Insémination artificielle (1978)

Voilà. 1978. Les questions sont les mêmes, les (non-)droits aussi; Le traitement est le même, un peu distancé, un peu dégoûté, avec façon de vouloir faire dire aux interviewés que c’est quand même pas normal. 36 ans pour rien. Ma vie pour rien en droit des lesbiennes.

Ce pays a un grave problème. Mais prenons le temps du débat, tiens. #trahisonsocialiste

Le discours d’une reine

— Discours de Panti au théâtre national irlandais, the Abbey, février 2014 (Sous-titres français disponibles).

Il n’y a pas qu’en France que les lobbies catholiques traditionalistes oeuvrent pour maintenir les homos dans leur état de sous-citoyens. En Ireland aussi, les réacs ont bien compris que la bataille se jouait aussi sur le sens des mots.

Mon ami Cormac, qui a posté la vidéo sur FB, nous donne un peu de contexte pour la video ci-dessus (même si le discours est suffisamment fort pour se suffire à lui-même): Suite à des menaces juridiques émanant du Iona Institute, un groupe de lobby traditionaliste, la chaîne publique irlandaise RTÉ a censuré sur internet un épisode du Saturday Night Show local diffusé précédemment (thanks Paddy for the link) dans lequel Rory O’Neill (alias Panti de son noms de drag queen) avait appelé quelques-uns des membres du groupe des homophobes. Une semaine plus tard, RTÉ a diffusé des excuses au groupe et payé 85.000 € en «dommages».

Tout ceci parce que Panti avait traité d’homophobes des gens qui militent pour que les homos soient traités moins bien ou différemment que les hétéros. Sommée de s’expliquer de toute part, elle a découvert qu’aujourd’hui en Ireland, tant qu’on est pas mis en prison ou attaqué physiquement, on ne peut pas se dire victime d’homophobie.

Le traitement journalistique est tout aussi hallucinant, ne parlant que l’«insulte» qu’a proférée Panti; et c’est là que se trouve le renversement sémantique le plus vicieux de l’histoire: Les victimes de l’homophobie sont donc désormais les homophobes.

Ça ne vous rappelle rien? Exactement, ce sont les mêmes mécanismes que ceux employés par les ligues réactionnaires que nous voyons dans les rues françaises ces jours-ci. Tordre la définition des mots à leur avantage, en particulier concernant l’homophobie, parce qu’ils savent qu’ils n’est plus possible en 2014 d’être catalogué publiquement homophobe, mais qu’ils ne sont bien sûr pas pour l’égalité. C’est ce qu’essaye, péniblement, de faire croire les 3 pédés qu’ils ont recruté dans leurs rangs : On pourrait militer contre certains droits, sans être homophobes. Et bien non.

C’est comme le sexisme: Il n’y a pas de juste milieu. On ne peut pas être «un petit peu» homophobe. On est soit sexiste, soit féministe. On est pour l’égalité ou on est contre. Être contre le mariage pour tous les couples, c’est être homophobe. Refuser la PMA aux seules lesbiennes, c’est être lesbophobe. Refuser des papiers aux seuls trans, c’est être transphobe.

Ce n’est pas aux homophobes de définir l’homophobie. C’est à nous, qui en souffrons, de le faire. C’est à nous de choisir nos champs de bataille, pas à eux. Encore une fois, c’est une folle qui monte au front, pour nous le rappeler.

[Edit 6/02/14]

La réaction de Dan Savage :

So consider this post a thank you note to shitty bigot John Waters and shitty bigot Breda O’Brien and all the shitty bigots at the Iona Institute. Thank you for bringing Panti Bliss to our attention. Thanks to your stupidity and Rory « Panti Bliss » O’Neill’s eloquence, Panti has gained an international following. And if you shitty motherfuckers are dumb enough to sue Panti, know this: she not only has thousands of supporters in Ireland, she has thousands of new supporters all over the world. Myself included. And we will spread the word and we will raise money and we will call you shitty fucking homophobes without a moment’s hesitation. Because you’re a bunch of shitty fucking homophobes.

