiers, durcir les peines pour outrages aux forces de l’ordre et autoriser l’anonymat des enquêteurs.

Soyons honnêtes, la plupart des électeurs et des électrices sont capable de voter pour Le Pen parce qu’ils ne pensent pas vraiment qu’ils auront à supporter les conséquences de cette élection, puisqu’ils ne sont pas, à leurs yeux, ni des feignants, ni des resquilleurs, ni des pervers, ni des étrangers. Ils n’ont pas peur de la police, innocents qu’ils sont. Les électeurs de Fillon, eux, je pense que c’est très légèrement différent, ils veulent viscéralement voir la droite retourner à sa place légitime, au pouvoir. Je crois qu’ils vivent toute parenthèse de gouvernement de gauche comme un coup d’état et ils sont prêts à soutenir n’importe quel cheval boiteux pour y remédier.

De l’autre côté de la mer, loin dans une autre langue, Donald Trump, star de télé-réalité, entrepreneur raté, a réussi à se faire élire grâce à l’aide des chrétiens fondamentalistes, et installe un gouvernement fasciste, ciblant les femmes et les musulmans américains, refusant de reconnaître que les Juifs ont été les cibles principales de l’Holocauste et critiquant ouvertement l’indépendance de la justice. Les mécanismes qui ont porté Le Pen aux marches du pouvoir, sont certes différent de ceux qui ont mené Trump à la présidence des États-Unis, mais le résultat sera le même. Elle imposera ses décisions politiques arbitraires, les attaques contre les minorités vont exploser sans que la majorité ne réagisse, parce que ses idées sont partout. Elles ont migré par capillarité jusqu’à la gauche du spectre politique, une gauche qui est parfois incapable de comprendre que le respect de ceux qui parlent pour eux-mêmes, et le libre choix de ce qu’on fait de son corps et de son cul sont au coeur de ce qu’elle devrait défendre. 

Quand bien même Le Pen perdrait, je ne vois pas comment on pourrait se réjouir. Je refuse par avance votre invitation à la grande célébration républicaine qui suivrait une victoire d’un autre candidat de droite. Ne comptez pas sur moi pour me réjouir d’avoir éviter la sortie de route, alors que celle-ci nous mène au ravin.

Je vous le dis, comme nous avons déjà essayé de vous le chanter sous tous les tons: Ils viendront pour vous. Ils vont commencer par nous, les minorités, vous allez mettre du temps à réagir, il y aura des morts. Et ils se tourneront vers vous, rognant vos droits pour aller encore plus loin dans ce qu’ils portent par essence, le fascisme.

Voilà ce qui tourne dans mes nuits, quand j’ai peur de ce que demain sera fait, pour moi et les personnes qui me sont chères, quand je me demande si ce pays saura me protéger de ce qu’il a créé. 

Le triste démenti du très bien compris

«Avec la Manif Pour Tous, je fais le pari positif du malentendu.» (…)

«La présence des modèles masculins est évidemment un besoin pour la construction de soi.» (…)

«Je voudrais quand même rappeler qu’il n’y a pas d’avortement heureux !»

— Jean-Luc Mélenchon : « Je suis de culture catholique, je connais la maison ! », Famille Chrétienne

Bien triste, cet entrevue de Méluch’ dans Famille Chrétienne triste. C’est toujours aussi affligeant de lire deux mecs disserter entre couilles, calmement du bien fondé —ou non— de l’oppression des femmes et des homos, tout oublieux qu’ils sont de leur classe de mecs hétéros qui leur permet de le faire. Comme si nous n’avions pas eu à nous battre pendant des années pour accéder au droit de nous marier, avant d’y accéder sous les seaux de merde de La Manif pour Tous. Comme si les femmes n’avaient pas à se battre pour avoir accès à l’avortement —forcément horrible, hein, évidemment, coupable— et à en plus en subir le stigma. C’est terrifiant de se rendre compte qu’il est prêt à nous balancer sous le bus sans hésiter pour essayer de gagner des voix auprès de personnes qui ne voteront jamais pour lui. Comme Hollande, quoi. 

