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Identités: les deux à la fois

Trevor Noah, l’animateur sud-africain de The Daily Show, a été beaucoup critiqué pour sa blague où il félicitait l’Afrique pour sa victoire en Coupe du Monde de football :

 

Sa réponse montre qu’il savait exactement où il appuyait en faisant cette blague, regardez sa réponse :

 

Cette vidéo illustre, de manière particulièrement pertinente, la principale pierre d’achoppement du discours politique en France aujourd’hui, entre les tenant de l’universalisme absolu à la française et la réalité du racisme en France; entre celles et ceux qui prétendent ne pas voir les couleurs et qui nient le racisme structurel de la société française, son incapacité à voir les minorités et les communautés qui la composent, et celles et ceux qui essayent de conjuguer comme ils et elles peuvent leurs identités multiples. Trevor Noah n’a pas dit que les joueurs n’étaient pas Français, il nous a juste rappelé, dans une boutade —Ne doit-on plus rire de tout soudainement?—, que ce n’était pas leur seule identité.

Le discours sur les minorités et sur l’identité est complexe; le contexte est primordiale. Ce n’est pas la même chose quand les nazis refusent de soutenir l’équipe de France parce qu’elle comportent une majorité de joueurs de couleur et quand un Africain salue la victoire d’une équipe française composé en majorité de personnes d’origine africaine. Vraiment. Et saluer les victoires de personnes issues de minorités, ce n’est pas les réduire à leur minorité. C’est justement le contraire. C’est saluer la force qu’elles ont dû déployer pour arriver si haut, malgré les discriminations.

Parce que l’universalisme, c’est super, mais c’est encore et toujours un truc de mecs blancs hétéros. Si tu es Noir, aujourd’hui, en France, tu dois être champion du monde ou sauver un bébé en grimpant un balcon pour mériter de faire partie de la grande famille française. Par contre, si tu es une personne lambda, que tu veux un boulot, ou un appart, ou juste arrêter de te faire buter par les flics, t’as intérêt à être Blanche.

C’est peut-être une belle idée, mais dans la pratique, votre universalisme n’existe pas. Il ne s’agit pas de dire que le système américain est mieux, personne n’a dit qu’il était parfait, au contraire. Mais le système français est grippé, et le résultat, c’est cette crispation identitaire, ce repli sur un fantasme de France, cette obsession sur les minorité, sur l’Islam, sur les non blancs hétéros. Tant qu’on n’aura pas dépassé cette incapacité à reconnaître les identités et affronté cet angle mort de la colonisation et ses conséquences politiques, ça ne sert à rien d’effacer le mot race de la Constitution. Nous sommes multiples: nous appartenons à des minorités, et nous sommes Françaises et Français. Et il faudra bien, un jour, que la France l’entende, au lieu d’essayer de nous faire taire quand nous exposons, en tant que minorités, les discriminations auxquelles nous faisons face.