le roncier

since 2003.

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - lettres

Fil des billets

5 février 2010

Nu Shu

La Chine redécouvre la langue secrète des femmes. Et plus d'informations sur cette page de forum :

Dans la Chine féodale, les femmes n'avaient pas accès à l'éducation et étaient condamnées à l'isolement social en plus d'avoir les pieds bandés. Mais, dans le comté Jiangyong, des paysannes Yao ont miraculeusement développé une langue écrite appelée Nu Shu, ou écriture femelle, alors que les Yaos n'auraient pas eu d'écriture avant 1949. Le Nu Shu se serait transmis de mère en filles dans des régions rurales coupées du monde. Croyant les femmes inférieures, les hommes ne se sont pas intéressés à ces codes secrets qui sont ainsi restés inconnus pendant des siècles, jusque dans les années 1960. Au cours de la Révolution culturelle, les Gardes Rouges, soupçonnant le Nu Shu d'être utilisé pour des fins d'espionnage, persécutaient les femmes qui l'utilisaient, brûlaient des livres et parfois aussi les femmes elles-mêmes.

17 janvier 2010

Eviv Bulgroz

Jean-Claude Fournier : «Franquin tenait la vie entre ses doigts.» Fournier n'était pas mon dessinateur de Spirou favori. Je préférais Tome et Janry ou même les derniers Franquin eux-même. Mais ces noms me ramènent près de mon père, quand je faisais des cabanes sous mon lit avec des bandes dessinées. 

18 avril 2009

L’homosexualité expliquée à ma mère

Ta langue, ma mère, est ma langue. J’écris en m’inspirant de ta façon poétique de voir le monde et d’inventer des rituels étranges et qui sont tellement beaux, envoûtants. J’écris en me rappelant tes cris. Je crie aujourd’hui pour rendre hommage à tes cris. Les fixer. Les donner à voir. Les faire entrer dans les livres, dans la littérature. C’est cela, entre autres, mon ambition. Tes cris comme une image du Maroc. Ton prénom comme symbole de la femme marocaine.

L’homosexualité expliquée à ma mère, le très beaux coming-out de l’écrivain marocain Abdellah Taïa. Une si belle langue.

3 avril 2009

La voie

Je ne suis plus le même. Ça m'a frappé dans la rue, comme presque toutes les révélation évidentes, en savourant le soleil du printemps, rue de Rennes. Je ne suis plus le même qu'il y a quelques années.

En fermant les yeux sous la caresse des rayons, je me demandais ce qui pouvait bien bloquer autant mon écriture. Depuis des mois, je n'ai pas eu besoin, ni eu envie d'écrire. J'en ressens une sorte de culpabilité inquiète, parce que je pense toujours que si je n'arrive pas à me réaliser, au moins timidement, comme artiste, je n'aurais pas réussi ma vie. J'ai passé mon adolescence à essayer divers disciplines artistiques, la photographie, la danse, le dessin, la guitare, la poésie même, bien sûr l'écriture, sans me consacrer vraiment à aucune. Je cherchais ma place, déjà, et j'ai abandonné des choses en cours de route, parce que je n'avais pas le temps de tout faire, parce que je n'avais les moyens de tout faire, parce que je n'ai jamais trouvé un sujet, un art, un endroit aussi peut-être, auquel je puisse appartenir. 

Aujourd'hui, je ne suis plus le même et je ne peux plus écrire de la même manière. En classe de troisième, j'écrivais mon deuxième essai de roman, sans peur, sans gène, sans vergogne. Je voulais juste écrire, répondre à cet appel de la page et jouer avec les mots, les faire tinter, les assembler comme des légos toujours neufs, relire mes écrits en prononçant chaque syllabe clairement, pour savourer la beauté de la phrase bien tournée. Je ne me suis jamais pris pour Proust, je savais déjà que j'étais trop jeune pour écrire vraiment. C'était clair, étrangement, dans mon esprit; je devrais attendre. Je devrais vivre d'abord, pour avoir quelque chose à exprimer. Pour oser prendre la parole, je devrais attendre d'avoir quelque chose à dire. 

Cette humilité n'était pas forcée. Je n'ai jamais pensé que ce que j'écrivais puisse intéresser quelqu'un d'autre que moi. Écrire, ce n'était pas forcément être lu. Puis ça l'est devenu, en partie grâce au blog. L'analyse a renforcé ma certitude que les mots ont un poids, une force, qu'ils ont une vérité encore plus forte quand on les écrit. Ça ressemble au chant, en fait. C'est une vibration, qu'on émet pas forcément en direction de quelqu'un de précis, mais parce qu'on doit le faire. On a la voix dans la tête avant de l'avoir dans la gorge comme les situations existent avant qu'on ne les écrive. 

