Prof et nouvelles technologies

Sur 65 élèves, 51 élèves – soit plus des trois-quart – ont recopié à des degrés divers ce qu’ils trouvaient sur internet, sans recouper ou vérifier les informations ou réfléchir un tant soit peu aux éléments d’analyses trouvés, croyaient-ils, au hasard du net.

(…)

Je crois qu’avec cette expérience pédagogique j’ai d’abord démontré aux élèves que les professeurs peuvent maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu’eux, voire mieux qu’eux. J’ai ensuite montré que tout contenu publié sur le web n’est pas nécessairement un contenu validé, ou qu’il peut être validé pour de basses raisons qui relèvent de l’imposture intellectuelle. Et enfin je leur ai démontré que, davantage que la paresse, c’est un manque cruel de confiance en eux qui les pousse à recopier ce qu’ils trouvent ailleurs, et qu’en endossant les pensées des autres ils se mettent à ne plus exister par eux-mêmes et à disparaître.

— Comment j’ai pourri le web, La vie moderne. Un prof diffuse des erreurs sur les commentaires corrigés disponibles sur le web pour donner une belle leçon à ses élèves. (Mode paranoïa ON: Il me semble déjà avoir lu cette histoire ailleurs, donc je poste ce lien, mais prenez le avec un grain de sel.) Reste que le seul moyen pour les profs de ne pas rater le coche avec une génération née avec internet, c’est de maîtriser l’outil technologique.

La fin de l’Encyclopaedia Britannica papier

Gary Marchionini, the dean of the School of Information and Library Science at the University of North Carolina at Chapel Hill, said the fading of print encyclopedias was “an inexorable trend that will continue.”

“There’s more comprehensive material available on the Web,” Mr. Marchionini said. “The thing that you get from an encyclopedia is one of the best scholars in the world writing a description of that phenomenon or that object, but you’re still getting just one point of view. Anything worth discussing in life is worth getting more than one point of view.

— After 244 Years, Encyclopaedia Britannica Stops the Presses, NYT – Media Decoders. Intéressant de relever que l’attrait du web ne tient pas qu’à des questions pratiques ou de coût, mais aussi parce qu’il accompagne mieux la fluidité des définitions et la fin d’un certain absolu sémantique. Fondamentalement, c’est probablement ça que l’internet aura le plus modifié dans nos cultures.

Une communauté de lecteurs

Parmi ces services, Readmill sort du lot. L’approche de la jeune startup allemande va à contrepied du reste du marché : interface épurée pour optimiser la lisibilité du texte, API ouverte pour permettre aux développeurs de concevoir des applications branchées sur le service (comme ReadMore ou le très intéressant The Book Report etc.), plug-in Kindle pour récupérer ses notes etc. Dans un récent article sur son blog, la jeune équipe de Readmill aborde la question de la participation des auteurs dans ces nouvelles pratiques de lecture en donnant un exemple récemment repéré sur leur plateforme.

Un auteur suédois, Jonas Joelson, s’est emparé de l’outil pour donner une autre dimension à son dernier ouvrage, Tabula Rasa Hotels. En plus d’un site internet apportant des contenus annexes (audio, vidéo, lieu et photo), il est venu commenter son propre livre pour donner aux lecteurs des indications sur certains passages, livrer des anecdotes sur son travail d’écriture. Un travail long et minutieux qui vise à fédérer une communauté de lecteurs autour d’un texte.

Lecture sociale : de nouvelles obligations pour l’auteur ?, ebouquin.fr. Un truc comme ça pourrait me faire lire plus sur e-reader, s’il y avait une offre officielle un peu plus cohérente en dehors d’Amazon. Après tout, nous partageons déjà nos lectures sur les réseaux, en faisant circuler les citations qui nous ont particulièrement marqués.

L’indicible des jours

Chaque jour elle croît que je pourrai parler de lui, et je ne peux pas encore. Mais ce jour-là je lui dis que je pensais pouvoir le faire un jour. Et que déjà j’avais écrit un peu sur ce retour. Que j’avais essayé de dire quelque chose de cet amour. Que c’était là, pendant son agonie que j’avais le mieux connu cet homme, Robert L., que j’avais perçu pour toujours ce qui le faisait lui, et lui seul, et rien ni personne d’autre au monde, que je parlais de la grâce particulière à Robert L. ici-bas, de celle qui lui était propre et qui le portait à travers les camps, l’intelligence, l’amour, la lecture, la politique, et tout l’indicible des jours, de cette grâce à lui particulière mais faite de la charge égale du désespoir de tous.

La douleur, Marguerite Duras.

Les évolutions de l’article et du journaliste

Vendredi 18 novembre, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) organisait la deuxième Journée de la presse en ligne. Parmi les ateliers qui ont retenus particulièrement mon attention, celui sur Les nouveaux formats rédactionnel : Vers la fin de l’article? (compte-rendu) a beaucoup alimenté ma réflexion, à la fois comme journaliste et comme «personne publiant sur le web».

