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Le témoignage, la force et le consentement

Deux textes, deux femmes qui ont survécu chacune à un attentat, mais qui sont bien sûr bien plus que ça, et qui m’ont interrogé sur la façon dont les cycles médiatiques utilisent ses témoignages, sans s’embarrasser de consentement.

La photo de Nidhi Chaphekar a été reprise très rapidement après les attentats de Bruxelles, le 22 mars dernier. Elle est sur un banc, blessée, dénudée en partie, et elle regarde la caméra d’un regard déterminé. Dans un beau portrait du Guardian signé Vidhi Doshi, elle parle son rapport complexe avec cette photo, impudique, mais qui a aussi permis à sa famille, en Inde, de garder espoir:

For eight or nine hours after the attack, Chaphekar’s family had no idea which hospital she was in. The image of her, injured but alive, gave them hope. “When I saw the picture, I saw the trauma I had gone through, the shock I had experienced,” she says. “I was recollecting the other people around me. How helpless they were, how helpless I was feeling.”

Millions saw that image of Chaphekar, the victim whose face captured the collective trauma and shock of the day. When she looks back at it now, in her living room in Mumbai, Chaphekar has mixed feelings. “So many pictures were taken on that day, but somehow only mine was circulated because it showed everything – the circumstances, the panic, the trauma.”

Part of her feels that editors should have been more careful about how they used the picture. “Being a lady … this picture should have been blurred, cropped. Some media people have put it on the front page, the full page. When I saw that, I felt a little low. It doesn’t look nice. It’s not just adults reading the newspaper, it’s children too. And especially my children. I was worried somebody would say: ‘Look at your mom, don’t you feel ashamed?’ But nobody has said that. Everybody said: ‘Your mom is so brave. She’s like a tigress.’”

L’article se conclut sur cette phrase belle et terrible :

“I do believe it was destiny,” she says. She hadn’t been scheduled to fly that day, but her rota had been changed last minute. “It was supposed to happen to me. And I’m glad it did. If it hadn’t been me, it would have been someone else.”

Julie, elle, a pris la parole quand elle est sortie du Bataclan. C’était fort et beau et après, elle a décidé de ne plus témoigner, jusqu’à ce que des journalistes (français) la contactent pour les prochains hommages aux victimes. Et dans son texte, un écho aux paroles de Nidhi Chaphekar, une autre façon de vivre avec ce qui s’est passé :

J’étais juste au mauvais endroit au mauvais moment maintenant j’essaie de vivre avec.

C’est pas tous les jours facile. Parfois il suffit d’un rien pour qu’on y repense et on se rappelle qu’on a vécu un truc horrible. Une association de pensées maladroites qui fait que d’un coup on replonge quelques instants dans l’horreur.

Mais est ce que c’était plus horrible que le jour où j’ai réalisé que ce n’était qu’une question de jours avant que ma mère ne meurt ? Est ce que c’était pire que le jour où on m’a annoncé que mon petit ami ne se réveillerait jamais de son accident de skateboard ?

Je ne sais pas, je ne crois pas.

En tout cas une chose est sûre, c’est que ça, on ne me le renvoie pas sans arrêt. J’y pense de temps en temps, ça fait mal parfois mais on m’a laissé faire mon deuil comme je le souhaitais, à mon rythme.

Laissez moi faire mon deuil de mon amie Lola, laissez moi oublier qu’on m’a tiré dessus, laissez moi en parler quand j’en ai envie, laissez moi redevenir la fille à problèmes “normaux” que j’étais avant et surtout, SURTOUT laissez oublier que je suis une victime.