Aujourd'hui, j'ai toutes ses vies dans ma tête, des mondes entiers que je voudrais faire sortir, des situations qui m'arrachent des larmes quand je les mets en scène derrière mes paupières, tout un théâtre de la vie, et je n'arrive pas à les partager. Ça m'interroge beaucoup, évidemment, ça m'attriste même parfois. 

Mais je ne suis plus le même. Ce que je viens de comprendre, c'est que je ne peux plus écrire la même chose. J'ai d'autres choses à raconter, qui demande de nouvelles façons de le faire. C'est réconfortant, en fait. Il me reste juste à trouver ma voie.

12 février 2009

Chair

Je sais, tu es mon amour, tu viens de ma chair, tu attends que je te prenne entre mes bras, pour que nous ne fassions plus qu'un... Je rêvais de toi. Tu étais dans ma poitrine, et je te donnais mon sang, mes muscles, mes os. Je ne souffrais pas. Tu me prenais la moitié de mon coeur, si doucement, que c'était en moi une volupté de me partager ainsi. Je cherchais ce que j'avais de meilleur, ce que j'avais de plus beau, pour te l'abandonner. Tu aurais tout emporté, que je t'aurais dit merci... Et je me suis réveillé, quand tu es sortie de moi. Tu es sortie par mes yeux et par ma bouche, je l'ai bien senti. Tu étais toute tiède, toute parfumée, si caressante que c'est le frisson même de ton corps qui m'a mis sur mon séant.

La Faute de l'abbé Mouret, Émile Zola.

10 novembre 2008

Sacerdoce

Comment les écrivains français gagnent leur vie. En gros, pas trop bien, sauf 150.

15 juin 2008

Une

Flous

Il s'accablait de reproches, mais il finit par se dire que c'était au fond bien normal qu'il ne sût pas ce qu'il voulait :
L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.

L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera.

5 décembre 2007

Self-Help Aisle

Help yourself : 100 self-help books you can do without :

5. Suck It Up: No One in the Sudan Has Chronic Fatigue Syndrome
(...)
25. Shut Up About Your Dead Wife! Dating After 60
(...)
44. 12 Days to a Thinner, Weirder-Looking Penis
(...)
51. I Beat Cancer Using the Power of Laughter and a Rigorous and Painful Schedule of Chemotherapy
(...)
95. The Dalai Lama Wants You to Have a Jet Ski

31 juillet 2007

Les Honteux-Unis d’Amérique

Une langue qui rime en là, un regard sur la langue française au Québec, qui se rapproche de ce dont j'ai pu faire l'expérience. Concernant le niveau des professeurs, je me souviens de certains venant demander à la librairie si Molière étaient un écrivain connu ou si les Egyptiens antiques avaient vécus pendant le Moyen-Âge. Ne manquez pas non plus l'extrait audio de Gabrielle Roy, la célèbre écrivaine franco-manitobaine. Via Embruns.

10 juillet 2007

5.39

Je traverse une école and that's a fucking riot. Ce que je prenais au début pour des rues calmes fait en fait partie d'un grand centre d'étude, probablement un lycée, peut-être auto-géré. L'architecture est typique des grands lycées parisiens, la pierre de taille rénovée, même si l'atmosphère du lieu ressemble plus au chaos familier d'une université. Puis, je remarque les débris, les chaises et les tables cassées, jetées ça et là. De la fumée s'échappe de la grosse benne bleue sous l'arche qui mène à la porte principale, condamnée. En tournant à gauche, je croise un groupe de jeunes gens, habillés pour la guérilla avec les moyens du bord. Ils sont sales et ils s'en foutent, il lèvent les yeux sur moi sans lever la tête. Mon visage ne cille pas, mais je me demande si ma façon de m'habiller peut me faire passer pour l'un d'entre eux. Ils ne bougent pas tandis que je les dépasse. Ils attendent visiblement quelque chose.