Le candidat de la France Insoumise cherche un terrain d’entente avec des gens qui ont poussé les nôtres au suicide, pendant des mois, comme il avait flatté leur « élan », alors, sur notre dos. On part de tout ça comme si c’était de l’histoire ancienne, alors que ce sont ces mêmes gens qui dirigent et remodèlent la Réaction politique en France. Il n’y a aucun malentendu. Parler de l’obligation d’un modèle masculin, ou laisser supposer qu’une IVG est forcément triste ou douloureuse, c’est déjà être sur leur terrain. C’est en cela que cet entretien est révélateur, pour moi, d’une terrible minoration dans la campagne de Méluch’, une faille politique majeure: l’un des fronts de bataille principaux —avec les minorités, un autre concept qui semble lui échapper—, ce sont les questions de genre. Les droits des femmes, les droits des minorités sexuelles ne sont pas négociables, et ce sont les intéressé•e•s qui doit choisir et discuter. Si tu es prêt à franchir la ligne de démarcation pour faire la cour à des gens de l’autre côté, alors ce n’est pas la peine d’essayer de venir nous la jouer incorruptible, ou différent. On connait la rengaine, c’est le vieil air connu du paternalisme universaliste.

Marche des Femmes et médias

Women's March

Assez surpris —vraiment, je devrais arrêter d’être surpris, mais bon— de la médiocre couverture médiatique en France de la Women’s March qui s’est tenu samedi 21 janvier dernier, j’ai essayé de savoir, par exemple, combien de personnes ont marché ce jour-là, en tout au niveau mondial. Je cherche encore.

Entre Libé qui parle de « milliers » de manifestantes, alors qu’on est plus proche des millions apparemment, et Le Monde qui fait un focus sur la présence d’Angélique Kidjo lors de la marche (ok.), les grands médias ont manifestement raté un truc.

Et pas qu’en France: Aux États-Unis, 1 journal sur 5 n’a pas couvert les Marches de protestation. Et 22% les ont mentionnées seulement dans les pages intérieures. 

Pour le Washington Post, les grands médias ont raté le rendez-vous et ce sont les réseaux sociaux qui ont permis l’organisation d’une des plus grandes mobilisations des 30 dernières années aux États-Unis (là encore, sans chiffres, difficile d’être plus précis).

Ce manque de visibilité n’a bien sûr rien à voir avec le fait qu’il s’agisse d’une marche de femmes. Evidemment. Ou que les manifestantes aient été réunies autour des questions des droits des femmes, des minorités, de la lutte contre le réchauffement climatique, contre l’islamophobie, pour les droits des personnes trans et des homo-bisexuel•le•s. Bref, ce qui est aujourd’hui au cœur des luttes politiques ici et là-bas; des «histoires de « bobo » et de minorités» pour certains, tant pis si les premières décisions du nouveau président ont été une attaque contre les droits des femmes, une attaque contre les Premières Nations qui s’opposaient à l’industrie pétrolière et le bâillonnement de l’Agence américaine de protection de l’environnement. 

Les femmes sont en première ligne. Nous sommes en première ligne. Ce sont ces questions, malgré ce qu’essaye de nous faire croire les éditorialistes politiques pourrissants, qui définissent et qui vont définir le projet de société que nous allons devoir défendre. Face à Trump, face à Le Pen —qui bénéficie déjà de l’armée de propagande du fascistoïde américain sur internet—, face à Fillon, face à Valls. 

 

Crédit photo : Mobilus In Mobili.

Proto-RuPaul sur la Une

J’ai enfin retrouvé cette merveille de reportage sur les drag-queens françaises datant de 95, dont nous citons, encore aujourd’hui, les phrases cultes. RuPaul n’avait pas encore connu sa renaissance, sans même parler de sa traversée du désert, et l’idée même de Drag Race n’avait pas effleuré notre prophète. Nous sortions au Queen en découvrant les fluctuations du genre et les stigmatisations qui en découlent. Et on riait du mauvais traitement et du sensationnalisme associé à nos vies, et des idiots que nous étions, parce que c’était notre seule arme. Folles for ever.

Cette scène de « Scandal » qui expose le sexisme de l’espace politico-médiatique

Je regarde Scandal en ce moment. Il y aurait beaucoup à dire sur le fait que c’est une série avec une femme noire dans le rôle principal et qu’il y a un couple de pédé républicains cinquantenaires qui s’embrassent à l’écran; vous me direz si vous voyez d’autre séries qui apportent ça, j’en ai pas trouvé. Mais je commençais à me demander pourquoi je m’acharnais à risquer le diabète en subissant la guimauve romantique, la musique patriotique et les frasques des héros friqués pseudo-espions.

