Et puis voilà… (sourire)

«Gay, marions nous» a été écrite en 2007! Soit une anticipation de six ans sur le mariage pour tous. Vous vous souvenez de comment l’idée vous est venue?

J’ai de très bons amis belges qui m’avaient invitée à être témoin de leur mariage en 2006. J’allais souvent les voir en Belgique. J’étais très contente, ça s’est bien passé, c’était super. Après j’ai encore assisté à deux ou trois mariages homos. Dans le folklore, il y a souvent des chansons qui se sont appelées «Gai, marions-nous», mais avec un i! C’est trop beau pour être vrai. Du coup je me suis fait plaisir. J’ai changé les paroles lors des derniers concerts: «Je l’épouse à Pantin / Si le maire le veut bien».

Dans la chanson, qui est très drôle notamment dans les couplets, vous prenez le parti d’écrire à la première personne. Pourquoi?

Eh bien j’avais envie de la prendre à mon compte. Je l’ai écrite pour moi, vraiment. Y a pas de problème. Et puis voilà… (sourire) En tout cas, le pape en prend pour son grade. Il est un élément comique, j’ai fait «La Faute à Eve» par exemple… Je l’ai prise pour moi, vraiment.

Comment avez-vous regardé la période des débats sur le mariage en France? Avec cette Manif pour tous dans la rue?

Je suis écœurée, c’est honteux, ridicule. Avec les enfants, «un papa une maman»… Cette chanson, je l’ai écrite comme d’habitude en avance sur l’époque. Et ensuite, elle a été partagée pendant les débats !

Avez-vous évoqué l’homosexualité dans d’autres chansons?

J’ai effleuré le sujet dans «Ruisseau bleu». Il faut bien écouter, il y a un changement d’accord. Certaines de mes amies lesbiennes ont mis l’oreille dessus tout de suite. En tout cas on a l’impression qu’il y a plus de tolérance aujourd’hui. On peut dire «mon fils est homosexuel» et les gens se taisent. Je crois que ça a dû aider dans les familles. Mais ça a quand même bousillé la vie de pas mal de gens. C’est exactement comme pour le sujet du harcèlement, il y a toute une tradition. J’en parlais avec des amis : les meilleures histoires juives ce sont les Juifs qui les racontent. Les meilleures histoires homos ce sont les homos qui les racontent aussi!

— Anne Sylvestre, 60 ans de carrière : la reine de la chanson française se confie à TÊTU, Têtu.

Impénitent

Je ne sais pas si George Michael est mort des suites d’une infection par le VIH, et pourtant, évidemment, j’y pense.

Le diable est dans les détails, dans les raccourcis et les associations faciles: Les homosexuels meurent jeunes du sida. George Michael était gay, il en a parlé, dans sa musique et en entretien. C’est le VIH qui a retardé son coming out. C’est le VIH qui a emporté son compagnon. La pneumonie dont il a souffert il y a quelques années, ça ressemble à celles des premiers moments du stade sida. La drogue aussi, c’est dans le champ sémantique de l’épidémie de VIH. C’est une maladie de drogué, le sida. Et surtout, un homme gay, beau, incandescent, sexualisé, impénitent, ça meurt du sida, parce que tout se paye. Je ressens encore cette vague culpabilité de le trouver beau comme un dieu, avec ses poils, ses perles à l’épaule, le carré de sa mâchoire. Sublimement pédé; trop, même pour beaucoup de pédés. Il était beau comme c’était pas permis. 

Peut-être qu’il est mort des suites d’une l’infection par le VIH, mais en fait, on s’en fout, ça n’aurait rien de gênant, ni de glorieux, dans l’absolu. Ce qui est indécent, c’est qu’il soit impossible de parler normalement de cette maladie, 30 ans après sa découverte. Si on s’expose, on est réduit à ça, si on se tait, on joue le jeu de la honte et de la stigmatisation.

Cette question, formulée ou non, s’invite à chaque enterrement de pédé, avec plus ou moins de gêne. Quand on est homo, le VIH marche dans le cortège funéraire. «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés»; nous vivons, et nous mourrons, tous, avec le VIH. C’est un fait, dont nous n’avons pas à nous excuser, et qui appelle la délicatesse, par respect pour ceux qui ont arrêté de chanter.

