La pire génération

I hate the Boomers.

I know it’s a sin to hate, so let me put it this way: If they were animals, they’d be a plague of locusts, devouring everything in their path and leaving but a wasteland. If they were plants, they’d be kudzu, choking off every other living thing with their sheer mass. If they were artists, they’d be abstract expressionists, interested only in the emotions of that moment—not in the lasting result of the creative process. If they were a baseball club, they’d be the Florida Marlins: prefab prima donnas who bought their way to prominence, then disbanded—a temporary association but not a team.

Of course, it is as unfair to demonize an entire generation as it is to characterize an entire gender or race or religion. And I don’t literally mean that everyone born between 1946 and 1964 is a selfish pig. But generations can have a unique character that defines them, especially the elites of a generation—those lucky few who are blessed with the money or brains or looks or skills or education that typifies an era. Whether it was Fitzgerald and Hemingway defining the Lost Generation of World War I and the Roaring Twenties, or JFK and the other heroes of the World War II generation, or the high-tech whiz kids of the post-Boomer generation, certain archetypes define certain times. (…)

It is my contention that the single greatest sin a generation can commit is the sin of selfishness. And it’s from this standard that I draw my harsh conclusion.(…)

At nearly every critical juncture, they have preferred the present to the future; they’ve put themselves ahead of their parents, ahead of their country, ahead of their children—ahead of our future.

— The Worst Generation. Or, how I learned to stop worrying and hate the Boomers, Esquire.

(Oui, c’est mon obsession du moment.)

Faye Dunaway is driving a fuckin’ Prius today

I’m not necessarily perceived as successful, either, but a 24-year-old actress with a few big movies is, even though she’s probably being paid shit — certainly less than her male co-star and probably with no backend. And they’re going to pimp her out until she’s 33 or 34 and then she’s out like yesterday’s trash, and then what does she have to take care of herself? These poor girls have no real money, and the studio is making a fortune and parading them like ponies on a red carpet. I mean, Faye Dunaway is driving a fuckin’ Prius today. Now, there’s nothing wrong with a Prius, but my point is, she had no financial power. If we’re going to invoke change, that has to be part of it.

Ellen Pompeo raconte sans fausses pudeurs ses négociations salariales pour son rôle principal dans Grey’s Anatomy et son «chemin» d’empowerment dans l’article Ellen Pompeo, TV’s $20 Million Woman, Reveals Her Behind-the-Scenes Fight for « What I Deserve ».  #Genre, #pouvoir, #argent. 

In the last few weeks, a lot of us actresses in town have been having these meetings [as part of the Time’s Up initiative]. We’ve been sharing stories and trying to figure out how we can promote change and use our voices to help other people. And I’ll tell you, sitting in rooms full of Oscar-winning actresses listening to how they’ve been preyed upon and assaulted is frightening. And it confirmed that my path really was the right one for me, because I’ve chosen to financially empower myself so that I never have to be ducking predators and chasing trophies. It’s not for everyone. You have to be more interested in business than you are in acting.

[via Jezebel via Judith sur FB]

Le genre est un terrain de jeu

Il faut lire cette interview, Gender Is a Playground, de Kate Bornsteinn, «gender outlaw», par Zackary Drucker dans le numéro hiver 2017 de Aperture, et entre autre ce passage sur les tensions entre culture drag et personnes trans*:

There’s intense polarization on many levels within the trans community these days—one of them is between drag queens and transgender women, who claim that drag queens hold on to male privilege. But, my guess is that none of these transgender women has met a drag queen out of drag. For the most part, they are highly effeminate men, sometimes just flaming fags. They have no privilege out in the world. And they are wonderfully nonbinary. Drag is a “queer” identity. Female impersonation is a “straight” identity. So, female impersonation is what transgender women might be objecting to. Out of their female clothes, those men retain male privilege.

La citation du titre est très belle, également:

When gender is a binary, it’s a battlefield. When you get rid of the binary, gender becomes a playground. All kinds of ways of looking at gender can peacefully coexist.

Chongqing, la ville-montagne

Je viens de découvrir via un tweetque je ne retrouve pas parce que le site web et la recherche de twitter, c’est de la merde ci-dessous parce que mes lecteurs·rices sont fab— la ville chinoise de Chongqing et son urbanisme un peu dingue, de routes, viaducs et téléphériques, qui mélange la ville et la campagne sur plusieurs niveaux. J’ai très honte de ne pas en avoir entendu parler plus tôt, considérons que c’est une occasion de grandir.