Ce speech de la guest-star Lisa Kudrow, diffusé en novembre dernier, dans l’épisode 6 de la 3e saison, me fait pardonner toutes les faiblesses du scénario. Je n’ai jamais vu un discours aussi clair sur le sexisme et les médias dans une série, en plus délivré par une femme politique, face à un journaliste pédé cis blanc, sur les conseils de sa directrice de campagne noire. C’est tellement d’intersectionnalité que j’en ai fait un trou dans ma culotte. Préparez l’insuline, I’m not quitting.

La France qui recule ?

Puis je lis ces articles qui commencent à émerger: ce néo racisme, les tabous qui tombent, ces gens qui osent insulter alors qu’avant ils fermaient leur gueule. Cette banalisation du racisme. Tous les jours, c’est tous les jours maintenant qu’on en entend parler. On en parle à un dîner avec mes parents et leurs amis. Ils disent «putain en 80 c’était pas comme ça, et 30 ans plus tard on regresse». La France qui recule ? Et nous la dedans ? Ces ni complètement français, ni complètement arabes/noirs/chinois… Heureusement que dans mon entourage les gens s’en tapent complètement de mes origines, pour eux tant que je suis une fille bien et une amie loyale, c’est cool. Mais pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai encore des regards en biais, et je touuuuurne ma langue dans ma bouche pour ne pas répliquer. Mais je lance des regards noirs. Parfois des larges sourires, ces sourires qui veulent dire « je t’emmerde ». Puis certaines personnes, qui ont des préjugés, me disent «oh bein je ne pensais pas que vous étiez… aussi… atypique» Genre une bourge catho qui me sort ça parce que je suis diplômée d’une grande fac, que j’ai travaillé dans des musées, que j’ai une culture générale qui montre que je ne suis pas une brebis…bref. Ce genre de truc.

Beaucoup qui me connaissent savent que je me prends la tête. Je cogite, j’ai besoin de comprendre les tenants et aboutissants de certaines choses, mais je crois que beaucoup nee savent pas à quel point, parfois, je peux me sentir mal à l’aise. Je vis ces choses-là, je les absorbe c’est comme ça et j’ai du mal à passer outre.

Mais, face à ce néo racisme, maintenant il faut que j’arrête de me justifier, il faut que j’apprenne à faire front et à emmerder ces gens étroits d’esprit et étroits du cul et mettre en exergue leur connerie profonde. Point.

— Mi française/Mi arabe/Mi cuite/Mi soumise…Surtout cuite, Autobiographie d’une fille fuckée. [via Rue89]

Notons que Rue89 a édité plusieurs passages, dont le titre et la dernière phrase. Ils avaient bizarrement fait la même chose quand ils avaient repris mon texte sur la mairie du XIXe. Pas très à l’aise avec ça.

Les vrais chiffres de l’immigration

Les 9 mensonges du FN enfin révélés

1. Les immigrés « nous envahissent » ? Faux, ils sont nécessaires à notre démographie et juste en nombre suffisant. Ils étaient 267.000 en 2011 pour 200.000 Français qui quittent notre territoire chaque année.

2. Les immigrés n’ont « jamais été aussi nombreux » ? Faux, ils étaient 7% de la population en 1981, ils ne sont plus que 6% aujourd’hui.

3. Les expulsions « ont ralenti » sous François Hollande ? Faux, il y a eu 38.000 reconduites à la frontière en 2012 avec Manuel Valls et 8000 chaque année seulement sous François Mitterrand.

4. Les immigrés « servent le grand patronat » ? Faux, les immigrés économiques ne représentent que 10% de l’ensemble et ne pèsent pas sur les salaires.

5. Les « salaires baissent » à cause des immigrés ? Faux, ils augmentent de +0,27% grâce à eux.

6. La prochaine immigration sera « asiatique » ? Faux, d’une part parce que les frontières de ces pays sont fermées au Nord et au Sud, d’autre part parce que les Asiatiques n’ont pas les moyens d’immigrer.

7. La France « championne d’Europe » de l’immigration légale ? Faux, le Royaume-Uni a accueilli en 2011 550.000 immigrés, l’Allemagne 500.000, l’Italie 385.000 et la France, 267.000.

