le roncier

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Tag - nombril

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5 mars 2010

Dinosaure

Où sont les trompettes? les colonnes de pierres et leurs consoeurs de feu? Le déluge de magma, la terre qui tremble, le choeur des anges avec leur robes immaculées et leurs épées brûlantes de justice aveugle? Alors, il n'y aura pas de révélation. La lumière ne descendra pas sur moi pour me baigner de sa douceur veloutée et personne n'entendra mes louanges chantées par les gorges d'êtres d'amour.

C'est un matin comme les autres, en somme. Je ne sais même pas exactement quel matin. Dans ma tête, il fait beau, avec des rayons brillants sur l'orange de mon mur. Mais peut-être est-ce pendant une tempête de neige, ou un matin gris. En tout cas, je suis à côté de la fenêtre et je regarde dehors, je me vois dans la glace, et je mesure combien j'ai changé.

C'est drôle de commencer à saisir ce que ressentaient vos parents en mûrissant. J'ai compris, enfin, qu'il n'y a pas de transformation radicale chez l'humain, on ne passe pas de la chenille infantile au papillon adulte. Il n'y a pas de métamorphose, plutôt un long tissage de vécu autour du noyau vrai, un coeur présent jusqu'à la fin, qui donne des fillettes de 65 ans et des vieux cons de 16 ans. On le voit parfois encore, chez nos parents, subrepticement, un regard, un geste, on devine la personne à l'intérieur du corps qui vieillit. Une petite flamme, leur âme, peut-être, ce qui nous manque en tout cas quand elle est soufflée.

Le manteau de la folie a glissé de mes épaules. Je laisse pousser ma barbe, enfin j'essaye. Je marche toujours comme un cow-boy. J'ai découvert récemment que j'étais grand et j'aime bien cette idée, finalement. Je porte du rose.

J'erre dans les rues du marais et m'y sens aussi déplacé que si j'étais hétéro. Quand on me parle de sortir en soirée, je vois promiscuité, je vois prise de risque et je vois contamination. C'est ça mon monde, je regarde la communauté pédé avec des lunettes à vision nocturne. Je vois ce dont personne ne parle et je n'aime pas ce que je vois.

Je vois ces petites folles nerveuses, qui grelottent dans le froid parisien au lieu de s'habiller chaudement. Le gel sur leur cheveux, la clope au bec, la flamme qu'elles ne peuvent pas éteindre au fond de leurs yeux fiévreux mais qui refuse pourtant de briller franchement. J'ai beaucoup d'empathie pour eux, de la tendresse presque, j'aimerais bien rassurer tous ces pédés, en leur disant que ça ira mieux, que nous faisons partie d'une communauté, qu'ils trouveront des gens pour les aider à lutter contre les discriminations et pour inventer une nouvelle façon d'être ensemble. Sauf que, bien sûr, je n'y crois plus.

Le bareback a tout gâché, en fait. Il a tracé une ligne infranchissable entre la sombre minorité malade qui le promeut, accompagnés de leur cohorte de connes qui s'en foutent ou qui trouvent que, quand même, «pour le porno, c'est plus sexy», sans réfléchir à ce que ça signifie de tripper sur un mode de contamination, et ceux comme moi qui ne peuvent pas oublier ce que ce discours signifie. Construire notre communauté de destin sur la douleur et l'angoisse. Non merci. Ca m'a rendu tellement dur.

J'étais jeune, pourtant. Je me souviens de la première barbe frottant sur ma joue et de cette émotion, ce soulagement tellement violent qu'il m'avait coupé les jambes. Je ne m'étais pas gouré, je voulais frotter ma joue contre une barbe le reste de ma vie. J'étais beau ce soir là, si j'en crois mes amis, et moi je me sentais briller.

Et puis un jour vous êtes vieux. L'épaisseur de votre vie est telle qu'elle vous isole. Vous ne comprenez pas pourquoi tout le monde pleure Super Nanny, Facebook est chiant et vous faîte votre ménage en écoutant le podcast de la Nouvelle fabrique de l'histoire de France Cul'. Un de vos poils de nez est blanc et vous réalisez qu'il va falloir s'appuyer sur autre chose que votre physique pour faire tourner les têtes sur votre passage. Parce que, c'est bien de ça qu'il s'agit, d'amour. S'il n'y a rien, il reste l'amour, pas l'amour catho ou l'amour oeillère, l'amour qui tâche et qui fait faire des conneries, celui qui nous fait sourire bêtement et cueillir des fleurs. L'amour éphémère qui nous fait bander, la queue ou le cerveau. L'amour à vie. Ce sentiment d'exister un peu moins pour rien. News flash : on ne trouve pas l'amour en se faisant remplir le cul de virus mortels.

Je suis un dinosaure, d'une espèce de pédale qui est en train de disparaître. Je suis le plus jeune dinosaure du monde. Je mets des capotes tout le temps, même si l'idée me fait parfois débander et je reste terrorisé à l'idée de contaminer mon amoureux.

