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Les évolutions de l’article et du journaliste

Vendredi 18 novembre, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) organisait la deuxième Journée de la presse en ligne. Parmi les ateliers qui ont retenus particulièrement mon attention, celui sur Les nouveaux formats rédactionnel : Vers la fin de l’article? (compte-rendu) a beaucoup alimenté ma réflexion, à la fois comme journaliste et comme «personne publiant sur le web».

L’atelier

— La salle qui hébergeait l’atelier était pleine à craquer. L’engouement a surpris les organisateurs, pourtant, le sujet est au cœur de l’évolution de notre métier. Ça méritait la grande salle.
— On n’a pas vraiment défini ce qu’était un article. Avec une vision web, je l’entends comme un objet destiné à faire passer des informations. Sur le papier, c’est un texte. Sur le web, ça devient un peu moins clair : un texte, mais aussi, un webdocumentaire, une vidéo, un tweet, une publication sur Facebook ?

Les intervenants

— Laurent Mauriac a rappelé ce qui devrait être une évidence : l’article papier publié est un produit fini, l’article web est plus un processus amené à évoluer.
— Régis Confavreux a raconté que chez Owni, ils préparaient un sujet sur le prix de l’eau et qu’ils avaient développé une application avec laquelle les internautes pourront indiquer le prix de l’eau près de chez eux. Dans ce cas comme dans d’autres, l’application devient l’article.
— Clémentine Forissier, rédactrice en chef d’Euractiv.fr, explique que la rédaction utilise Storify (je l’avais essayé lors de mes non-aventures avec le Comte de Bouderbala), ça leur permet de rassembler de l’info en temps réel (souvent des tweets) et de les contextualiser rapidement avec des commentaires.

Articles et techniques

Dans les présentations des intervenants et aussi dans les réactions du public, on peut noter une grande absente : la technique. Plutôt qu’une absence, une vraie réticence à se pencher sur la technologie derrière les nouveaux outils techniques. Le futur de l’article a été abordé mais comme presque toujours, comme quelque chose d’indépendant du support technique utilisé.

Quand on parle d’article papier, le journaliste (l’auteur) a intégré la technologie qui sera utilisée : du papier imprimé. Il en connaît les possibilités et les limites. Quand on parle d’article web, les journalistes ne semblent pas encore avoir compris qu’il leur faudrait intégrer les possibilités des nouvelles techniques utilisées. Il ne s’agit pas simplement d’utiliser des outils (storify, twitter) mais de comprendre ces outils et leur limites/possibilités techniques. Il va falloir mettre les mains dans le cambouis. Faire un webdocumentaire (parce qu’on trouve que c’est plus intéressant que du texte) ne veut rien dire si on ne réfléchit pas, dès la conception, à ce qu’on va utiliser comme outils : du flash? du html5? Ça va définir mon écriture et la conception de l' »article ».

On sentait dans les réactions, une véritable inquiétude au pire, un intérêt impuissant au mieux, de la part des journalistes. Pour beaucoup, ils se sentent dépossédés parce qu’ils ne comprennent pas la technologie derrière les outils. Il me semble qu’il sera difficile, pour « écrire » sur le web, pour les nouveaux supports, de ne pas se former à la technique. Pas forcément devenir un technicien, mais simplement ne pas écrire dans le noir.

Comme le disait Emily Bell de Columbia University, anciennement à la tête du web du Guardian, citée par Laurent Mauriac, il s’agit d’être «of the web, not just on the web», du web et pas seulement sur le web.