L’atelier

— La salle qui hébergeait l’atelier était pleine à craquer. L’engouement a surpris les organisateurs, pourtant, le sujet est au cœur de l’évolution de notre métier. Ça méritait la grande salle.
— On n’a pas vraiment défini ce qu’était un article. Avec une vision web, je l’entends comme un objet destiné à faire passer des informations. Sur le papier, c’est un texte. Sur le web, ça devient un peu moins clair : un texte, mais aussi, un webdocumentaire, une vidéo, un tweet, une publication sur Facebook ?

Les intervenants

— Laurent Mauriac a rappelé ce qui devrait être une évidence : l’article papier publié est un produit fini, l’article web est plus un processus amené à évoluer.
— Régis Confavreux a raconté que chez Owni, ils préparaient un sujet sur le prix de l’eau et qu’ils avaient développé une application avec laquelle les internautes pourront indiquer le prix de l’eau près de chez eux. Dans ce cas comme dans d’autres, l’application devient l’article.
— Clémentine Forissier, rédactrice en chef d’Euractiv.fr, explique que la rédaction utilise Storify (je l’avais essayé lors de mes non-aventures avec le Comte de Bouderbala), ça leur permet de rassembler de l’info en temps réel (souvent des tweets) et de les contextualiser rapidement avec des commentaires.

Articles et techniques

Dans les présentations des intervenants et aussi dans les réactions du public, on peut noter une grande absente : la technique. Plutôt qu’une absence, une vraie réticence à se pencher sur la technologie derrière les nouveaux outils techniques. Le futur de l’article a été abordé mais comme presque toujours, comme quelque chose d’indépendant du support technique utilisé.

Quand on parle d’article papier, le journaliste (l’auteur) a intégré la technologie qui sera utilisée : du papier imprimé. Il en connaît les possibilités et les limites. Quand on parle d’article web, les journalistes ne semblent pas encore avoir compris qu’il leur faudrait intégrer les possibilités des nouvelles techniques utilisées. Il ne s’agit pas simplement d’utiliser des outils (storify, twitter) mais de comprendre ces outils et leur limites/possibilités techniques. Il va falloir mettre les mains dans le cambouis. Faire un webdocumentaire (parce qu’on trouve que c’est plus intéressant que du texte) ne veut rien dire si on ne réfléchit pas, dès la conception, à ce qu’on va utiliser comme outils : du flash? du html5? Ça va définir mon écriture et la conception de l' »article ».

On sentait dans les réactions, une véritable inquiétude au pire, un intérêt impuissant au mieux, de la part des journalistes. Pour beaucoup, ils se sentent dépossédés parce qu’ils ne comprennent pas la technologie derrière les outils. Il me semble qu’il sera difficile, pour « écrire » sur le web, pour les nouveaux supports, de ne pas se former à la technique. Pas forcément devenir un technicien, mais simplement ne pas écrire dans le noir.

Comme le disait Emily Bell de Columbia University, anciennement à la tête du web du Guardian, citée par Laurent Mauriac, il s’agit d’être «of the web, not just on the web», du web et pas seulement sur le web.

Addiction à l’écriture

Selon Anaïs Saint-Jude, ce fut une époque, comme la nôtre, d’”hyper-écriture”, et même d’addiction à l’écriture. Madame de Sévigné a écrit 1120 lettres à sa fille qui vivait en Bretagne, entre 1670 et sa mort en 1696. A cette époque, les rues de Paris étaient jonchées de morceaux de papier : les billets (ou libelles) sur lesquels quelques phrases scabreuses ou politiquement diffamatoires étaient jetées au public. Ca ne vous fait pas penser à Twitter ? demande Haven.

Les nouveaux médias sociaux ne sont peut-être pas si nouveaux que ça, sur les nouvelles formes de communication en Europe au XVII et XVIIIe siècle.

Blossom

The day came when the risk to remain tight in a bud was more painful than the risk it took to blossom.

Attribué à Anaïs Nin.

Tropes

Tropes are devices and conventions that a writer can reasonably rely on as being present in the audience members’ minds and expectations. On the whole, tropes are not clichés. The word clichéd means « stereotyped and trite. » In other words, dull and uninteresting. We are not looking for dull and uninteresting entries.

TVTropes, un wiki recensant les mécanismes classiques des scénarios. Passionnant. Sinon, Trope existe en français, avec un sens proche.

Le nouveau livre

Just a year earlier hardbacks had been worth more than three times as much as e-books, according to the Association of American Publishers. Amazon now sells more copies of e-books than paper books. The drift to digits will speed up as bookshops close. Borders, once a retail behemoth, is liquidating all of its American stores.

The books business: Great digital expectation, The Economist. [via]