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Je suis journaliste et homosexuel (et je suis bon aux deux)

Ils ont appris à s’amuser des tenues d’Hervé Mariton, se sont passionnés pour le règlement intérieur de l’institution et ont couvé de leur regard bienveillant Franck Riester et Benoist Apparu, les deux seuls députés UMP ouvertement favorables au texte. On les a aussi entendu soupirer lorsque, le plus souvent dans les rangs de la droite, tel ou tel député tenait des propos jugés offensants à l’égard des homosexuels. Quand l’individu perce derrière le professionnel…

Car c’est là une question récurrente (presque) aussi vieille que Le Figaro: les journalistes doivent-ils, et peuvent-ils, s’astreindre à une stricte objectivité? Le fait d’être concerné à titre personnel par un sujet entame-t-il leur capacité de jugement?

— Les journalistes gays en première ligne sur le mariage pour tous, Slate.fr.

Article intéressant et sujet pertinent, mais malheureusement gâché par l’auteur dans les dernières lignes. Malgré ce qu’il dit, sa prise de position contre le fait de rendre publique son orientation sexuelle est une prise de position en soi, associant au passage exclusivement objectivité et hétérosexualité :

Chacun «parle» de quelque part, avec son inaltérable subjectivité, mais doit surtout tenir «l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique» (dixit la charte du SNJ, le syndicat des journalistes). C’est pourquoi vous ne connaîtrez pas l’orientation sexuelle du signataire de ces lignes. Ni ce qu’il pense du défunt Hugo Chavez.

L’auteur passe complètement à côté de l’idée maîtresse du coming out : Se dire homo de manière claire est important, pas parce qu’être homo est important en soi, mais parce que si tu ne le dis pas, tu es hétérosexuel par défaut. Le jour où les gens envisageront que quelqu’un de public, un journaliste ici, puisse être homo sans qu’il ait besoin de le dire, le coming out perdra de son utilité. En attendant, se dire homo est l’une des armes les plus efficaces qui nous avons pour lutter contre la discrimination et l’invisibilisation. C’est important pour nous, pour les jeunes homos qui ont besoin de repères, pour la société en général.

C’est ce qui rend ce dernier paragraphe si violent à lire pour nous : Non seulement, en prétendant être objectif, il prend position contre les personnes qu’il a interrogées dans son article, mais en plus, adoptant un point de vue hétéro —pas la peine de nous dire ton orientation sexuelle, la société s’est chargé de nous apprendre que tu étais hétéro, au moins «par défaut»—, il nous enjoint au silence et au placard. Tout en comparant l’orientation sexuelle à une position politique, ajoutant l’injure à la maladresse.

La subjectivité n’existe pas, et encore moins en journalisme. Choisir ce sujet et le traiter avec cet angle, c’est déjà émettre l’hypothèse que les journalistes homos auraient «faussé» la discussion, qu’ils ne pourraient pas être d’aussi bon professionnels que les autres parce qu’homos. Ecrire en tant qu’hétérosexuel sur la question de l’ouverture du mariage est aussi subjectif qu’écrire en tant qu’homosexuel. Cette conception du journalisme, qui assimile «neutre» à «hétérosexuel blanc masculin», n’est plus pertinente dans une société comme la nôtre. Je préfère la transparence et l’honnêteté. Je veux savoir d’où tu parles —quels sont tes privilèges et ta position dans la société—, sinon, impossible pour moi d’accorder du crédit à ta parole.

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