Stupid Irish Homophobes and Their Big Homophobic Fail, The Stranger.

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[Edit 7/02/14]

Rue89 parle du discours de Panti, en titrant: «Je ne vous déteste pas» : le discours brillant d’une drag-queen irlandaise contre l’homophobie. Tout est dit dans ce titre : Il faut d’abord et avant toute chose rassurer les hétéros, parce que tout le monde sait que quand on l’ouvre en tant que pédé, c’est toujours une agression pour les mecs hétéros, avant même d’être entendable. Et toujours pour rassurer ses lecteurs, et probablement lui-même, le journaliste décide aussi de citer LE passage qui déresponsabilise les hétéros de l’homophobie parce que «nous sommes dans une société homophobe», assimilant ainsi les hétéros à des victimes, au même titre que les homos. Pour parler d’un discours dénonçant la perversion de transformer les homophobes en premières victimes de l’homophobie, fallait le faire. Personne ne veut être le Méchant de l’histoire, mais un jour, va falloir assumer. La citation tronquée choisie finissait par «Mais parfois, je me déteste moi-même. Je me déteste parce que je me surveille lorsque je suis à un passage piéton. Et parfois je vous déteste parce que vous me faites ça.» Indeed.

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(En attendant, vous pouvez toujours répondre «Yes» à ce sondage en ligne, http://aretheionainstitutehomophobic.com)

Le mariage, ce truc de pédés

Proportionnellement, c’est dans le IVe arrondissement que les couples de même sexe ont été les plus nombreux à se marier depuis la promulgation de la loi: sur les 98 unions prononcées dans la mairie de Christophe Girard (PS), près de 43% concernent des couples homosexuels. Les couples masculins représentent plus de 75% des mariages de couples homosexuels dans la capitale.

Paris: 711 couples homosexuels mariés en cinq mois, Yagg.

Je me rappelle avoir entendu plusieurs pédés, pendant le vote sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe l’hiver dernier, affirmer que le mariage, c’était surtout important pour les lesbiennes, que c’était plus un symbole pour les hommes. Bien content d’avoir un chiffre pour infirmer ce genre de déclaration sexiste et aussi pour que les jeunes pédés, si souvent persuadés, encore aujourd’hui, qu’une histoire « sérieuse » n’est pas possible entre hommes, sachent que le mariage est aussi une option rationnelle dans le futur. Ce n’est pas une recette pour réussir sa vie ou une obligation pour réussir sa vie, mais juste un choix valable de plus.

L’ouverture du mariage, c’est un symbole d’égalité, le droit de ne pas se marier au lieu de ne pas avoir le droit de se marier, mais c’est aussi d’une certaine façon l’anti-placard absolu et l’irruption devant les yeux du public de couples « sérieux ». Même si on peut regretter qu’il faille passer par une institution aussi réac pour que nos amours soient prises au sérieux.

Personnellement, j’aimerai aussi savoir ce que ces chiffres nous disent sur le poids financier de l’organisation d’un mariage dans les couples de même sexe. Vu les frais engagés, je ne serais pas surpris que ce soit plus difficile pour les couples de femmes de mobiliser cet argent si rapidement. Mais peut-être s’agit-il là-aussi une idée reçue.

Enfin, peut-être que les presque 20% de pédés séropos parisiens, que la culture que le sida nous a donnée, jouent un rôle dans ces chiffres. Le mariage, c’est aussi une protection pour celui qui reste. Perso, je suis soulagé de savoir que Nicolas est couvert s’il m’arrive quelque chose. C’était important qu’on se marie rapidement parce que le VIH, et même quand tout va bien, nous a donné une conscience aiguë de notre propre mortalité.