Je ne suis pas en train de me plaindre. Ca serait un peu ignoble. La situation en France pour les séropos n'est pas celle d'il y a 10 ou 15 ans. C'est intéressant de se souvenir que le pacs a été pensé pour les veuves en colère du sida, dans une situation d'urgence. Un sous-mariage pour les mourants. Aujourd'hui, c'est moi qui voudrait pouvoir épouser Nico parce que je serai sûr ainsi qu'il ne pourrait pas être foutu à la porte de notre pays. Je fais partie d'une classe de séropos privilégiée, je suis suivi par un médecin compétent qui me comprend, je commencerai des traitements quand j'en aurai besoin et ils seront pris en charge. Je pourrais en parler autour de moi, à ma famille, au boulot et je sais qu'on me soutiendra. Je ne suis pas un étranger dans la France de Sarkozy et j'ai viscéralement honte d'en être tant soulagé.

Ca ne m'empêche pas de penser qu'être séropo en France aujourd'hui est usant, parce que les traitements et la qualité de vie n'effacent pas la stigmatisation insidieuse, les remarques vertes de certains proches qui pensent bien faire et la culpabilité dont personne n'essaye vraiment de vous soulager. Sans parler des regards apitoyés, des connasses qui vous collent une étiquette sans vous demander votre avis et de ce regard, si particulier, des mecs qui vous considéraient désirables, jusqu'à ce que vous disiez que vous êtes séropo et que vous voyiez, au fond de leurs yeux, s'éteindre la possibilité parce qu'en vous êtes passé de l'autre côté. Je crois que ça tue quelque chose en moi à chaque fois.

Je ne suis pas qu'un virus. Je suis complexe, paradoxal, je pleure devant Grey's Anatomy et je fais de l'humour noir sur la mort de mes proches. Je veux tout et son contraire, partir, rester, dormir, me lever tôt, je dirais pas non à l'idée d'avoir des enfants mais je déteste les parents. J'ai des jours de grande beauté, où mes cheveux tombent parfaitement bien en place et où mes yeux brillent et certains jours où je me fais peur tout seul en regardant dans le miroir. Je suis tellement plus qu'un virus.

Je vous connais, je sais qu'il y en a qui sont déjà, avec peut-être un peu de mauvaise conscience, en train de justifier ce genre de triage d'amants, parce que, quand même, on a le droit de baiser avec qui on veut et de se protéger. Je ne veux pas entendre vos petits arrangements avec vous même, je n'ai pas à les entendre et encore moins à les cautionner.

C'est pénible de sentir, qu'en tant que séropo, nous vous «empêchons» de barebacker l'esprit tranquille. Je comprends que la plupart d'entre nous préfère fermer leur gueule. Je ne sais plus pourquoi j'ai mentionné que j'étais séropo à un ami du volley au cours d'une de nos conversations. Il a continué à parler, puis c'est arrêté et m'a dit, surpris : «C'est bien, dis donc, tu en parles facilement.» Ca m'a fait chier, parce que je comprends sa surprise mais que je la déteste, je déteste qu'un pédé en 2010 soit surpris que je parle facilement de ma séropositivité. Je connais si peu de séropos, alors que je suis un pédé à Paris qui bosse sur le VIH. Il n'y pas de communauté de destin. Ce n'est pas que c'est difficile d'en parler, c'est qu'on n'en parle pas. Les séronegs s'en foutent (le sida, c'est toujours les autres) ou alors ils sont terrorisés. Les autres ont peur de casser l'ambiance en amenant le sujet. Personne n'aime être un pisse-froid. En fait, peut-être qu'il y a une communauté de destin, sous la forme d'une gigantesque cicatrice courant parmi nous, séronegs comme séropos.

A quand un véritable travail sur le traumatisme communautaire que représente le sida pour les pédés? Je ne parle pas d'aller faire un carré de patchwork («A TEDDY BEAR?!?»), mais de prendre en compte le traumatisme spécifique du pédé qui apprends qu'il est contaminé. L'impression de s'inscrire dans une destinée figée dans le basalte, la complétion de la mythologie de la folle, la réalisation de la prophétie jetée à nos faces candides par nos parents quand on sort du placard: «Mais, et le sida ? Si tu couches avec des hommes, tu vas attraper le sida!» Combien ne s'en relèvent pas ?

Je refuse tout ça en bloc. Je refuse la culpabilité, je refuse de vouloir moins parce que je suis pédé ou séropo, je refuse. Je veux tout. Je veux la vérité, le respect, la vie, la compassion et l'indifférence. L'amour.

Je crois que la chute commence avec des concessions à nos idéaux. On accepte moins et on a de moins en moins. C'est valable pour les femmes et les autres minorités. Nicolas m'a dit récemment que j'étais plus belle, avant. Je ne l'ai pas mal pris, parce que je sais ce qu'il veut dire. J'avais une incandescence douloureuse, une sauvagerie bizarre qui a été domptée. Et j'en suis tellement heureux. Je n'ai pas laissé les braises de mes chardons intérieurs me consumer insidieusement. Mais je me souviens ce que c'est de tenir ses positions. Je garde le feu sous la glace.