8. Les immigrés « prennent le travail des Français » ? Faux, 60.000 sont des étudiants, 90.000 sont des épouses ou des enfants qui viennent dans le cadre du regroupement familial, 20.000 sont des réfugiés humanitaires et 20.000 des réfugiés économiques.

9. Peut-on ramener le nombre des immigrés de 200.000 à 10.000 comme le prétend le FN ? Impossible, il faudrait que la France sorte de l’Europe et rompe tous les accords internationaux. Dans ce cas, la France serait tellement isolée que les Français non plus ne pourraient plus émigrer.

— Florian Philippot à « SLT » : les 9 mensonges du FN sur l’immigration enfin dévoilés, Le Plus.

Les faits, c’est d’abord que les migrations ont toujours existé dans l’histoire, à l’intérieur du même pays comme entre des Etats différents. Il n’est pas raisonnable de faire comme si l’Europe était brusquement confrontée à un phénomène nouveau sous la forme d’une vague migratoire sans précédent. D’autant plus que les chiffres montrent plutôt que cette immigration vers l’Europe est relativement faible.

Dans l’Union européenne, il y a environ 30 millions de résidents nés en dehors de l’UE, soit autour de 6% de la population totale. Le nombre des clandestins est estimé entre 4,5 et 8 millions. Sur plus de 500 millions de citoyens européens, les sans-papiers représentent ainsi entre 0,97% et 1,73% de la population européenne. Quand la question de l’intégration des Roms occupe le centre du débat politique, il faut rappeler qu’ils sont environ 20.000 en France.

Ce que les politiques savent de l’immigration et ne disent pas, Slate.fr.

Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

Les très bons comptes de l’immigration, ABC, Courrier International.

Puisque l’éthique, les Droits de la personne humaine et la justice sociale ne suffisent pas à guider la réflexion des Français sur la question, est-ce que les journalistes pourraient au moins rappeler ces faits à chaque fois qu’ils donnent la parole à un représentant d’un parti d’extrême-droite comme le FN? Ou à Manuel Valls ? On peut parler immigration, ce n’est pas un gros mot. Mais si on en parle, on commence par vérifier les chiffres. Sinon, c’est pas de l’information, c’est open mic night pour les connards.

Still not safe on the tennis court

She was also a Tennis Channel commentator during the men’s final at the French Open in early June when opponents of France’s same-sex marriage law interrupted the match between Spanish tennis players Rafael Nadal and David Ferrer. Navratilova said the shirtless protester who ran onto the court with a flare in his hand near Nadal reminded her of the man who stabbed Monica Seles during a German tennis match in 1993.

“You’re like holy shit, you’re still not safe on the tennis court,” she said. “On top of that, it’s these asshole protesters who have nothing better to do but complain about gay people having the same rights as they do.”

Navratilova also recalled seeing some of the more than 100,000 people who marched against France’s same-sex marriage law in Paris on May 26 — three days before the first gay couple legally tied the knot in the country. Opponents of nuptials for same-sex couples also gathered along portions of the Tour de France route last month to protest the statute.

“I couldn’t believe the masses of people who were out protesting against something that doesn’t affect them in any way,” Navratilova said, referring to the May 26 march in the French capital. “To really see real people that are so emotionally invested in denying you equality is really disconcerting.”

— Martina Navratilova: Coming ‘full circle’, The Washington Blade.

«C’est bien»

A la mairie du XIXe, j’ai été (presque) déçu, il n’y avait pas 150 journalistes pour m’accueillir. Je suis allé à l’État civil, j’ai pris un ticket pour la file Dossier de mariage et j’ai attendu, très peu, derrière un couple hétéro qui discutait de comment organiser son vin d’honneur sans vexer la famille.

Un panneau explique que la mairie n’a plus de créneaux disponibles avant fin juillet pour les mariages, je pensais que ça serait plus. Madame Mairie m’appelle. Elle est concentrée, je suis un peu sur mes gardes, je suis pas encore persuadé d’être à ma place ici, je lui demande calmement un dossier de mariage.

— C’est pour vous et votre…, me laisse-t-elle compléter.
— Mon compagnon, oui.
— Très bien. Vous êtes tous les deux Français?
— Non, il est libanais.
— AH! D’accord. Je reviens, asseyez vous.

Elle me laisse, pendant que je feuillette le dossier et je commence à énumérer dans ma tête les preuves que ce n’est pas un mariage blanc, tandis qu’elle revient avec un gros classeur.