Conchita Wurst : Un continent divisé

Les votes de l'Eurovision

— A gauche, les votes du public en faveur de Conchita Wurst; à droite, les votes des jurés (Plus c’est bleu, plus c’est favorable). (Source)

The results suggest, then, that we do live in a divided continent. But the divisions might penetrate much less deeply into society than we often suppose. The differences revealed in the popular voting are slight, whereas those in the elite juries are very marked.

Of course, this is only one source of evidence. There is much, much more than this to be said about attitudes towards sexual minorities around Europe and across the world. Nevertheless, there might be reason to hope that, even in those countries where the ruling elites are often highly intolerant, the wider population might be readier to accept that different people might be different.

Eurovision: A continent divided in its sexual attitudes?, Reading Politics.

Une data-saucisse intéressante, même si elle ne refléte pas forcément fidèlement les opinions publiques des pays concernés. Mais à partir du moment où on a attaqué la personne et non la chanson concurrente, la politique a saisi l’Eurovision et c’est devenu plus qu’un télé-crochet. Les qualités intrinsèques de la chanson sont passées au deuxième plan, au moins pour une grande partie des votants. Les questions de genre, nos corps, nos « moeurs » sont redevenus, une fois encore, le champ de bataille et la cible des réactionnaires. [via]

Sens le jasmin

Sens le jasmin
Goûte la mélasse
Et souviens-toi de te souvenir de moi
Mon frère, ne m’oublie pas
Mon amour, mon trophée

J’aurais aimé te garder auprès de moi
Te présenter à mes parents, te faire couronner mon coeur
Préparer tes repas, nettoyer ta maison
Gâter tes enfants, être ta femme au foyer

Mais tu es dans ta maison, et moi dans une autre
Dieu, je souhaiterais que tu ne sois jamais parti

Sens le jasmin
Et souviens-toi de m’oublier

Shim el Yasmine / Sens le jasmin. On a pas besoin de traduction, parfois, tellement l’émotion est prégnante.

En 2008, sept étudiants de l’université américaine de Beyrouth créent leur ensemble dans la salle de musique du campus, en bord de mer, et se baptisent Mashrou’Leila, qui veut dire à la fois «Projet Leila» et «Le projet d’une nuit». Un chanteur, deux guitaristes, un bassiste, un violoniste, un batteur, et une pianiste, qui se mettent à écrire de la «pop indé arabe». A l’époque, ça n’existe pas vraiment et c’est justement ce qui fait leur succès. Ils chantent en arabe libanais et parlent de drogue et de sexualité. Une bouffée d’air pour les jeunes. Une hérésie pour les tenants de la grande chanson arabe en langue classique qui se doit, d’Oum Kalthoum à Fairouz, de surtout parler d’amour!

Mashrou’Leila préfère dénoncer la violence domestique, la corruption. Ou parler d’une relation entre deux hommes, dans Shim el Yasmine.

(…)

«Lorsque sort la chanson Imm el jacket, qui raconte l’histoire d’une femme refusant de s’habiller comme une femme, on nous a accusés de promouvoir la transsexualité et d’écrire très mal. Aucun journaliste n’a reconnu le texte du poète libanais Omar al Zo’ini, écrit avant la Seconde Guerre mondiale!»

— Mashrou’Leila, pop indé et poil à gratter de la chanson libanaise, Slate.fr.

Évidemment, la presse française, qui a ses propres problèmes avec les questions LGBT, en profite pour invisibiliser nos luttes au passage : Aucune mention du fait que le chanteur, Hamed Sinno, est out, dans un pays où la police pratique encore les rafles dans les clubs gay et les examens anaux pour déterminer qui est passif.

For his part Sinno appears unmoved by the criticism from his country’s more conservative elders: He wants the band’s music to inspire Arab gay, lesbian, transgender and bisexual fans “to forge for themselves a sense of belonging to the region, in spite of the incredible repressing they have to live through.”

— Gay Lebanese Singer Hamed Sinno Navigates Middle Eastern Taboos Through Music, Queerty.com.

L’émotion de ce clip, c’est aussi celui d’un homo qui passe à la télé, dans un pays qui a du mal à voir ses minorités sexuelles. Les regards de la femme et de l’homme autour de la table. Les applaudissements réservés. On dirait que tous attendent d’être frappés par quelque chose de terrible alors que les lignes bougent.

Happy Pride.