Les Jeux Joyeux

Alors c’est les Gay games, le nouvel ennemi de l’acceptation des homos ? Vraiment ? Vous savez quel est le souvenir que mes amis pédés ont le plus en communs ? C’est la composition des équipes en sport à l’école et le fait qu’on était toujours choisi en dernier. C’est comme ça que j’ai rencontré mon meilleur ami. C’est aussi comme ça que j’ai noué des amitiés avec des filles («Bon, bah Roncier, tu iras avec les filles.»), parce que les garçons rejetaient, déjà à cette époque, ceux qui ne marchaient pas au même pas.

Je connais les valeurs du sport. Mon père était prof d’éducation physique puis a fait toute sa carrière dans le Ministère Jeunesse et Sports. J’ai été biberonné avec. Toute mon enfance, j’ai essayé de lui faire plaisir en pratiquant le judo, le basket, le badminton, puis la natation, alors qu’à chaque fois, pour chaque sport, c’était une torture. J’étais physiquement malade avant d’y aller, sans avoir les mots pour l’expliquer et en portant en plus la culpabilité de ne pas réussir à intégrer ce monde aux si belles valeurs. Mais je me sentais en danger, exposé, j’étais tellement la cible parfaite pour la cruauté des enfants que j’attendais tout le temps que la sentence tombe, à tort ou à raison.

Par la pression paternelle poussé à choisir un sport qui enfin m’irait, dans un éclair de courage enfantin, j’ai demandé, en pensant qu’il refuserait, à faire de la danse classique. Mon père s’est tu, a serré les dents —lui aussi voulait me rendre plus fort, donc moins «féminin», par le sport— et m’a donné son accord, parce que pour lui, la pratique sportive était plus important que tout le reste.

J’ai adoré faire de la danse pendant 3 ans, je crois. J’étais le seul garçon de la troupe. J’avais une dizaine d’années. Les petites danseuses ne comprenaient pas pourquoi je faisais de la danse, ce «sport de fille». J’aimais ça mais entre la pression extérieur —«Tu fais de la DANSE?»— et la pression du groupe, c’est devenu intenable, en fait. Toujours sans avoir les mots pour le dire, j’ai arrêté.

Et avec ça, j’ai arrêté le sport. J’ai accepté l’idée que ce n’était pas pour moi. Je me suis conformé à l’image qu’on me renvoyait, celle du faible, du mec qui porte sur son corps la mollesse que le sexisme associe aux femmes et aux eunuques. Si je n’étais pas un vrai homme comme tout le monde le soupçonnait, je ne pouvais être un sportif.

Quand je suis sorti du placard, j’ai mis des mots sur ce que je vivais, ce que j’avais vécu. j’ai mieux compris la place qui m’étais assignée, et la liberté que j’avais d’en changer. J’ai rencontré un mec qui faisait du sport à Contrepied, le club gay de volley-ball. Et ça a été une révélation. Les vestiaires n’étaient plus un endroit dangereux ou agressif. Je pouvais faire du sport. Les folles étaient les meilleurs attaquantes. J’ai retrouvé le sport et j’ai réalisé que c’était un jeu. J’ai compris ce que mon père voulait que j’y trouve. Il n’avait juste pas compris que l’universalisme, en sport comme en politique, ne se décrète pas.

Confondre les effet de l’homophobie et notre réaction, en tant que communauté, à cette homophobie, est au mieux de la stupidité, au pire de l’homophobie. Vous pouvez regretter que l’homophobie et les discriminations rendent nécessaires l’affirmation de notre différence pour pouvoir juste exister, mais vous ne pouvez pas nous reprocher de nous battre avec l’une des seules armes que nous ayons : la visibilité.

Combien de sportifs de haut niveau sont out aujourd’hui ? Combien de modèles pour les jeunes LGBT, et les autres, pour savoir qu’on peut conjuguer sa pratique sportive et son identité, quelle qu’elle soit ? Et celles et ceux qui sont out, vous vous demandez comment ça s’est passé pour eux ?