Chongqing

Sur une surface équivalente à l’Autriche, la Municipalité autonome de Chongqing compte 34 millions d’habitants dont 20 millions vivent dispersés dans des petites zones urbaines à la campagne. Un modèle d’urbanisme que Pékin tente de développer afin d’éviter de trop fortes concentrations urbaines.(…)

Déclarée Municipalité autonome depuis 1997 (au même titre que Pékin, Shanghaï et Tianjin) Chongqing, arrachée de la province du Sichuan, se retrouve directement sous l’autorité du Parti communiste chinois. Sur cet espace tentaculaire qui s’étend sur plus de 82 000 km2, (l’équivalent du Benelux ou de l’Autriche) vivent plus de 34 millions d’habitants, dispersés entre l’agglomération de Chongqing proprement dite (passée de 5 millions d’habitants en 2005 à 14 millions aujourd’hui) et le reste de la ville. (…)

Si la ville est si dynamique c’est grâce aux lourds investissements de l’État central. Kang Jie, jeune fonctionnaire au bureau de la planification de la ville, confirme l’engagement massif de Pékin ici : « l’objectif du gouvernement est de faire de Chongqing la nouvelle capitale du sud-ouest », dit-elle en confirmant une injection de près de 17 milliards d’euros chaque année depuis 1998, dans l’industrie, l’immobilier et les transports.

— En Chine, la municipalité de Chongqing se rêve en ville-campagne, La Croix.

chongqing

Chongqing

L’une des lignes de train passe au travers d’un immeuble, comme directement sorti d’un film d’anticipation:

À vue d’oiseau, Chongqing apparaît encore plus démesurée:

Parallèlement, la construction pharaonique du barrage des Trois-Gorges, commencée en 1994, accélère les mouvements de population. Délogés par la montée des eaux, les résidents des villages situés le long du fleuve Bleu se replient sur Chongqing. L’élévation au rang de province envoie un signal aux investisseurs chinois et étrangers. Chongqing, capitale temporaire de la Chine lors de la seconde guerre sino-­japonaise (1937-1945), attire aussi des Chinois des régions limitrophes venus tenter leur chance. Telle une chenille, la ville va entamer sa métamorphose. Alimentées au charbon, les industries se mettent à tourner à plein régime, aggravant la pollution de l’eau et de l’air. Chongqing devient la ville la plus polluée de Chine, voire du monde. Elle est alors tristement célèbre pour ses pluies acides. «On dirait une aquarelle peinte uniquement en gris», écrivait, en 1995, Caroline Puel, à l’époque correspondante en Chine pour Libération.

— Chine: la croissance non-stop de Chongqing, The Good Life.

Pour finir, aller voir les magnifiques photos de Javin Lau, un photographe de Toronto (Merci, Franck!).

La dernière tocade des soixante-huitards

«Macron, dernière tocade du soixante-huitard»Le Monde et son supplément week-end, ne m’ont pas apporté ce que j’avais deviner en couverture. La manchette déclarait : «Macron, dernière tocade du soixante-huitard» mais se rapportait en fait au portrait de Romain Goupil, qui prépare un film sur mai 68 et qui soutient Macron. Et non à une analyse mordante du macronisme comme dernière lubie des soixante-huitards, ce que je trouvais extrêmement pertinent, et piquant.

Tant pis, je décide de croire que c’est ce que le ou la secrétaire de rédaction a plus ou moins secrètement choisi de faire passer comme analyse. Macron, comme dernier cadeau d’une génération qui n’en finit plus de se replier dans son libéralisme et sa xénophobie, tout en prétendant incarner la France de l’ouverture sur le monde et de la Liberté, en endossant un «jeune» (lol) comme ils et elles nous souhaiteraient, bien propre sur lui et dynamique économiquement. De droite, donc. Et tant pis pour les migrant·e·s, pour le droit du travail ou la planète.

Macron, c’est le président des anars de droite, ultime pulsion de mort d’une culture issue de personnes qui vont bientôt disparaitre et qui se foutent de savoir qu’on ne veut pas de ce qu’elles essayent de choisir pour nous. Je reste fasciné que les soixante-huitards —oui, #notAllSoixanteHuitards, hein— n’arrivent à comprendre ça, alors qu’ils et elles ne réclamaient rien d’autre à l’époque. Un autre projet, d’autres priorités, un autre monde.

Routes de campagnes

Bonne année 2018! Que les routes de campagnes vous mènent chez vous, en musique, en colère ou en paix.

Et puis voilà… (sourire)

«Gay, marions nous» a été écrite en 2007! Soit une anticipation de six ans sur le mariage pour tous. Vous vous souvenez de comment l’idée vous est venue?