Je repense souvent à cet homme qui s'est jeté du haut de la tour Montparnasse. En fait, j'y pense tous les jours. Je me revois dans mon bureau, suspendu face à la Tour Eiffel. Si je devais filmer la séquence, on verrait une ombre se dessiner sur mon visage quand l'homme passe devant ma fenêtre, et on entendrait un fracas effroyable indiquant la fin de la chute. Je me lèverais, inquiet, nerveux sans savoir pourquoi, jusqu'à ce que j'arrive à la fenêtre, on ne verrait pas le corps, juste mon visage, ma tête se tournant de gauche à droite et un gros plan sur ma main qui se contracte avant de se lever vers ma bouche et ma pâleur alors que je comprends ce qui s'est passé. On lirait sur mes lèvres pâles la nausée me montant à la gorge, exactement le même mal de mer qui me saisissait quand je jouais trop longtemps au manège avec le fauteuil du bureau de mon père. Un grand fauteuil noir. Mon père avait un bureau, dans une Tour aussi, que je détestais. L'idée de travailler dans ce type d'endroit me faisait alors paniquer, l'air conditionné me suffoquait et je me jurais de ne jamais avoir de bureau dans une tour.

Aujourd'hui, je suis suspendu dans la Tour de verre, assis dans un fauteuil qui tourne. Avoir le sol si loin sous mes pieds me donne un impression étrange, comme si mon corps tout entier se contractait en craignant de chuter. Si j'y pense un peu trop, je sens cette nausée faire baisser ma tension et m'amener le coeur au bord des lèvres.

Ca fait dix ans que je suis tombé du haut de la tour. Je ne vois pas le sol, j'essaye de me dire que je vole. Je dois juste tomber plus lentement. Pas de trompettes, pas de choeur, pas de pleureuses, pas de musique ni de feux d'artifices, encore moins de roulements de tambours. Je vis avec le virus de l'immunodéficience humaine depuis dix ans.

12 février 2010

Pas prêt non plus

Prête.

25 janvier 2010

Flunch

Cafétéria (L'Auberge des retoqués 2). Re-pan. Toujours en plein dedans. Ca fait du bien de lire quelque chose comme ça sur nos tiraillement de classes internes, quand tant de personnes essayent de les nier. Ca me fait penser à Thierry Pelletier.

17 janvier 2010

Eviv Bulgroz

Jean-Claude Fournier : «Franquin tenait la vie entre ses doigts.» Fournier n'était pas mon dessinateur de Spirou favori. Je préférais Tome et Janry ou même les derniers Franquin eux-même. Mais ces noms me ramènent près de mon père, quand je faisais des cabanes sous mon lit avec des bandes dessinées. 

16 septembre 2009

Mon nom est personne

Personas. How does the internet see you? Visiblement pas, bien: «No visible traces found.» Should I be offended ? [via]

14 septembre 2009

La terre

C'est fou que ça me donne des insomnies, quatre ans après. Comme les symptômes du stress qui ne se voient pas du premier coup d'oeil, je n'ai pas compris tout de suite pourquoi je n'arrivais pas à fermer les yeux cette nuit d'août là.

Michel est mort depuis quatre ans. Je ne pense pas tant que ça à lui. Dans le train, j'y pense. Quand les champs défilent et que la plaine semble sans fin, je le revois, conduisant sa voiture sur les routes de Beauce. Il parlait des champs et des bêtes, de l'odeur du colza et du goût du blé vert qui se transformait en chewing-gum.

Je lui avais demandé s'il aurait voulu être agriculteur, à la fois narquois et curieux, un peu circonspect. Il m'avait répondu: «Absolument.» Sans une hésitation. «Si j'avais eu des terres, bien sûr, j'aurais aimé.»

Pour moi, à l'époque, être paysan, c'était le fond du fond, juste avant l'esclave. Pour lui, c'était le rythme des saisons, la joie de voir pousser quelque chose qu'on a planté soi-même. Un métier vrai. Ce fût un moment de construction, un basculement de mon système de valeur embryonnaire. Comme la fois où mon cousin m'avait expliqué que la formidable machine économique japonaise avait un coût humain exorbitant, que ça la rendait monstrueuse.

Aujourd'hui, je repense à ses épis de maïs séchant dans les champs. Eux aussi ont disparus. Reste l'odeur du colza et les nuits d'été, chaudes, longues et parfois blanches. 

23 juin 2009

Dead Like Me

Dans Dead Like Me, George, l'héroïne meurt lors du premier épisode en se prenant le siège des toilettes de la station Mir, qui vient de se désintégrer dans l'atmosphère, en pleine tête. La série continue sur ce mode, drôle-triste, drôle parce que les situation sont toujours uniques, et tristes, parce que des gens meurent et que leurs proches n'ont pas, bien sûr, eu le temps de leur dire «Au revoir». Ou plutôt, adieux.

Ce soir, en partant du travail, je n'ai pas réussi à aller voir la tache. Je me demandais si je pourrais rester à côté de l'ombre du drame et avoir une réflexion d'ordre philosophique, ou un brin d'humour, face à la seule trace de ce qui c'était joué plus tôt.