J'arrive sur une cour intérieur, sans avoir croisé le moindre adulte ou une seule figure d'autorité. Devant moi marchent des étudiants qui ont l'air pressés de sortir de l'établissement et sur ma droite, à chaque étage, à chaque fenêtre, des grappes de jeunes qui crient, mais en silence. Le bruit devrait être assourdissant mais je peux distinctement entendre le bruit de la pluie. Une bouteille de cocktail Molotoff s'écrase sur un jeune homme devant moi, le trempant d'un liquide épais. Il jure en se massant la tête mais accélère le pas tandis que sa petite amie lui prend le bras. Ce n'est pas le moment de faire un scandale, nous sommes sur la tranche des moments, au bord du basculement et chacun a retrouvé sa priorité : aller le plus loin possible, loin d'ici. Trois personnes, dont une jeune fille avec une jupe ample sautent du premier étage, des cocktails allumés à la main. Je sers les dents en pensant à leur jambes mais je ne peux pas détourner la tête. Ils atterrissent sur leurs pieds, simplement, avec un regard fou, toujours avec le minimum de bruit, toujours lentement. Je me hâte vers la porte secondaire, avec un groupe de trois ou quatre jeunes filles, qui essayent de ne pas paniquer. Personne ne court, pour ne pas faire basculer le moment. La petite brune juste devant moi s'arrête et regarde à gauche, l'air inquiet, au delà de la terreur. Je tourne la tête pour voir une femme en jeans blancs entourées par quatre garçons. L'un d'entre eux fouille dans le sac en toile militaire de la fille pendant que les deux autres arrachent le haut de la femme qui tente toujours de rejoindre la sortie, au moins du bout du pied gauche, en extension. Le quatrième se tient debout juste à côté de la femme qui cherche à partir. Les mains dans les poche, il regarde les rives du lac, de l'autre côté de la porte. Son visage n'exprime rien. C'est, sans l'ombre d'un doute, le chef. La petite brune devant moi n'arrive pas à détacher les yeux de la scène tandis que je la pousse doucement vers la sortie, guidant les autres du son de ma voix. C'est comme si tout l'air avait été chassé de l'école, les sons ne portent plus, les voix n'ont pas de modulations, elles ne sont plus cris ou murmures, elles sont ou ne sont pas et si elles sont, elles sont discrètes comme des didascalies. Plates, mais essentielles.

Sans même y penser, je viens de faire un choix. J'ai abandonné la femme parce que je n'avais aucune possibilité de l'aider, je continue vers la sortie qui se trouve devant moi en marchant rapidement, en guidant du bras les jeunes filles qui étaient avec moi. Elles passent le portillon devant moi et c'est sans un regard en arrière que je quitte l'enceinte de l'école. Dans la rue déserte, personne ne prête attention à ce qui se passe à l'intérieur, ni à l'exploit que constitue notre sortie. Sur le haut du mur extérieur, postés comme des corneilles, attendant, des jeunes insurgés agitent lentement des drapeaux. Je suis seul. Je me rappelle que je suis déjà venu dans les environs et que j'avais vu cette école et les jeunes rebelles. Je n'en avais pas parlé. Ni à moi, ni à personne.

Je finis par reconnaître les rues, en particulier la rue Sherbourne, que je prends en vélo le matin pour aller travailler, sauf que je n'avais pas remarqué qu'elle ressemblait à ça, là où elle s'arrête sur les rives du lac. Je pense rapidement à Toulouse, aux rives de la Garonne, et aussi que c'est à ça qu'une autoroute qui finirait abruptement sur les quais de l'Île de la Citée ressemblerait.

Je retrouve l'adresse d'un café à la programmation pointue tenu par des artistes. Je fais rapidement le tour du petit local en essayant de gêner le moins possible les clients qui regardent un film en noir et blanc. Je ne vois personne de connu, particulièrement pas la personne que je cherchais. Je décide de partir, mais je ne fais accrocher dans l'espace fumeur par une vague connaissance qui a l'air blessé que je ne la salue pas. Je commence à parler, un peu, d'abord en français puis ensuite en anglais, en leur demandant si elles, puisque toutes celles qui participent à la conversation sont des femmes, connaissent cette école, près de la fin de la rue Sherbourne, au bord du lac, si elles savent qu'une émeute s'y déroule. Des hommes écoutent mais ne disent rien. Les femmes entretiennent la conversation en me disant que oui. Rien de plus. Ça ne me surprend pas, ni ne me choque.

Je me réveille en sueur, sous le ciel couvert d'orage de Toronto, mon T-shirt "Nous sommes la gauche" tout entortillé et l'épaule douloureuse d'avoir eu mon bras droit coincé sous moi. Mon ventilateur brasse silencieusement l'air humide. Il est 17h39. Dans ma douche, l'orage, ou peut-être la voisine, a fait remonter par la bonde de l'eau sombre où flottent des feuilles de menthe, qui s'attardera quelques heures avant de repartir.

3 mai 2007

La belle époque

Le regard désabusé de Thierry Pelletier : Il est revenu le temps des cadors en costard croisé.

13 avril 2007

Bad Writing

I agree, The Da Vinci Code sucks :

We don't need to know it's a masterpiece (it's a Caravaggio hanging in the Louvre, that should be enough in the way of credentials, for heaven's sake).

The Dan Brown code. [Via Kottke.] I'm just happy somebody took the time to write this down (the article is from 2004, by the way).

28 mars 2007

Brides de rêves

Je me suis réveillé ce matin avec cette phrase en tête, que j'ai notée dans un demi-sommeil, sur le premier éditeur de texte que j'ai trouvé ouvert sur ma machine (les post-its, c'est tellement XXe siècle) :

Rien ne me ferait plus plaisir que de voir ces mots, de les sortir du socle de leur hiver.

Est-ce que j'ai juste entendu ça quelque part ou bien je suis le nouveau Zola ?

22 mars 2007

Cartons

Un post en français pour découvrir les web-comics en anglais. Via Canclaux.