Conchita Wurst : Un continent divisé

Les votes de l'Eurovision

— A gauche, les votes du public en faveur de Conchita Wurst; à droite, les votes des jurés (Plus c’est bleu, plus c’est favorable). (Source)

The results suggest, then, that we do live in a divided continent. But the divisions might penetrate much less deeply into society than we often suppose. The differences revealed in the popular voting are slight, whereas those in the elite juries are very marked.

Of course, this is only one source of evidence. There is much, much more than this to be said about attitudes towards sexual minorities around Europe and across the world. Nevertheless, there might be reason to hope that, even in those countries where the ruling elites are often highly intolerant, the wider population might be readier to accept that different people might be different.

Eurovision: A continent divided in its sexual attitudes?, Reading Politics.

Une data-saucisse intéressante, même si elle ne refléte pas forcément fidèlement les opinions publiques des pays concernés. Mais à partir du moment où on a attaqué la personne et non la chanson concurrente, la politique a saisi l’Eurovision et c’est devenu plus qu’un télé-crochet. Les qualités intrinsèques de la chanson sont passées au deuxième plan, au moins pour une grande partie des votants. Les questions de genre, nos corps, nos « moeurs » sont redevenus, une fois encore, le champ de bataille et la cible des réactionnaires. [via]

Le discours d’une reine

— Discours de Panti au théâtre national irlandais, the Abbey, février 2014 (Sous-titres français disponibles).

Il n’y a pas qu’en France que les lobbies catholiques traditionalistes oeuvrent pour maintenir les homos dans leur état de sous-citoyens. En Ireland aussi, les réacs ont bien compris que la bataille se jouait aussi sur le sens des mots.

Mon ami Cormac, qui a posté la vidéo sur FB, nous donne un peu de contexte pour la video ci-dessus (même si le discours est suffisamment fort pour se suffire à lui-même): Suite à des menaces juridiques émanant du Iona Institute, un groupe de lobby traditionaliste, la chaîne publique irlandaise RTÉ a censuré sur internet un épisode du Saturday Night Show local diffusé précédemment (thanks Paddy for the link) dans lequel Rory O’Neill (alias Panti de son noms de drag queen) avait appelé quelques-uns des membres du groupe des homophobes. Une semaine plus tard, RTÉ a diffusé des excuses au groupe et payé 85.000 € en «dommages».

Tout ceci parce que Panti avait traité d’homophobes des gens qui militent pour que les homos soient traités moins bien ou différemment que les hétéros. Sommée de s’expliquer de toute part, elle a découvert qu’aujourd’hui en Ireland, tant qu’on est pas mis en prison ou attaqué physiquement, on ne peut pas se dire victime d’homophobie.

Le traitement journalistique est tout aussi hallucinant, ne parlant que l’«insulte» qu’a proférée Panti; et c’est là que se trouve le renversement sémantique le plus vicieux de l’histoire: Les victimes de l’homophobie sont donc désormais les homophobes.

Ça ne vous rappelle rien? Exactement, ce sont les mêmes mécanismes que ceux employés par les ligues réactionnaires que nous voyons dans les rues françaises ces jours-ci. Tordre la définition des mots à leur avantage, en particulier concernant l’homophobie, parce qu’ils savent qu’ils n’est plus possible en 2014 d’être catalogué publiquement homophobe, mais qu’ils ne sont bien sûr pas pour l’égalité. C’est ce qu’essaye, péniblement, de faire croire les 3 pédés qu’ils ont recruté dans leurs rangs : On pourrait militer contre certains droits, sans être homophobes. Et bien non.

C’est comme le sexisme: Il n’y a pas de juste milieu. On ne peut pas être «un petit peu» homophobe. On est soit sexiste, soit féministe. On est pour l’égalité ou on est contre. Être contre le mariage pour tous les couples, c’est être homophobe. Refuser la PMA aux seules lesbiennes, c’est être lesbophobe. Refuser des papiers aux seuls trans, c’est être transphobe.

