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New York : L’île des états

Pour la première fois depuis que je suis parti de Paris, j’ai eu envie d’être chez moi la nuit dernière. Une petite mélancolie de vacances, en partie due à la fatigue de la conférence, qui n’en finit pas de se dissiper. Et ne le dites pas à Nicolas, mais Minou me manque.

Durant la journée, j’ai décidé de prendre le ferry pour Staten Island pour aller dire bonjour à Lady Liberty en évitant la queue et les contrôles de sécurité de Liberty Island. Le ferry est gratuit, et offre une balade de trente minutes et une belle vue sur Manhattan.

Depuis Staten Island, je me rends compte que j’ai besoin de prendre du recul pour essayer de comprendre cette ville, de la saisir dans son intensité. Heidi, une amie des québécois que j’ai rencontré ici, quand je lui confirme que j’aime beaucoup la ville, me dit, en anglais:

— Et tu veux habiter ici, maintenant, hein.

Et ma réponse, immédiate, me surprend:

— God, no.

Pierra la québecoise habite ici depuis 20 ans. Elle a l’anglais qui vient plus facilement à la bouche que le français, malgré son accent charmant. Et pourtant, quand nous parlons, je sens que mes mots en français la touche, bien plus fortement que mes mots en anglais. C’est la langue de notre coeur, même au centre de Manhattan.

Pierre et ses charmantes pattes d’oie habitent à Montréal, où il retourne ce mardi d’ailleurs. Il me dit que quand il vient sur Paris, il préfère passer pour un anglophone que parler français. Mais j’ai parfois l’impression que les mots lui manquent, en anglais comme en français, pour exprimer ce qu’il ressent, c’est très touchant, surtout face à moi qui ait tendance à tout sur-formuler.

Tous les deux apprécient en souriant la «précision» de mon français de France, quelque chose qu’une Acadienne m’avait déjà confié.

Effectivement, même si New York est incroyable, je ne me vois pas habiter ici. Je me rends compte que Paris feels pretty good right now. Si j’avais découvert cette ville avant le Canada, peut-être, mais aujourd’hui, non. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être qu’elle ne parle pas ma langue. Il me reste quelques jours pour comprendre.