La sous-langue

«Radio Radio se complaît dans la sous-langue d’êtres handicapés en voie d’assimilation». C’est ce qu’affirmait Christian Rioux dans une chronique publiée dans Le Devoir le 26 octobre dernier.

Ces propos en ont choqué plusieurs en Acadie et avec raison.

(…)

Dans ce contexte particulier, ce n’est pas en semant la honte que nous cultiverons la fierté. L’acharnement pour un français normatif pur risque de cultiver un sentiment d’aliénation chez plusieurs Acadiens et Acadiennes. Ayant à choisir entre une minorité francophone qui condamne leurs médiocrités langagières et une majorité anglophone qui offre, par ailleurs, les opportunités d’un groupe linguistique dominant, les Acadiens et les Acadiennes seraient de plus en plus nombreux à « choisir » l’assimilation.

C’est pourquoi il est malhabile de couvrir de honte la qualité du français dans nos communautés acadiennes. Notre défi est d’abord de cultiver la fierté acadienne, la fierté d’une minorité envers la langue qui lui appartient, une langue qui peine à préserver son intégrité et à évoluer au rythme de la « métropole ».

Ultimement, ces lignes cherchent à informer les Québécois et les Québécoises de la réalité acadienne. Avec tous ses défauts, l’Acadie résiste, se redéfinit et fonce vers un avenir en français. La « laideur » et les « anomalies » de notre français « bâtard » et « handicapé » est, par-dessus tout, la preuve de notre ténacité, les cicatrices de nos luttes quotidiennes. Ainsi, pour plusieurs jeunes Acadiens et Acadiennes, Radio Radio est un exemple de succès, ludique et limité à la sphère artistique certes, mais qui démontre que la réussite est aussi possible en français qu’en anglais. Je préfère de loin le français mutilé de Radio Radio que l’anglais de Simple Plan.

La langue Radio Radio? Réponse d’un être handicapé en voie d’assimilation, Martin LeBlanc Rioux, Voir.ca.

Une bien belle réponse. L’article du Devoir n’est pas disponible en ligne, mais vu l’extrait, je sais pas si on doit le regretter. C’est dur de lire des mots pareils sur le chiac acadien venant d’un Québecois, qui devrait pourtant savoir ce que c’est que de voir sa langue dénigrée.

La musique de Radio Radio est sur iTunes, en tout cas. C’est vraiment bien, et je dis pas ça parce que j’ai eu la chance de les rencontrer. C’est beau et créatif, ça fait sens, ça fait écho à notre usage de l’anglais, ça questionne la musique de nos langues.

Et en plus, le chiac, c’est la solution aux problèmes de langues canadiens:

Donna Summer et le sida

Though known as a gay icon, Summer’s born-again-Christian status began alienating the diva from her gay fans, and in the mid-1980s, a false report that she’d called AIDS “the wrath of God” on gay people began circulating widely, an allegation she has flatly denied since. According to Jet Magazine, in 1989, she wrote to the New York chapter of ACT UP calling the entire thing a “terrible misunderstanding”.

Donna Summer dies, The Washington Blade.

Donna Summer, whose post-’70s career was compromised by antigay remarks she allegedly made at a 1983 concert, disputed ever making the comments, blaming them on an angry journalist, and lamented the impact of AIDS on her close friends, during a 1989 interview with The Advocate.

— Donna Summer Denied Making Antigay Remarks That Hurt Her Career, The Advocate.

We cannot properly memorialize Donna Summer without mentioning Paul Jabara, the late gay songwriter and performer who won the Academy Award for Best Original Song after his Last Dance was performed by Summer in the pitiful disco movie, Thank God It’s Friday. (…)
Jabara also wrote No More Tears for Summer and Barbara Streisand, but his greatest fame, perhaps, is for co-writing It’s Raining Men with Letterman sidekick Paul Shaffer. As so many of our most creative did, Paul Jabara succumbed to AIDS in the early 90s.

Donna Summer & Paul Jabara, Joe. My. God.

Personally, I suppose I too believe she did make some sort of negative remarks all those years ago, which she surely regretted. But I never stopped dancing to her music. I still have my LP of On the Radio, the double album of her greatest hits. I think I can let it go. So Donna, rest in peace.

Requiem for the Queen of Disco, The POZ Staff.

I’ll never have that recipe again.