— Faut que je regarde comment ça se passe, on a pas encore tous les papiers. D’ailleurs, vous m’excuserez pour le dossier, mais c’est un vieux.

Je lui assure qu’il n’y a pas de problème, je comprends tout à fait. Et effectivement, il n’y a pas de problème, au lieu d’une feuille de renseignements Épouse et une feuille Époux, il y a juste deux feuilles Époux et un sticker jaune fluo collé sur la couv’ qui indique que le dossier a été édité avant les modifications du code civil. #pouinbar.

Elle se pose en face de moi et m’explique les différentes pièces que nous devons produire.

— Dans le cas de votre compagnon, il doit demander un extrait de naissance traduit en Français, ainsi qu’un certificat de coutume ou de capacité matrimoniale, à demander au consulat du Liban.

Elle a l’air embêté.

— Je ne sais pas si ils vont vouloir vous le donner.
— Boarf, on est pas obligé de dire au Liban que c’est pour un mariage avec un homme, tente-je.

Elle me regarde sans rien dire.

— Oui, et s’ils refusent, on demandera un exemption. Ça, ça va dépendre des pays, de ceux qui reconnaissent le mariage pour tous. On a eu une formation, mais on a pas encore reçu tous les documents à ce sujet.

Là, je comprends que ce qui l’embête, c’est que je ne puisse pas traduire mon mariage au Liban. Ça me laisse coi parce que je ne comptais pas pouvoir le faire, de toutes façons. Depuis mon entrée à la mairie, je tends le dos parce que j’ai peur d’être mal accueilli, comme les torrents de haine qu’on lit tous les jours veulent me le faire croire, comme les regards agressifs me le rappellent dès que je sors de chez moi.

Et en face de moi, j’ai une personne qui me fait sentir qu’elle connaît l’importance de ma démarche et qu’elle en mesure la solennité, parce que c’est son métier.

Surpris, je lui demande s’ils déjà ont beaucoup de demandes suite à la loi.

— Oh non pas encore mais ça va venir et c’est super!

Elle s’anime tout d’un coup.

— Ouais, c’est chouette, ça va être bien, on est content. D’ailleurs, c’est aujourd’hui le premier, faut que je regarde les infos!

Elle me sourit avec sincérité et elle finit de me donner les informations, calmement, comme elle a commencé. Voilà, c’est aussi ça, la vraie vie.

Ce texte a été repris sur Rue89.

Relations de bon voisinage

France was the least tolerant country in Western Europe, with 28.8 per cent of the population responding that they would not want a homosexual neighbour. This contrasts with 3.6 per cent of Swedish people, 7.4 per cent of Spaniards and 11.1 per cent of Swiss. 16.8 per cent of British people would not want a homosexual neighbour.

— France least tolerant country in Western Europe of homosexuals, The Telegraph.

En Europe, la France est l’un des pays les moins tolérants du continent (22,7% des sondés disent qu’ils n’aimeraient pas avoir un voisin d’une autre race)

— La France est l’un des pays les plus racistes du continent européen, Slate.fr.

Je rappelle que les questions concernaient en plus les voisins. Donc des gens à qui on ne parle presque jamais, et dont la vie ne nous regarde pas. Pourtant, c’est déjà trop pour un grand nombre de gros cons. Ne vous inquiétez pas, nous, on ne veut pas de gros cons blancs racistes et hétérosexuels comme voisins.

Les gros cons, ça n’aime pas les minorités. Toutes les minorités. Les gros cons, ça veut rester entre eux. Nous, les bronzés, les pédales, les butchs, les trans, sommes les autres, la marge avec laquelle « on doit faire avec » mais qu’on aimerait bien voir disparaitre.

La France a un problème profond et ça n’ira pas mieux tant qu’elle n’aura pas compris que France ≠ hommes blancs hétérosexuels.

[Edit 19/05/13]

Where did these numbers come from? As Fisher explained, they came from the long-running World Values Survey, which has polled attitudes around the world for decades. Fisher was drawn to the topic by news of a new paper, by a pair of Swedish economists, on the links between economic freedom in a country and its level of tolerance. (The paper was described in a post at Foreign Policy, itself a hub of foreign-affairs blogging.) To measure racial tolerance in particular, the authors used question A124_02 in the World Values survey, which asks respondents whether they would “not like to have as neighbors people of another race.” Intrigued, Fisher went back to the survey itself and, as he put it, “compiled the original data and mapped it out in the infographic” that led his post.