J’ai de très bons amis belges qui m’avaient invitée à être témoin de leur mariage en 2006. J’allais souvent les voir en Belgique. J’étais très contente, ça s’est bien passé, c’était super. Après j’ai encore assisté à deux ou trois mariages homos. Dans le folklore, il y a souvent des chansons qui se sont appelées «Gai, marions-nous», mais avec un i! C’est trop beau pour être vrai. Du coup je me suis fait plaisir. J’ai changé les paroles lors des derniers concerts: «Je l’épouse à Pantin / Si le maire le veut bien».

Dans la chanson, qui est très drôle notamment dans les couplets, vous prenez le parti d’écrire à la première personne. Pourquoi?

Eh bien j’avais envie de la prendre à mon compte. Je l’ai écrite pour moi, vraiment. Y a pas de problème. Et puis voilà… (sourire) En tout cas, le pape en prend pour son grade. Il est un élément comique, j’ai fait «La Faute à Eve» par exemple… Je l’ai prise pour moi, vraiment.

Comment avez-vous regardé la période des débats sur le mariage en France? Avec cette Manif pour tous dans la rue?

Je suis écœurée, c’est honteux, ridicule. Avec les enfants, «un papa une maman»… Cette chanson, je l’ai écrite comme d’habitude en avance sur l’époque. Et ensuite, elle a été partagée pendant les débats !

Avez-vous évoqué l’homosexualité dans d’autres chansons?

J’ai effleuré le sujet dans «Ruisseau bleu». Il faut bien écouter, il y a un changement d’accord. Certaines de mes amies lesbiennes ont mis l’oreille dessus tout de suite. En tout cas on a l’impression qu’il y a plus de tolérance aujourd’hui. On peut dire «mon fils est homosexuel» et les gens se taisent. Je crois que ça a dû aider dans les familles. Mais ça a quand même bousillé la vie de pas mal de gens. C’est exactement comme pour le sujet du harcèlement, il y a toute une tradition. J’en parlais avec des amis : les meilleures histoires juives ce sont les Juifs qui les racontent. Les meilleures histoires homos ce sont les homos qui les racontent aussi!

— Anne Sylvestre, 60 ans de carrière : la reine de la chanson française se confie à TÊTU, Têtu.

L’Île des Morts

LÎle des Morts, Arnold Böcklin, version de Berlin, 1883.

Et soudain, le sida de 1990 dont personne ne voulait entendre parler à l’époque, le sida qui tuait en France tous les jours des pédés, des toxicos, des putes sans que ça ne dérange plus que ça la majorité de la population, est l’objet de tout un tas de sujets, papiers, documentaires, éditos. Toi, tu es là, à vivre avec le VIH depuis 17 ans, à écrire sur le sujet, à rapporter les progrès scientifiques qu’on avait tant attendus, à bénéficier de ces médicaments qui te permettent de travailler comme tout le monde, des médicaments que les autres n’ont pas eu, que tu as parce qu’ils se sont battus pour. Tu n’es pas une oeuvre de fiction, tu fêtes tes 40 ans, ce que tu ne pensais jamais faire, et tu dois faire face au vieillissement, forcément un peu accéléré, de ta carcasse. Tu te demandes quoi faire quand tu n’avais pas prévu d’être encore là et en bonne santé, et que juste «vivre sa vie» te semble encore parfois comme une notion complètement abstraite.

Et les gens, découvrent, un peu morbidement fascinés, l’Île des Morts que tu portes en toi depuis si longtemps, et s’en approchent comme un bateau plein de touristes qui viennent regarder les baleines, sans un regard pour la mer de plastique que tu cherches à écoper. On frémit sur le pont, mais on se sait en sécurité sur le bateau. A moins que. Frisson.

Je suis arrivé à Act Up comme si j’avais toujours attendu le bon moment pour y aller. Je suis allé à Act Up parce que c’était, pour moi, la suite logique de mon histoire. Je rejoignais les pirates, les flammes de vie folles, qui m’aideraient à lutter contre le VIH. Il était tard pourtant, déjà. L’association n’était plus celle des années les plus dures, tant mieux; les combattantes étaient fatiguées, tant pis. J’avais tellement besoin d’eux. Et j’ai tellement reçu, même si j’ai pris beaucoup de coups.