Ce n’est pas aux homophobes de définir l’homophobie. C’est à nous, qui en souffrons, de le faire. C’est à nous de choisir nos champs de bataille, pas à eux. Encore une fois, c’est une folle qui monte au front, pour nous le rappeler.

[Edit 6/02/14]

La réaction de Dan Savage :

So consider this post a thank you note to shitty bigot John Waters and shitty bigot Breda O’Brien and all the shitty bigots at the Iona Institute. Thank you for bringing Panti Bliss to our attention. Thanks to your stupidity and Rory « Panti Bliss » O’Neill’s eloquence, Panti has gained an international following. And if you shitty motherfuckers are dumb enough to sue Panti, know this: she not only has thousands of supporters in Ireland, she has thousands of new supporters all over the world. Myself included. And we will spread the word and we will raise money and we will call you shitty fucking homophobes without a moment’s hesitation. Because you’re a bunch of shitty fucking homophobes.

Stupid Irish Homophobes and Their Big Homophobic Fail, The Stranger.

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[Edit 7/02/14]

Rue89 parle du discours de Panti, en titrant: «Je ne vous déteste pas» : le discours brillant d’une drag-queen irlandaise contre l’homophobie. Tout est dit dans ce titre : Il faut d’abord et avant toute chose rassurer les hétéros, parce que tout le monde sait que quand on l’ouvre en tant que pédé, c’est toujours une agression pour les mecs hétéros, avant même d’être entendable. Et toujours pour rassurer ses lecteurs, et probablement lui-même, le journaliste décide aussi de citer LE passage qui déresponsabilise les hétéros de l’homophobie parce que «nous sommes dans une société homophobe», assimilant ainsi les hétéros à des victimes, au même titre que les homos. Pour parler d’un discours dénonçant la perversion de transformer les homophobes en premières victimes de l’homophobie, fallait le faire. Personne ne veut être le Méchant de l’histoire, mais un jour, va falloir assumer. La citation tronquée choisie finissait par «Mais parfois, je me déteste moi-même. Je me déteste parce que je me surveille lorsque je suis à un passage piéton. Et parfois je vous déteste parce que vous me faites ça.» Indeed.

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(En attendant, vous pouvez toujours répondre «Yes» à ce sondage en ligne, http://aretheionainstitutehomophobic.com)

Le bourdon suédois

Economists frequently express puzzlement about the Nordic countries’ recent economic success, given that their governments are so big. According to a professional rule of thumb, an increase in tax revenues as a share of GDP of ten percentage points is usually associated with a drop in annual growth of half to one percentage point. But such numbers need to be adjusted to allow for the benefits of honesty and efficiency. The Italian government, for instance, imposes a heavy burden on society because the politicians who run it are mainly concerned with extracting rent rather than providing public services. Goran Persson, a former Swedish prime minister, once compared Sweden’s economy with a bumblebee—“with its overly heavy body and little wings, supposedly it should not be able to fly—but it does.” Today it is fighting fit and flying better than it has done for decades.

— The secret of their success, The Economist.

Le magazine se penche sur les secrets du succès (économique) des pays Nordiques, en particulier le pragmatisme (même si on sait que cette notion peut être utilisée pour faire avaler des couleuvre) et la transparence (en Suède, tout le monde a accès à toutes les archives publics).

Grèce : Le pourrissement

«On ne s’en sortira plus par le haut. La société est en train de pourrir, nous finirons tel des rats crevés dans leur trou par empoisonnement. Cela fait deux semaines que je ne sors plus, je n’ai plus les moyens de m’offrir un café. Mon épouse et moi nous restons des heures immobiles sur notre balcon, c’est aussi pour montrer que l’appartement est habité, sinon nous serons cambriolés comme tous les autres, comme vos amis de la semaine dernière, comme nos voisins d’il y a un mois, et c’est désormais sans fin. Le retour à la campagne c’est un mythe, nous sommes des gens de la ville et même si nous revenons à nos villages nous ne pouvons pas survivre, cette paupérisation que nous subissons a cela de nouveau pour nous en tout cas, elle s’impose à des urbains parfois même hyper-qualifiés, je me demande même si les prochains cambrioleurs, ce ne sera pas nous.»