Although the results don’t pass the sniff test in the first place, I took a look at the data as well, in an effort to identify the exact problems at play. It turns out that the entire exercise is a methodological disaster, with problems in the survey question premise and operationalization, its use by the Swedish economists and by Fisher, and, as an inevitable result, in Fisher’s additional interpretations. The two caveats that Fisher offered in his post – first, that survey respondents might be lying about their racial views, and second, that the survey data are from different years, depending on the country – only scratch the surface of what is basically a crime against social science perpetrated in broad daylight. They certainly weren’t enough to stop Fisher from compiling and posting his map, even though its analytic base is so weak as to render its message fraudulent.

— The Cartography of Bullshit, Africa is a country.

La méthode derrière l’article proposé par le Washington Post est critiquée dans ce texte d’Africa is a country (great name, by the way). Je le rajoute car j’ai un sentiment persistant de malaise avec ces études; à cause de ces résultats, bien sûr, mais aussi, à cause de leurs méthodologies, que j’aimerais mieux comprendre, ainsi qu’avec le timing de leur apparition et le sombre message sous-jacent qu’elles semblent véhiculer. Comme un grain de sable sous la dent.

Sinon, le Canada pourrait nous aider à mieux vivre avec nos voisins, visiblement:

Dès l’origine, le multiculturalisme canadien a donc été conçu pour servir de socle au développement d’un ersatz d’identité nationale, une identité nationale allégée si l’on veut. C’était la réponse du gouvernement Trudeau aux fortes tensions politiques des années 1960, qui avaient alors culminé avec les Lois des mesures de guerre canadiennes en octobre 1970 au Québec.

Alors qu’en Europe, on perçoit le multiculturalisme comme un exercice sympathique de reconnaissance des différences (ou un projet inquiétant de fragmentation de l’espace public), il s’agit en fait d’une authentique démarche pour donner à la nation canadienne une identité qui lui soit propre. Le multiculturalisme ne vise alors pas tant à diviser une communauté nationale qu’à en créer une sur la base de la reconnaissance (parfois purement déclaratoire) de sa diversité.

— Le Canada, solution au problème d’identité européen?, Slate.fr.
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[Edit 21/05/13]

Rue89 publie à son tour un article critiquant la carte du Washington Post et parle du papier d’Africa is not a country. Les variations dans les datas, les notions de race, mais aussi de voisin (!), rendent cette carte critiquable:

Max Fisher, dans son post, avait certes émis deux bémols méthodologiques :

– Les enquêtes ont été menées à des années différentes selon les pays ;
– des gens mentent en répondant à ces questions et il peut y avoir des peuples plus sincères que d’autres.

Siddhartha Mitter estime que ce ne sont que deux petites éraflures à la surface d’un problème bien plus vaste, un «crime contre les sciences sociales perpétré à la lumière du jour».

– Pour certains pays, les enquêtes ont été réalisées en 1990 : « cela suffirait à jeter à la poubelle l’étude ».
– Les résultats concernant les autres réponses possibles révèlent des réponses si absurdes que cela jette un sérieux doute sur celles qui ont pointé vers « des gens d’autres ethnies ». Exemple : en Iran en 2000, seulement 0,9% des gens ont répondu qu’ils ne souhaiteraient pas avoir un voisin homosexuel, alors qu’en 2007, ils étaient 92,4% à donner cette réponse !
– La liste des groupes proposés au rejet dépend d’un pays à l’autre : dans la liste proposée aux Iraniens figurent les zoroastriens. Dans celle proposée aux Portoricains, on trouve les spiritistes ; aux Tanzaniens, on suggère les sorciers ; les Péruviens, bizarrement ont droit aux « juifs, Arabes, Asiatiques, gitans, etc. » Toute comparaison entre les différents pays est dans ces conditions très difficile.

— La carte des pays les plus racistes : elle buzze mais ne vaut pas tripette, Rue89.com.

Enfin, Rue89 relève un point intéressant concernant la genèse de la carte du Post:

Max Fisher a eu l’idée de dresser cette carte en lisant une étude que viennent de publier deux économistes suédois, portant sur le lien entre le degré d’ouverture économique et le degré de tolérance d’une société. Ces deux chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation très nette, sauf lorsqu’il s’agit de la tolérance vis-à-vis des homosexuels.

Lucky us.
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