Wrong. Comme Depeche Mode me le répétait dans les oreillettes de mon iPhone, mais également dans les hauts-parleurs du centre commercial, quelque chose était wrong et l'angoisse diffuse, la nausée, me saisissaient de nouveau tandis que j'essayais de m'extirper du royaume de l'ombre. Ressortant au grand soleil, de l'autre côté de la place, je n'ai pas pu me résoudre à retourner prendre le métro, et comme je ne me faisais pas suffisamment confiance pour prendre un vélib', je suis parti à pied.

Ce bruit, c'est ce bruit que je n'arrive pas à oublier. Un bruit sourd, comme deux voitures qui se rentrent l'une dans l'autre, comme un paquet abandonné que les flic font sauter.

Puis ce cri de femme, je me suis dis, toujours plus malin que les autres, que c'était encore une conne de touriste qui avait eu peur d'un attentat pour rien. Je me suis penché vers la fenêtre de mon bureau, au 4e étage, et j'ai vu la femme blonde partir vers la gauche, entraînée par son mari qui regardait en arrière et puis j'ai vu cet enfant, contre la jardinière, à gauche aussi, dont les parents venaient de s'agenouiller devant lui, il trépignait, sa mère se voulait ferme, c'est drôle, je me suis tout de suite rendu compte que c'était sérieux, dans la façon dont elle lui tenait le menton pour lui dire de la regarder, elle, dans les yeux. De là où j'étais, j'ai bien vu que la mère avait une bonne réaction, elle n'a pas paniqué, elle a juste emmené son fils loin de la personne allongée, à vingt mètres de là, à ma droite.

J'ai d'abord cru que cette personne n'avait rien à voir avec l'agitation qui commençait à se créer sur le parvis. De mon premier coup d'oeil, je me suis dis qu'il s'agissait d'un clochard qui était tombé et qui avait renversé son cabas, ses tomates, sur les marches. Mais ça ne cadrait pas avec le bruit, on ne fait pas un tel bruit quand on trébuche, et il n'y avait pas toujours pas d'accident de voiture en vue. Il n'y a pas eu de scène de panique, pas de course, les gens continuaient à marcher mais certains s'attroupaient, en silence.

De mon bureau, je ne comprenais toujours pas, je regardais, je voyais bien cet homme allongé, mais je n'arrivais pas à lire la forme de son corps. Je ne comprenais pas, mais déjà je sentais que quelque chose clochait. Une personne a levé la tête vers notre tour et là, j'ai compris. Le corps a fait sens, dans son désordre de mort, j'ai compris que ce n'est pas le cabas qui avait explosé, j'ai compris que si je n'arrivais pas à donner de sens à ce corps, c'est parce qu'il manquait des parties, j'ai compris qu'un homme avait sauté du haut de la Tour Montparnasse et qu'il était venu mourir sous la fenêtre de mon bureau. 

Je me suis reculé, en horreur, saisi d'effroi et de nausée, j'ai tourné plusieurs fois sur moi-même, j'avais besoin de partager ce moment, mais comment dit-on à ses collègues qu'il y a un mort sous leurs fenêtres, j'ai attendu une respiration, j'ai twitté la nouvelle pour la mettre à distance, je suis passé dans le bureau des graphistes et j'ai dit à la seule personne présente que je croyais, mais je n'étais pas sûr, qu'un homme venait de se jeter du haut de la Tour. Mais déjà, on courait dans les couloirs. Je suis sorti, ma collègue a vu ma pâleur et m'a demandé si ça allait, elle savait de quoi je tremblais, elle amenait déjà un verre d'eau à la comptable.

J'ai appelé Nico, puis mes amis, parce que j'avais besoin de mettre tout de suite des mots dessus, parce que je ne savais pas quelle était l'étiquette, dans ce cas. Est-ce que j'étais sensé rentrer chez moi? Continuer l'article sur lequel je travaillais et le mettre en ligne? Partir déjeuner? Assommé, j'ai re-regardé par la fenêtre, pour voir que les pompiers et la police avaient déjà interdit le périmètre aux passants et qu'ils avaient recouvert la plus grosse partie du cadavre d'une couverture de survie. J'ai avalé difficilement ma salive. Je me suis aussi dit que c'était un drôle de choix de couverture.

J'ai finalement décidé de partir prendre l'air, j'ai pris mon sac, je suis descendu vers l'autre sortie, surtout pas la sortie principale. Mais toutes étaient fermées, j'ai connu un instant de panique, je voulais juste sortir, mais me laisserait-ils rentrer de nouveau? Le garde m'a assuré que oui, j'ai suivi les couloirs et suis sorti au soleil, de la Gare Montparnasse, la Tour en face de moi.

Après, la nausée s'éloignant, c'est la tristesse qui est remontée. J'ai marché le coeur au bord des lèvres, les larmes au bord des yeux. Je me demandais comment un telle ironie était possible, que nous soyons capable de penser tant de choses, capables d'aimer et de vouloir, alors que nous n'étions que des sacs de viandes.

Quand je suis remonté, j'ai risqué un coup d'oeil que j'ai regretté, le corps était toujours là, mais les pompiers déroulaient un tuyaux rouge depuis la Tour, prêts à laver le sol à grande eau. J'ai fait chauffer mon déjeuner et je me suis remis à travailler, je ne savais pas quoi faire d'autre. Évidemment, je n'ai pas été très productif, je pensais à cette lance à eau, à cette couverture métallique et à ces policiers, si calmes, entourant ce qu'il restait d'un homme et faisant ce qui devait être fait. A eux les choses pratiques, à nous l'horreur symbolique, la chute, si longue et terrible, étourdissante, les cris et ce bruit, ce bruit si lourd, plein d'échos, d'un tout petit infini qui s'échappe d'un sac à viande.