«All about Eve», Greek Crisis. [via]

La Turquie et les journalistes emprisonnés

Quick: What country jails the most journalists?

If you guessed China, you were close, but no cigar. Twenty-seven reporters are in prison there, according to the Committee to Protect Journalists in New York. If you guessed Iran, you’re getting warmer—forty-two in prison there—but you’re still off.

How many of you guessed Turkey?

Turkey’s Jailed Journalists, Daily Comment – The New Yorker. Une centaine de journalistes sont emprisonnés en Turquie. Un record mondial. Pour les opposants à l’entrée du pays dans l’Union européenne, ça, c’est une bonne raison.

A rarity

For his new book, “The Declining Significance of Homophobia: How Teenage Boys Are Redefining Masculinity and Heterosexuality,” McCormack spent the year observing social interactions and collecting data from three high schools in the U.K. Over and over again, he saw the same surprising scene: young straight men being physically affectionate and emotionally expressive with one another. What’s more, he found that homophobic behavior is a rarity and that when someone does express anti-gay beliefs, they “are reprimanded by other students.”

Is homophobia disappearing?, Salon.com. Hmm. Je suis sceptique, mais l’espoir…

Paradoxe strabourgeois

Un paradoxe de l’institution strasbourgeoise est en effet que ses membres n’ont pas droit au congé de maternité, ni a fortiori de paternité, à la différence des salariés du continent: celles qui viennent d’accoucher sont notées « absentes » si elles ne participent pas aux votes, et ne perçoivent pas l’indemnité journalière normalement due.

« C’est un paradoxe que les lois que nous adoptons ici ne s’appliquent pas aux députées », souligne la Britannique Catherine Stihler.

— Des bébés au Parlement européen, Libération.fr.

Burning

Samedi, je dine avec un ami dont le petit ami est grec, et actuellement à Athènes. Il nous raconte comment le gouvernement vient de sucrer 300 euros à la retraite de sa mère et que ça fait 4 mois que son boyfriend attend son salaire. Il a un locataire qui ne paye pas son loyer, mais il ne peut pas le mettre dehors, parce qu’il fait presque aussi froid qu’à Paris, à Athènes, en ce moment. Et puis, lui non plus ne paye pas son loyer. L’économie est arrêtée et le gouvernement, sous la pression de l’Europe, veut contraindre les gens encore plus. Mais on ne peut pas aller plus loin.

Nous avons tous des histoires comme ça, parce que les Grecs, ce sont nos voisins. Ce sont des gens à côté de qui nous vivons, avec qui nous vivons, nous travaillons. Les Grecs, c’est la famille, c’est nous. Et nous n’aurions pas toléré la moitié de ce qui leur a été imposé.

On peut leur reprocher leur attitude face au gouvernement central, leur réticence à payer des impôts, mais c’est oublier un peu vite, comme me le rappelait Max, l’histoire récente du pays et les années de dictatures qui n’ont pas appris aux Grecs à faire confiance à leurs dirigeants. Une confiance que la classe politique ne risque pas de récupérer tant que, par exemple, les parlementaires refusent de participer à l’effort qu’ils demandent au reste de la population.

Samedi, mon ami nous dit, «Le pays est au bord de l’explosion. Les gens vont foutre le feu.» Dimanche, c’est ce qu’ils ont fait : Photos of Greece in turmoil: Protesters riot over EU austerity measures.

We feel trapped, » she says, « and the worst thing is waiting for [an] event to unfold blindly without us having any control of what is to happen. » The austerity measures threaten more than the livelihood of the Greek people, she says, it’s affecting their sense of national identity, one that is mired in pride.

Athens is a different city, Vourloumis says, and it’s getting worse – even unstable. She believes it will take at least a generation to mend what she calls « the dysfunction of the Greek system. »

What Greek Austerity Looks Like. La photo-reporter Eirini Vourloumis sur son retour dans sa ville natale d’Athènes en 2010.