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Peur, culpabilité et sérotriage

And yet, I’ve turned down guys who are open about their positive status. I watched the onset of AIDS in the ‘80s through the confused eyes of a child. I had it drilled into me that this was a disease to stay far, far away from. I also know better than to sleep with someone who announces himself as HIV positive. Or knew. Now I’m not exactly sure what to think. I feel guilty and scared, but not necessarily in that order.

Please don’t infect me, I’m sorry, Rich Juzwiak, Gawker.

Je pourrais citer tout l’article, tellement c’est intéressant, vraiment essentiel, parce qu’il adresse la difficulté de concilier le safe sex et la volonté de ne pas discriminer chez les pédés séronégatifs. En tant que séropo « out » comme moi qui connaît cette réjection de manière régulière (allez, 80% des partenaires potentiels?), cette lecture, en adressant l’un des problèmes de communication majeur entre partenaires, me fait du bien, même si certains commentaires sont durs à lire dans leur cruauté nue.

Parce que nous l’avons intégré dans la matrice de notre sexualité, de manière consciente et inconsciente, la peur oblitère toute capacité de réflexion chez certains séronégs. La peur de la maladie, la peur de mourir, la peur de devoir le dire, la peur de mourir seul, la peur, froide, paralysante. Je ne juge pas, j’ai peur souvent, aussi, et l’une de mes plus peurs les plus terribles, c’est de transmettre le virus. Mais il faudrait que nous trouvions un moyen de dépasser cette peur pour grandir ensemble.

Parce que tu ne te protèges pas quand tu refuses de coucher avec un séropo « out » alors que tu n’es pas 100% safe avec les partenaires dont tu ne connais pas le statut. Tu appliques juste la politique de l’autruche. Une personne qui ne connait pas son statut n’est pas séronégative. En fait, tu prends plus de risques avec quelqu’un qui se pense séronég qu’avec quelqu’un qui se sait séropo et qui est suivi. Un traitement qui marche, une charge virale indétectable, abaissent le risque de transmission du virus drastiquement. Personnellement, j’attendrais encore des résultats d’étude pour dire que l’efficacité est la même chez les homos, mais chez les hétéros, la réduction du risque est de 96%. Statistiquement, ça va être difficile d’être plus proche des 100%. Ça ne justifie pas d’arrêter la capote (coucou, les autres IST, les hépatites incurables, les herpès, les gonorrhées résistantes), mais ça permet déjà d’éloigner la peur du sida.

Je comprends l’idée du sérotriage —même si elle me blesse— mais nous sommes en 2012. Être séropo aujourd’hui, ce n’est pas (la plupart du temps) comparable à être séropo il y a dix ans. Les traitements ne sont pas les mêmes, les risques ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas de minimiser les problèmes liés au VIH, mais vous couchez avec des séropos, mais vous ne le savez pas forcément. A Paris, nous sommes 1 pédé sur 5 à vivre avec le virus et les traitements ont permis aux pédés de ne plus avoir à parler du VIH parce que ça ne se voit plus, en tout cas chez les nouveaux séropos. La solution de facilité, pour nous aussi, c’est de ne pas en parler. Ne nous donnez pas de raisons de le faire.

Parce que contre la peur, il y a que la parole. Je ne vivrai pas dans la peur. Je suis séropo et « out » et un putain de bon coup avec la bonne personne (références disponibles sur demande). Je prends soin de moi, j’essaye de prendre soin de toi. Je comprends que tu aies peur et je suis heureux d’en parler avec toi.

Lisez cet article.

  1. Mon dernier mec sérieux était séropo, et il m’a largué à cause de ça… Il avait peur justement d’être dangereux pour moi, il se voyait comme une bombe à retardement. De mon côté je n’ai jamais craint quoi que ce soit, si ce n’est de le perdre un jour si le traitement perdait de son efficacité.
    Je me suis également posé beaucoup de questions sur ma capacité à absorber ses craintes (combien de temps allais-je tenir ?), et j’étais triste en pensant qu’on ne pourrait jamais enlever le préservatif. L’idée de devoir se protéger « pour toujours » de l’homme avec qui on veut partager sa vie est très perturbante. Je craignais de craquer, de le quitter au bout de quelques temps pour un mec séroneg avec qui je pourrais être insouciant. Ou inconscient, au choix.

  2. Le Yéti > <3 aussi

    PH > C’est pour ça que c’est aussi une bonne nouvelle pour les séropos, cette diminution du risque de transmission par les traitements. Ça allège nos peurs à nous aussi.

  3. Il y a certes un réflexe profondément ancré dans notre corps qui active cette peur, et qui porte le noble nom d’instinct de survie. Le gay ne s’accroche, au départ, à aucun espoir, son orientation (et la société) lui barrant la route de la procréation. Alors, que lui reste-t-il? Le fantasme de l’amour absolu. Doublement ostracisé, peut-être quadruplement écarté de la course, il lui faut donc user de patience, de courage, d’abnégation et de poésie pour poursuivre sa course. Merci de partager. Beaucoup de choses nous séparent, toi et moi, à commencer par un océan, mais cette trace dans ton sang ne m’aurait certainement pas enlevé le goût et le désir de te connaître. D’autant que tu écris si bien :-)

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