Golden Era

Róisín Murphy + David Morales.

Golden Era

Simulation

Vivement l’album.

Robyn : Chronologie de la passion amoureuse en 5 chansons (et 5 très jolis vidéos clips)

Longtemps, je me suis levé de bonne heure, mais surtout, longtemps, j’ai cru que les chansons de Madonna racontaient ma vie; Une fiction partagée par beaucoup de mes frères de la jaquette, comme je le devais le découvrir plus tard, entre autre en épousant la Reine des fans de Louise Ciccone.

Si Mado exerce toujours une fascination excessive sur mon cœur d’adolescent déguisé en moustachu, je dois dire que les chansons de la bondissante chanteuse d’electropop suédoise Robyn parlent beaucoup mieux des affres de l’amour que celle de Madonna, qui, il faut l’avouer, est un robot. Robyn parle la même langue que nous, celle de l’amour outragé et déçu, celle de la passion dont nous refusons de nous méfier et qui, par conséquent, finit par consumer notre pauvre petit cœur de pédale.

La chute en amour : Hang with me

And if you do me right
I’m gonna do right by you
And if you keep it tight
I’m gonna confide in you
I know what’s on your mind
there will be time for that too
if you hang with me
hang with me

Just don’t fall
recklessly, headlessly in love with me
Cause its gonna be
All heartbreak
blissfully painful and insanity
if we agree you can hang with me

«Je te vois, je te vois venir, nan, c’est cool tu peux traîner avec moi. Je te dis pas non, mais je ne te dis pas oui non plus. Je crois être dans le contrôle et je sais que tu vas tomber amoureux de moi. Je refuse juste de voir que moi aussi.»

La passion : Indestructible

And I never was smart with love
I let the bad ones in and the good ones go but
I’m gonna love you like I’ve never been hurt before
I’m gonna love you like I’m indestructible
Your love is ultimate
Not again it’s taking over
This is hardcore
And I’m indestructible

«Je suis pas un poulet de l’année, je sais comment ça se passe, je vais me manger un mur mais je sais aussi que ça vaut le coup. Alors j’essaye l’auto-hypnose pour limiter les dégâts.»

La concurrence : Call your girlfriend

Call your girlfriend
It’s time you had the talk
Give your reasons
Say it’s not her fault
But you just met somebody new
And now it’s gonna be me and you

And you tell her that the only way her heart will mend is when she learns to love again
And it won’t make sense right now but you’re still her friend
And then you let her down easy

«Je sais que si tu n’as rien dit à ton mec, c’est que c’est que tu ne lui diras jamais que c’est fini entre vous. Mais comme je suis folle de toi, je te le dis quand même: dump him. Même si je n’y crois pas et que le mal de ventre me fait me rouler par terre en criant dans mon garage.»

La chute : Be mine

And now you’re gone, it’s like an echo in my head
And I remember every word you said

‘Cause you never were and you never will be mine
No, you never were and you never will be mine

For the first time, there is no mercy in your eyes
And the cold wind’s hitting my face, and you’re gone
And you’re walking away

*BLAM* (le mur des réalités).

Le stalking : Dancing on my own

I’m in the corner, watching you kiss her, ohh
I’m giving it my all, but I’m not the girl you’re taking home
I keep dancing on my own

I’m in the corner, watching you kiss her, ohhh
I’m right over here, why can’t you see me, ohhh
I’m giving it my all, but I’m not the girl you’re taking home
I keep dancing on my own
I keep dancing on my own.

«Si je bois suffisamment, j’ai l’impression d’être beau quand je danse tout seul. Et oui, je suis venu à cette soirée, alors que je ne sors plus depuis des années, juste pour retourner le couteau dans la plaie et te voir danser avec ton mec. Parce que je crois encore que c’est une méprise et que si tu me vois, c’est moi que tu vas ramener chez toi. Mais en fait, je sais que non. J’ai juste besoin de voir que tu es passé à autre chose pour pouvoir moi-même passer à autre chose. Et pouvoir continuer à danser.»

Épilogue

Le stade d’après, c’est d’arrêter d’écouter Robyn, ainsi que la mauvaise scénariste de Grey’s Anatomy qui semble avoir été placée aux commandes de notre raison. Et peut-être tout simplement attendre demain.

Spéciale dédicace à Anne et ses chansons d’amour.