«Beirut, I Love You», du court-métrage aux web séries

Beirut, I Love You (I Love You Not), Mounia Akl & Cyril Aris.

Beirut, I Love You (I Love You Not), a Beirut-ish tribute to Jean-Pierre Jeunet, Amelie Poulain, is a short film by Mounia Akl & Cyril Aris about (fleeting) love & the little pleasures in life, all set and in relation with the very inspiring city of Beirut.

Ce court métrage, dans lequel on retrouve brièvement nos amis de Mashrou3 Leila, a été adapté en une très bonne série TV/web, Beirut, I Love You qui revient sur l’histoire des personnages du court (et qui montre entre autres des persos arméniens-libanais, spécial dédicace to my bride-to-be)

(Et j’ai mal compris ou la sœur a une petite amie ? La sœur de Tarek est effectivement lesbienne.)

Les deux auteurs ont également écrit Fasateen («Robes»), diffusé sur Yahoo! Maktoob et produit par Katia Saleh, qui parle de la vie de plusieurs femmes libanaises:

Usant de ce même ton léger, pour parler de problèmes de société parfois plus graves, Fasateen décrit l’histoire – et le profil – de trois femmes trentenaires, au parcours et aux choix différents, évoluant dans une société arabe aux multiples tabous. Il y a d’abord Alia, mère célibataire qui élève seule son fils de 10 ans, son mari, endetté ayant pris la poudre d’escampette; Lama, bourgeoise superficielle, gâtée par un époux riche et absent (il travaille à Dubaï), et n’a qu’une (pré)occupation dans la vie: être belle et, enfin, Karma, jeune femme libérée, bien dans sa peau, qui essaie de trouver sa place au sein de sa famille et de la société.

« Fasateen, » une série libanaise qui séduit le Net, L’Orient-Le Jour.

Sens le jasmin

Sens le jasmin
Goûte la mélasse
Et souviens-toi de te souvenir de moi
Mon frère, ne m’oublie pas
Mon amour, mon trophée

J’aurais aimé te garder auprès de moi
Te présenter à mes parents, te faire couronner mon coeur
Préparer tes repas, nettoyer ta maison
Gâter tes enfants, être ta femme au foyer

Mais tu es dans ta maison, et moi dans une autre
Dieu, je souhaiterais que tu ne sois jamais parti

Sens le jasmin
Et souviens-toi de m’oublier

Shim el Yasmine / Sens le jasmin. On a pas besoin de traduction, parfois, tellement l’émotion est prégnante.

En 2008, sept étudiants de l’université américaine de Beyrouth créent leur ensemble dans la salle de musique du campus, en bord de mer, et se baptisent Mashrou’Leila, qui veut dire à la fois «Projet Leila» et «Le projet d’une nuit». Un chanteur, deux guitaristes, un bassiste, un violoniste, un batteur, et une pianiste, qui se mettent à écrire de la «pop indé arabe». A l’époque, ça n’existe pas vraiment et c’est justement ce qui fait leur succès. Ils chantent en arabe libanais et parlent de drogue et de sexualité. Une bouffée d’air pour les jeunes. Une hérésie pour les tenants de la grande chanson arabe en langue classique qui se doit, d’Oum Kalthoum à Fairouz, de surtout parler d’amour!

Mashrou’Leila préfère dénoncer la violence domestique, la corruption. Ou parler d’une relation entre deux hommes, dans Shim el Yasmine.

(…)

«Lorsque sort la chanson Imm el jacket, qui raconte l’histoire d’une femme refusant de s’habiller comme une femme, on nous a accusés de promouvoir la transsexualité et d’écrire très mal. Aucun journaliste n’a reconnu le texte du poète libanais Omar al Zo’ini, écrit avant la Seconde Guerre mondiale!»

— Mashrou’Leila, pop indé et poil à gratter de la chanson libanaise, Slate.fr.

Évidemment, la presse française, qui a ses propres problèmes avec les questions LGBT, en profite pour invisibiliser nos luttes au passage : Aucune mention du fait que le chanteur, Hamed Sinno, est out, dans un pays où la police pratique encore les rafles dans les clubs gay et les examens anaux pour déterminer qui est passif.

For his part Sinno appears unmoved by the criticism from his country’s more conservative elders: He wants the band’s music to inspire Arab gay, lesbian, transgender and bisexual fans “to forge for themselves a sense of belonging to the region, in spite of the incredible repressing they have to live through.”

— Gay Lebanese Singer Hamed Sinno Navigates Middle Eastern Taboos Through Music, Queerty.com.

L’émotion de ce clip, c’est aussi celui d’un homo qui passe à la télé, dans un pays qui a du mal à voir ses minorités sexuelles. Les regards de la femme et de l’homme autour de la table. Les applaudissements réservés. On dirait que tous attendent d’être frappés par quelque chose de terrible alors que les lignes bougent.

Happy Pride.

Et maintenant, on va où?

Dans la lumière pâle de la salle de cinéma, ya ma grosse souris qui sanglote. J’attends avec lui la fin du générique et nous sortons, dans la fraîcheur de la nuit d’automne. C’est marrant, ça vient toujours d’un seul coup à Paris; même s’il fait chaud pendant le jour, vient une date, on ne peut plus sortir sans se couvrir le soir.

— J’ai entendu toutes ces phrases, me dit-il, avec l’embarras d’un homme qui n’aime pas pleurer. En vrai. Je n’ai plus l’habitude, d’entendre parler Libanais comme ça, pendant deux heures. Et c’est le Liban, raconté par des Libanais, ce n’est pas la même chose. Et je me rends compte que je suis le produit de tout ça.

Et maintenant, on va où?, le conte de Nadine Labaki, m’a fait pleurer aussi. Mais les larmes de Nicolas viennent de bien plus loin, d’un pays et d’une époque que je ne connais pas. D’une douleur vécue, léguée, toujours présente. De la guerre.