Vous pouvez détester les grandes messes sportives, vous pouvez critiquer le règne de l’argent dans le milieu du sport, mais vous ne pouvez pas uniquement le faire quand il s’agit d’un événement de visibilité de la communauté LGBT. Quant à l’argument insultant que personne n’ose critiquer par peur de passer pour un ou une homophobe, il est inique, les tombereaux de merde qu’on se prend sur la gueule régulièrement montrent bien que personne ne se gène.

Plus généralement, refuser de mettre votre fierté de privilégiés de côté et refuser d’entendre ce qu’une minorité vous dit, dans ce cas que vous, en tant que membre de la société, n’avez pas réussi à créer un environnement suffisamment ouvert et sécuritaire pour que nous, pédés, gouines, trans et séropos, puissions venir jouer avec vous, c’est ça qui fait le lit de l’homophobie. Elle est là, la ségrégation, pas dans une manifestations ouvertes à toutes et tous.

En 2018, si mon dos ne m’a pas lâché d’ici-là, j’espère que j’aurai une équipe de volley aux Gay games. Et j’espère que j’aurai aussi des supporters hétéros. Sinon, je ferai sans vous.

The epitome of strength

Unlike his masculine counterpart, the effeminate gay man doesn’t have the luxury of hiding behind a butch façade until he is comfortable with coming out of the closet. You know the type. He can learn the choreography to the latest pop song more quickly than you can learn the lyrics. In high school he had to make a beeline for his car the minute the bell rang so that he could avoid the worn-out name calling, bullying or even violence. The Bedazzler was, is, and always will be his best childhood friend. Yes, these queeny gays may have been born with a serious masculinity deficiency, but that is exactly what makes them the epitome of strength.

— The Strength in Being a Feminine Gay Man, Tyler Curry, Huff Post Gay Voices.

Hell to the yes. Folles for ever <3

Still not safe on the tennis court

She was also a Tennis Channel commentator during the men’s final at the French Open in early June when opponents of France’s same-sex marriage law interrupted the match between Spanish tennis players Rafael Nadal and David Ferrer. Navratilova said the shirtless protester who ran onto the court with a flare in his hand near Nadal reminded her of the man who stabbed Monica Seles during a German tennis match in 1993.

“You’re like holy shit, you’re still not safe on the tennis court,” she said. “On top of that, it’s these asshole protesters who have nothing better to do but complain about gay people having the same rights as they do.”

Navratilova also recalled seeing some of the more than 100,000 people who marched against France’s same-sex marriage law in Paris on May 26 — three days before the first gay couple legally tied the knot in the country. Opponents of nuptials for same-sex couples also gathered along portions of the Tour de France route last month to protest the statute.

“I couldn’t believe the masses of people who were out protesting against something that doesn’t affect them in any way,” Navratilova said, referring to the May 26 march in the French capital. “To really see real people that are so emotionally invested in denying you equality is really disconcerting.”

— Martina Navratilova: Coming ‘full circle’, The Washington Blade.

I always wanted to be a supermodel

En cherchant des accessoires pour notre mariage, Nico est tombé sur cette vidéo de Dean and Dan Caten, les jumeaux Canadiens (de Toronto <3) à la tête de la maison DSQUARED2, qui ont décidé au début de l’année 2013 de se travelotter pour représenter leur collection. Du coup, elles ressemblent à leurs plus riches clientes. Pointu. (Et assez fabuleuses, il faut le dire.)

Sens le jasmin

Sens le jasmin
Goûte la mélasse
Et souviens-toi de te souvenir de moi
Mon frère, ne m’oublie pas
Mon amour, mon trophée

J’aurais aimé te garder auprès de moi
Te présenter à mes parents, te faire couronner mon coeur
Préparer tes repas, nettoyer ta maison
Gâter tes enfants, être ta femme au foyer

Mais tu es dans ta maison, et moi dans une autre
Dieu, je souhaiterais que tu ne sois jamais parti

Sens le jasmin
Et souviens-toi de m’oublier

Shim el Yasmine / Sens le jasmin. On a pas besoin de traduction, parfois, tellement l’émotion est prégnante.