Je ne sais pas si le film est bon, je ne l’ai pas vu. En fait, je suis totalement prêt à croire que c’est un bon film. Et je comprends bien que c’est la fonction du cinéma de nous amener à connaître que ce nous n’avons pas pu ou voulu expérimenter à la première personne, de nous faire vivre d’autres vies. Mais ce ne sont pas d’autres vies, cette fois. Ce sont nos vies, les vôtres aussi, parce que nous vivons toutes et tous avec le VIH depuis plus de 30 ans. Vous avez juste décidé de l’oublier, avant de rentrer cette fois dans la salle de cinéma. C’est dur de voir passer ces images. Un peu parce que ça me fait sentir vieux, une partie de mon histoire devient l’Histoire, se fige; beaucoup parce que je me rappelle trop le mépris quasi-général que le groupe a supporté. Personne n’écoute les canaris des mines, encore une fois.

Un jour, en réunion, j’ai perdu les pédales parce qu’on parlait du monument aux morts du sida à La Villette. J’avais l’impression qu’on me disait à la fois que j’étais déjà mort et que je n’existais pas, que la crise du sida était finie puisqu’on élevait un monument de commémoration. J’étais jeune et con, je n’ai pas compris tout de suite que j’arrivais moi aussi après la bataille, que les vivants avaient besoin d’un endroit pour pleurer leurs morts, et que c’était aussi un moyen d’ancrer toutes ces pertes invisibles dans le domaine public, de forcer à ce que tout le monde les regarde. Qu’on ne parlait pas de moi, en fait. Aujourd’hui encore, ce film ne parle pas de moi. Ni à moi. J’ai du mal avec la romantisation mais peut-être qu’il est temps que cette histoire, cette colère, ces injustices, accèdent enfin à la culture de toutes et tous.

Peut-être que je dois ravaler le mauvais goût que me laisse l’impression que nos vies ne sont dignes de la fiction que quand on souffre outrageusement et qu’on meure théâtralement. Peut-être que je suis injuste. J’ai le droit d’être injuste. Le VIH est injuste et arbitraire. Un jour, quelqu’un m’a dit, sans mal y penser: «Oh, ça va, la prévention, le VIH, tout ça. J’ai pas toujours mis des capotes et j’ai bien réussi à passer au travers, hein.» Moi, je n’ai pas réussi. Et Act Up m’a aidé à vivre avec, en en riant, d’ailleurs, beaucoup.

Quand viendra le temps pour moi de rejoindre l’Île des Morts, ce sera dans un linceul rose éclatant, debout sur la mer noire, dressé comme une héroïne d’opéra meurtrie. Quand viendra le moment pour moi de me laisser porter sur le fleuve de vie jusqu’à ma dernière demeure, je m’imagine, résolu, acceptant la fin avec la colère sourde d’un enfant buté tandis que je regarde s’approcher le dernier rivage.

Quand je disparaitrais, quand ce qui fait de moi, moi, se diluera dans l’huile de la dernière peinture, ce qui restera pour éteindre la lumière, c’est une braise d’amour tortueux, brûlante de colère. Avant que tout ne disparaisse, il restera l’immanence de l’amour incompressible que j’ai pu porter à ces folles, à cette lutte qui est finalement, beaucoup, beaucoup plus grande qu’une seule association. Il restera mon idéal d’amour et de force, ce que le VIH m’a donné, et ce qu’il a essayé de me prendre, sans jamais totalement réussir.

Pantin c’est l’heure

Je pense que ça va aller. #pantincestlheure

Une publication partagée par Charles Roncier (@leroncier) le

Ma maison est un bois, mais c’est presque un jardin
Qui danse au crépuscule, autour d’un feu qui chante
Où les fleurs se mirent dans un lac sans tain
Et leurs images embaument aux brises frissonnantes
Aussi folle que l’aube, aussi belle que l’ombre
Dans cette maison-là, j’ai installé ma chambre.

Sur France Inter aussi, c’est l’heure de Barbara à Pantin.

«Faites que ces gens s’en aillent»

A l’hôpital, Mme Veil est restée encore une demi-heure dans la chambre en question. En sortant, elle s’excuse auprès de moi. Elle me dit : «C’était trop dur. Ça me faisait penser aux camps. Aux camps de concentration. On parlait de choses si graves. Il est si maigre, si maigre. C’était trop dur.» Ensuite, elle est partie. Puis l’étonnant. Madame Veil n’a pas tout simplement disparu. Elle est revenue à l’hôpital.

Ministre de la Santé, pas que devant les caméras, Tim Greacen, Libération.

Je les porte aussi en moi, ces morts si maigres, dans le confort de mon traitement, comme le squelette mal ajusté d’un corps en surpoids parce que simplement vivant.