Je ne sais pas comment faire avec cette tâche, elle devrait être partie dans quelques jours, les gens passaient déjà dessus sans la voir. Les pas la gommeraient peut-être. J'espère. Bientôt.

23 avril 2009

Fire

[FAIL fait maison] La Brûlerie des Gobelins est en feu. Tout le quartier sent le café et il y a des pompiers partout. Instant émotion, j'habitais Rue Claude Bernard.

3 avril 2009

La voie

Je ne suis plus le même. Ça m'a frappé dans la rue, comme presque toutes les révélation évidentes, en savourant le soleil du printemps, rue de Rennes. Je ne suis plus le même qu'il y a quelques années.

En fermant les yeux sous la caresse des rayons, je me demandais ce qui pouvait bien bloquer autant mon écriture. Depuis des mois, je n'ai pas eu besoin, ni eu envie d'écrire. J'en ressens une sorte de culpabilité inquiète, parce que je pense toujours que si je n'arrive pas à me réaliser, au moins timidement, comme artiste, je n'aurais pas réussi ma vie. J'ai passé mon adolescence à essayer divers disciplines artistiques, la photographie, la danse, le dessin, la guitare, la poésie même, bien sûr l'écriture, sans me consacrer vraiment à aucune. Je cherchais ma place, déjà, et j'ai abandonné des choses en cours de route, parce que je n'avais pas le temps de tout faire, parce que je n'avais les moyens de tout faire, parce que je n'ai jamais trouvé un sujet, un art, un endroit aussi peut-être, auquel je puisse appartenir. 

Aujourd'hui, je ne suis plus le même et je ne peux plus écrire de la même manière. En classe de troisième, j'écrivais mon deuxième essai de roman, sans peur, sans gène, sans vergogne. Je voulais juste écrire, répondre à cet appel de la page et jouer avec les mots, les faire tinter, les assembler comme des légos toujours neufs, relire mes écrits en prononçant chaque syllabe clairement, pour savourer la beauté de la phrase bien tournée. Je ne me suis jamais pris pour Proust, je savais déjà que j'étais trop jeune pour écrire vraiment. C'était clair, étrangement, dans mon esprit; je devrais attendre. Je devrais vivre d'abord, pour avoir quelque chose à exprimer. Pour oser prendre la parole, je devrais attendre d'avoir quelque chose à dire. 

Cette humilité n'était pas forcée. Je n'ai jamais pensé que ce que j'écrivais puisse intéresser quelqu'un d'autre que moi. Écrire, ce n'était pas forcément être lu. Puis ça l'est devenu, en partie grâce au blog. L'analyse a renforcé ma certitude que les mots ont un poids, une force, qu'ils ont une vérité encore plus forte quand on les écrit. Ça ressemble au chant, en fait. C'est une vibration, qu'on émet pas forcément en direction de quelqu'un de précis, mais parce qu'on doit le faire. On a la voix dans la tête avant de l'avoir dans la gorge comme les situations existent avant qu'on ne les écrive. 

Aujourd'hui, j'ai toutes ses vies dans ma tête, des mondes entiers que je voudrais faire sortir, des situations qui m'arrachent des larmes quand je les mets en scène derrière mes paupières, tout un théâtre de la vie, et je n'arrive pas à les partager. Ça m'interroge beaucoup, évidemment, ça m'attriste même parfois. 

Mais je ne suis plus le même. Ce que je viens de comprendre, c'est que je ne peux plus écrire la même chose. J'ai d'autres choses à raconter, qui demande de nouvelles façons de le faire. C'est réconfortant, en fait. Il me reste juste à trouver ma voie.

4 mars 2009

Sevrage

Le disque dur de mon ordinateur a rendu l'âme. Outre ma bibliothèque musicale, que je n'avais pas vraiment sauvegardée depuis un an, je perds aussi la raison. L'incident a eu lieu lundi midi et depuis, j'oscille, perdu, entre résignation et ennui.

Je ne peux pas travailler sans l'ensemble des programmes que j'utilise au cours de la journée. Sans parler du reste de la journée, pour la première fois depuis des années, je suis obligé de passer du temps loin de l'écran de mon ordinateur. Oui, j'ai bien conscience du pathétique de la chose, et je me rends bien compte que je suis quand même devant un écran, puisque j'écris ces lignes. Mais ce n'est pas mon écran, c'est comme si on m'avait confié un nouvel assistant personnel et que je doive prétendre qu'il est déjà dressé. (Non pas que je sache comment on dresse un assistant personnel, d'ailleurs, dûsse-t-on les dresser). Je ne peux tout simplement pas suivre ma routine, je dois réfléchir à ce que je fais alors que je n'ai plus besoin de le faire avec mon portable, qui n'est plus un portable mais une extension de moi.