En 2008, sept étudiants de l’université américaine de Beyrouth créent leur ensemble dans la salle de musique du campus, en bord de mer, et se baptisent Mashrou’Leila, qui veut dire à la fois «Projet Leila» et «Le projet d’une nuit». Un chanteur, deux guitaristes, un bassiste, un violoniste, un batteur, et une pianiste, qui se mettent à écrire de la «pop indé arabe». A l’époque, ça n’existe pas vraiment et c’est justement ce qui fait leur succès. Ils chantent en arabe libanais et parlent de drogue et de sexualité. Une bouffée d’air pour les jeunes. Une hérésie pour les tenants de la grande chanson arabe en langue classique qui se doit, d’Oum Kalthoum à Fairouz, de surtout parler d’amour!

Mashrou’Leila préfère dénoncer la violence domestique, la corruption. Ou parler d’une relation entre deux hommes, dans Shim el Yasmine.

(…)

«Lorsque sort la chanson Imm el jacket, qui raconte l’histoire d’une femme refusant de s’habiller comme une femme, on nous a accusés de promouvoir la transsexualité et d’écrire très mal. Aucun journaliste n’a reconnu le texte du poète libanais Omar al Zo’ini, écrit avant la Seconde Guerre mondiale!»

— Mashrou’Leila, pop indé et poil à gratter de la chanson libanaise, Slate.fr.

Évidemment, la presse française, qui a ses propres problèmes avec les questions LGBT, en profite pour invisibiliser nos luttes au passage : Aucune mention du fait que le chanteur, Hamed Sinno, est out, dans un pays où la police pratique encore les rafles dans les clubs gay et les examens anaux pour déterminer qui est passif.

For his part Sinno appears unmoved by the criticism from his country’s more conservative elders: He wants the band’s music to inspire Arab gay, lesbian, transgender and bisexual fans “to forge for themselves a sense of belonging to the region, in spite of the incredible repressing they have to live through.”

— Gay Lebanese Singer Hamed Sinno Navigates Middle Eastern Taboos Through Music, Queerty.com.

L’émotion de ce clip, c’est aussi celui d’un homo qui passe à la télé, dans un pays qui a du mal à voir ses minorités sexuelles. Les regards de la femme et de l’homme autour de la table. Les applaudissements réservés. On dirait que tous attendent d’être frappés par quelque chose de terrible alors que les lignes bougent.

Happy Pride.

«C’est bien»

A la mairie du XIXe, j’ai été (presque) déçu, il n’y avait pas 150 journalistes pour m’accueillir. Je suis allé à l’État civil, j’ai pris un ticket pour la file Dossier de mariage et j’ai attendu, très peu, derrière un couple hétéro qui discutait de comment organiser son vin d’honneur sans vexer la famille.

Un panneau explique que la mairie n’a plus de créneaux disponibles avant fin juillet pour les mariages, je pensais que ça serait plus. Madame Mairie m’appelle. Elle est concentrée, je suis un peu sur mes gardes, je suis pas encore persuadé d’être à ma place ici, je lui demande calmement un dossier de mariage.

— C’est pour vous et votre…, me laisse-t-elle compléter.
— Mon compagnon, oui.
— Très bien. Vous êtes tous les deux Français?
— Non, il est libanais.
— AH! D’accord. Je reviens, asseyez vous.

Elle me laisse, pendant que je feuillette le dossier et je commence à énumérer dans ma tête les preuves que ce n’est pas un mariage blanc, tandis qu’elle revient avec un gros classeur.

— Faut que je regarde comment ça se passe, on a pas encore tous les papiers. D’ailleurs, vous m’excuserez pour le dossier, mais c’est un vieux.

Je lui assure qu’il n’y a pas de problème, je comprends tout à fait. Et effectivement, il n’y a pas de problème, au lieu d’une feuille de renseignements Épouse et une feuille Époux, il y a juste deux feuilles Époux et un sticker jaune fluo collé sur la couv’ qui indique que le dossier a été édité avant les modifications du code civil. #pouinbar.

Elle se pose en face de moi et m’explique les différentes pièces que nous devons produire.

— Dans le cas de votre compagnon, il doit demander un extrait de naissance traduit en Français, ainsi qu’un certificat de coutume ou de capacité matrimoniale, à demander au consulat du Liban.

Elle a l’air embêté.

— Je ne sais pas si ils vont vouloir vous le donner.
— Boarf, on est pas obligé de dire au Liban que c’est pour un mariage avec un homme, tente-je.

Elle me regarde sans rien dire.

— Oui, et s’ils refusent, on demandera un exemption. Ça, ça va dépendre des pays, de ceux qui reconnaissent le mariage pour tous. On a eu une formation, mais on a pas encore reçu tous les documents à ce sujet.

Là, je comprends que ce qui l’embête, c’est que je ne puisse pas traduire mon mariage au Liban. Ça me laisse coi parce que je ne comptais pas pouvoir le faire, de toutes façons. Depuis mon entrée à la mairie, je tends le dos parce que j’ai peur d’être mal accueilli, comme les torrents de haine qu’on lit tous les jours veulent me le faire croire, comme les regards agressifs me le rappellent dès que je sors de chez moi.

Et en face de moi, j’ai une personne qui me fait sentir qu’elle connaît l’importance de ma démarche et qu’elle en mesure la solennité, parce que c’est son métier.

Surpris, je lui demande s’ils déjà ont beaucoup de demandes suite à la loi.

— Oh non pas encore mais ça va venir et c’est super!

Elle s’anime tout d’un coup.

— Ouais, c’est chouette, ça va être bien, on est content. D’ailleurs, c’est aujourd’hui le premier, faut que je regarde les infos!

Elle me sourit avec sincérité et elle finit de me donner les informations, calmement, comme elle a commencé. Voilà, c’est aussi ça, la vraie vie.

Ce texte a été repris sur Rue89.

AJL, première

Le traitement médiatique du projet de loi sur le mariage pour tous nous a très souvent interrogés. Propos caricaturaux publiés sous la plume de confrères et consœurs dans leurs éditoriaux, espace et temps disproportionnés accordés à des opposants à la loi explicitement homophobes sur les antennes télé ou dans les pages de magazines etc. : tout s’est passé comme si l’homophobie était une simple opinion, et non un délit. Comme si offrir une tribune aux homophobes, sous couvert de vouloir garantir un traitement “équilibré” du sujet, ne légitimait pas ces propos haineux. Comme si, au fond, la discrimination envers les homosexuel.les était plus acceptable que celle qui touche d’autres minorités.

(…)

Nous avons donc décidé de créer l’Association des journalistes LGBT (AJL). Certains vont évidemment nous faire le procès du communautarisme. Ou voir en nous l’expression de ce fameux “lobby gay” qu’ils fantasment à longueur de journée. Nous n’en avons cure. Le dernier article posté à la une du site de la NLGJA américaine s’intitule «Nous rappelons aux journalistes l’importance d’accorder un traitement juste et rigoureux à la couverture du mariage pour les couples de même sexe». C’est de là que, modestement, nous partons, avec la volonté d’affirmer notre présence sur l’ensemble de ces questions lorsque leur traitement se révélera défectueux. Nous invitons tous les journalistes LGBT soucieuses et soucieux de ces questions à nous rejoindre.

Pour une association des journalistes LGBT, ajlgbt.info.

J’ai signé avec plaisir ce texte. C’est un appel, tout reste à faire. Pour nous rejoindre ou nous contacter, envoyez nous un message via notre page contact ou par mail, contact@ajlgbt.info.