Je n'ai pas écrit depuis longtemps ; j'ai l'impression de ne plus savoir écrire. Mon avant-bras droit est douloureux à cause de la position du clavier et travailler sous windows sans avoir vraiment quelque chose à dire me rappelle mes débuts de blogueur. Ce qui me ramène à l'écriture, qui, comme le muscle désormais secoué de spasme de mon avant-bras, doit être exercée. Je me souviens qu'il faut prendre sa plume et écrire, pour le plaisir des mots, parce les écrits appellent l'écriture. Comme un collégien qui s'émerveille de la douceur du glissé de sa plume de stylo sur son papier quadrillé sans savoir quoi écrire de plus que son nom pour en profiter, il faut se lancer. Pas de spirales, de fleurs ou de personnages bâtons pour moi, mais des lignes de petits riens, sans avoir d'illusion qu'elles formeront un grand tout.

Tiens, j'aurai bien fait un rapport de gendarmerie, si je n'avais eu peur de vous lasser :

11h30 : Il fait beau, j'ai un nouveau parfum et c'est ma fête, je me sens au sommet du monde.

12h00 : Mon ordi ralentit et se bloque. Je tente quelques manips de sauvegarde et doit me rendre à l'évidence : le disque dure agonise.

12h45 : Fin de la crise de panique.

12h46 : Pause déjeuner.

13h30 : Retour de pause déjeuner. Les pâtes sautées chinoises, c'est bon.

14h00 : Intervention de l'IT et diagnostique définitif.

14h10 : Je fais de la place et me débarrasse des fichiers inutiles.

14h50 : Je finis d'effacer le dernier fichier porno.

15h00 : Même avec 30Go de libre en plus, cette andouille de disque refuse de me laisser copier mes derniers téléch... "achats" depuis ma bibliothèque iTunes.

15h01 : Me dis que si j'avais acheter mes "achats", j'aurai pu les télécharger de nouveau.

15h02 : Me rends compte que je viens d'effacer le dernier Tim Kruger, que je n'avais pas encore visionné.

15h03 : Pleure.

15h20 : Je fais un point avec l'IT qui me conseille un nouveau DD et me dégotte un plan pas cher.

15h50 : J'ai le temps de pleurer sur les épaules mon boss qui me téléphone pour avoir des nouvelles.

16h30 : Je file rue Montgallet.

17h10 : Une vendeuse asiatique compatissante me tends mon nouveau disque dur.

17h11 : Je le laisse tomber. Nan, j'déconne.

17h30 : Je retrouve Nico qui est dans le coin. Il a l'air vaguement inquiet à l'idée de me savoir privé de mon ordi.

17h45 : Je raid une boulangerie et étouffe ma frustration avec des pâtisseries pur beurre.

18h00 : Nom nom nom nom.

18h10 : Nico préfère rentrer chez lui que de me supporter dans cet état.

18h45 : En bas de chez moi, je panique à l'idée de n'avoir rien à lire et achète pour 30 euros de magazine, dont Psychologie Magazine, juste parce que sur la couverture s'affiche la question : "Pourquoi avons-nous peur de devenir SDF ?", ce qui est, genre, ma plus grosse peur après subir une panne de disque dur.

19h18 : Psychologie Magazine m'apprends que je suis fou.

19h20 : Je dors, fracassé par tant d'émotions.

19h45 : Je découvre le message de D., avec qui je dois dîner, qui attends que je le rappelle pour avoir mon adresse. Depuis 19h00.

19h50 : Je parviens à envoyer un texto à David, après trois appels infructueux, merci Orange, merci l'iPhone.

19h51 : Je manque de fracasser mon iPhone pour lui apprendre à ne pas passer mes appels mais me souviens de justesse que c'est mon dernier lien avec internet.

19h52 : J'embrasse mon iPhone en le priant de m'excuser.

20h00 : Cuisine.

20h15 : Dîner et discussion sympa, même si D. a l'air vaguement angoissé par mon comportement.

22h00 : D. rentre chez lui et me demande; l'air concerné, que je vais faire sans mon ordi du reste de la soirée. Je le rassure en rigolant, je vais me coucher tôt, pour une fois.

22h10 : Je ne sais pas quoi faire du reste de ma soirée sans ordinateur.

22h11 : Je décide d'allumer quand même mon portable agonisant.

01h37 : Après des heures de tentatives infructueuses, je réussis à sauver une photo de mon neveu et un screenshot pourri d'un paladin de WoW. De guerre lasse, j'éteins mon ordi et tombe dans un sommeil sans rêve.

Je vous épargne la journée de mardi, qui a principalement consisté en moi essayant de pas aller faire chier l'IT toutes les deux minutes pour savoir où en était l'intervention sur mon portable. Hey, j'ai moins mal au bras, les crampes sont parties en écrivant.

19h00 (mardi) : J'ai récupéré mon bébé, mon kiki. Je peux de nouveau ignorer les êtres vivants.

26 février 2009

Vern

19 février 2009

6 ans

Le 19 février 2003, j'ouvrais mon blog et je signais Poupée des articles tristes sur un blog qui s'appelait Positive thinking. J'ai du mal à ne pas avoir un regard attendri face à ce piou-piou de 25 ans qui essayait de faire face au sida. Je suis toujours le même et je suis en même temps complètement différent. Pour les masos, le premier post (via Way Back Machine) qui s'appelle, attention, Premier post, et finit prémonitoirement par "Au boulot". Énorme. 

Depuis, j'ai fait deux ou trois blogs, avec autant d'adresses différentes, j'ai changé de boulots, j'ai fait une analyse, j'ai perdu mon père, j'ai vécu au Canada et j'ai aimé.

Pourquoi Poupée ? Sous la rubrique "Gné ?" de ce chef d'oeuvre du web, on trouvait plus de renseignements:

poupée, 26 ans, parisienNE, névroséE, épanouiE, pédé, séropo.
poupée, parce que « pleure pas, poupée » quand ça va pas et que nicolas me console. parce qu’il m’habille et me déshabille.

21 janvier 2009

La Li

Dans la série je suis complément fêlé du caisson, je viens de me rendre compte que je confondais depuis toujours Lacenaire et Liberace. Donc je le note ici pour ne plus.

2 janvier 2009

Epistolaire

Michel,

J'espère que tu vas bien. Je t'ai si souvent posé cette question, et tu l'as si souvent lu comme une formule de politesse. J'aurai voulu que tu la vois comme je la voyais, comme une question essentielle dont je voulais absolument connaître la réponse. Tout comme on demande "Ça va?" plusieurs fois par jour, sans attendre vraiment la réponse, tu n'as jamais répondu à cette interrogation. 

Pourtant, j'aurai vraiment aimé savoir si tu étais heureux. Tu nous appelais quand nous passions Noël avec Béa, le 25 au matin, pour partager un peu de notre joie. Tu aurais probablement aimé être avec nous, mais tu ne l'as jamais dit. Et comme tu ne l'as jamais dit, j'ai très longtemps cru que ce coup de fil était ta manière de t'acquitter de ton devoir. Je viens de comprendre que si tu nous appelais, c'était pour toi-même et que si Béa insistait autant pour que nous décrochions le téléphone, c'est parce qu'elle savait ce que ça faisait d'être un parent à Noël. J'espère que tu partageais notre joie, alors, que tu étais heureux.

Je déteste les lettres aux personnes mortes. Je n'ai pas le moindre doute que tu as disparu le jour où tu es mort, que ce qui repose dans ce cercueil n'est rien, un corps, moins peut-être, une pierre seulement maintenant. Je me souviens de la main d'Alexis, mon si petit frère, dans la mienne, Alexis qui me disait en regardant passer le cercueil de son père, combien il trouvait bizarre que tu tiennes tout entier dans cette petite boîte. J'ai ravalé un sanglot et je lui ai dit, c'est normal, ton père ne tient pas dans une boîte, il n'y a que son corps ici, lui, il a disparu quand il est mort. Il était beaucoup plus grand que ça, il était et sera tout ce qu'il représente pour toi, pour nous, tout ce qu'il t'a appris, des souvenirs, des gestes d'amours. Alexis m'avait regardé avec des yeux sérieux d'enfant en deuil et avait hoché la tête en repartant en sautillant gauchement vers ta tombe.

Quand j'essaye de me souvenir à quoi tu ressemblais au moment de disparaître, l'image est assez flou. Je t'avais vu quelques semaines auparavant. Tu avais vieilli. Tu avais des cheveux blancs et ton ventre tendait ton polo. Quand je ferme les yeux et que je convoque ton image, c'est toi plus jeune qui apparaît, entouré d'une ribambelle de souvenirs, de sons, de bruits, d'éclats de voix, de lumières, de vues depuis des fenêtres disparues désormais. Je lis encore dans le souvenir de tes yeux ton incompréhension, parfois, face à ce que je devenais, de la tendresse, toujours, des regrets éventuellement.

Cette année, Béa était assise dans un fauteuil, j'ai pris une photo et pour la première fois, je lui ai trouvé un air de ressemblance avec l'image que j'ai de sa mère, que je n'ai pas, ou si peu, connue. Je me souviens d'une présence imposante mais de rien d'autre. J'ai tourné la tête vers Robin, le fils d'Émilie, et je me suis demandé si lui aussi aurait un souvenir de toi, de son grand-père, diffus, fait de questions non posées et de réponses non fournies. Si ta présence se ferait sentir dans sa vie, ou si tu ne serais qu'une vieille photo dans un album. Personne n'a voulu charger ce pauvre gamin avec un bagage trop lourd pour lui, mais il porte ton deuxième prénom, comme une marque de naissance. 

Moi, je porte ta sécheresse comme un masque, que j'essaye de retirer parfois, pour montrer à mes proches combien je les aime. Mais j'ai souvent peur de découvrir que mon visage dessous a fondu, que je suis devenu aussi dur que tu pouvais l'être et je n'arrive qu'à blesser ceux que je voudrais serrer dans mes bras. J'aurai tellement besoin de tes réponses, pas pour les suivre, mais pour trouver les miennes.

Parce que finalement, c'est ce que je retiens de toi, ce qui m'a le plus impressionné quand je l'ai enfin compris. Ton absence m'a libéré, finalement.

18 décembre 2008

Romance, shromance

I bloody knew it : Rom-coms 'spoil your love life'. Curse you, Meredith Grey.

16 décembre 2008

Merry Cadeaux

1- Cadeau :

Cher Pervers Noël, 

pour Noël, je voudrais Huck Jackman. Pas la peine de l'emballer, c'est pour consommer tout de suite.

Ton charly.

2- Cadeaux :

A qui de droit : Je n'ai pas d'argent, vous n'aurez pas de cadeaux. Suck it up. 

3- Cadeau (gratuit et jusqu'à ce que les ayant-droits la retrouve) :

13 octobre 2008

Comeback

L'inénarrable Coco avoue, sous l'égide d'une photo cochonne et pour son grand retour dans la blogosphère, qu'il a peur des stars. Oui, c'est presque de l'auto-promotion parce que je lui prête un coin de mon serveur; Oui, c'est certainement momentané le temps qu'il trouve un nom de domaine dément bien à lui; et oui, je suis bien content que le monde puisse de nouveau le lire. Yeaaaah !

6 octobre 2008

La petite mare

Pop Up Book

- C'est toujours aussi plein ?
- Ah oui, le matin, c'est toujours comme ça, ça n'arrête pas, mais aujourd'hui, c'est spécial, je ne sais pas ce qui ce passe.
- Non, parce que je ne suis pas venu depuis longtemps, mais la dernière fois, il y avait moins de monde, beaucoup moins de monde.
- Si vous voulez attendre moins longtemps, vous pouvez venir l'après-midi, les gens préfèrent venir avant pour les examens à jeun. Mais venez avant 18h, c'est important.
- C'est gentil, attendre ne me dérange pas. C'est seulement, ce monde, ça me surprend.
- Voilà votre carte, monsieur. On vous appelle tout de suite

En fait, il y avait tellement monde que tous les fauteuils de la salle étaient pris. Je n'avais jamais vu le laboratoire d'analyses aussi rempli. Et pourtant, ça fait 8 ans que je viens, même si par la force des chose, je n'étais pas venu ici depuis 3 ans. C'est un labo du centre, proche du Village et je sais que ça n'a pas de valeur épidémiologique, mais ça doit vouloir dire quelque chose, tous ces gens. Tous ses pédés séropos. C'est un message, un signe. Et la seule chose à laquelle je pensais en regardant tous ces pédés lipodystrophiés, c'était : Eh bien, ça va nous en faire, du roman de séropo triste.

Je ne sais pas quoi faire de ce signe, moi, je suis sur un siège dans cette salle d'attente, dans laquelle je viens depuis 8 ans, en essayant d'avoir l'air détendu, en prétendant être un vieux de la vieille, mais ces tests, que je les déteste, je les repousse le plus possible jusqu'à avoir la force de les faire. Comme j'apprécie tellement l'accueil attentif que prodiguent ces infirmières. Je repars en ne comprenant pas vraiment pourquoi j'ai des larmes dans les yeux alors que je connais l'histoire et que tout va bien pour moi. Vraiment, je suis surpris de retrouver ici cette petite mare de larmes oubliée, pas de l'apitoiement, même pas de la mélancolie, non, juste une petite écharde de chagrin aiguë. C'est comme se réveiller en pleurant. C'est peut-être les larmes dans nos yeux qui nous empêchent de lire les signes.

19 septembre 2008

Protocole compassionnel

House Quand je vais voir mon médecin et que tout va bien, je raconte toujours que mon médecin est content. C'est un peu vrai, il sourit quand tout va bien, comme souriait Cheryl à Toronto, lors de nos rencontres trimestrielles ; c'est surtout un moyen d'exprimer pudiquement mon soulagement de savoir que ma santé est bonne.

Je ne sais pas comment ça se passe dans le cas d'autres affections de longue durée mais le rapport médecin-patient est particulier dans le cadre du sida. D'abord parce que les médecins ont longtemps été désarmés face à la maladie et au mode de vie de leur patient, puis parce que les médecins ont dû apprendre à accepter les personnes qui vivent avec le virus comme les experts qu'elles sont. Si encore aujourd'hui, on s'accroche et qu'il faut parfois insister pour se faire entendre, j'aime bien croire que le sourire de mon médecin est sincère.

Évidemment, l'implication n'est pas la même, on parle ici de ma vie, et de son boulot. Mais c'est peut-être ça la compassion. Pas la pitié, ni l'accablement conjoint. La sincère volonté de vouloir se battre avec nous. Et les souvenirs communs. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, parfois.

11 septembre 2008

Du ciel, des couleurs

Parfois, on a besoin de lumière. Parfois, on a besoin de couleurs. J'ai donc changé le thème de ce blog, pour quelque chose de plus aérien que le chocolat et le turquoise. Merci à Kozlika pour ses ébauches de thèmes Aorakit disponibles pour les feignants comme moi qui ne veulent pas recommencer un thème de zéro. Pour ceux qui suivent sur le fil rss, n'hésitez pas à venir jeter un coup d'oeil et à me laisser des remarques par mail.

Bien sûr, les couleurs vont probablement changer dans les jours qui viennent jusqu'à ce que je trouve une harmornie qui me satisfasse.

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